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Z?ro de conduite ? Cannes 2007


Tout est dit, et l’on vient trop tard

Autant il para?trait paradoxal, pour un site sp?cialis? dans l’actualit? du cin?ma, de faire l’impasse sur la manifestation cin?philique de l’ann?e, autant le blogueur se demandera avec angoisse, ? l’instant du d?part, quel pierre il pourrait bien apporter ? la "couverture" de l’?v?nement culturel sans doute le plus m?diatis? du monde.
Un regard hypoth?tiquement "d?cal?" sur le Festival ? Mais ? Cannes il est difficile de faire un pas de c?t? sans marcher sur les pieds d’un critique, d’un journaliste ou d’un autre blogueur… Une approche authentiquement p?dagogique de l’?v?nement ? Mais celle-ci n?cessiterait du temps, de l'objectivit? et du recul, denr?es difficiles ? trouver dans la fr?n?sie de la manifestation… Ainsi, l’ann?e derni?re, assumant une part in?dite de subjectivit?, nous avions ainsi vertement critiqu? le Marie Antoinette de Sofia Coppola… avant que le m?me film ne remporte le Prix de l’Education Nationale
Dans les jours qui viennent, on se contentera donc de rendre compte modestement ici :
- des films, bien s?r (eux au moins changent chaque ann?e) les plus attendus comme le Persepolis de Marjane Satrapi ou la Vieille ma?tresse de Catherine Breillat (pour ne parler que du contingent fran?ais de la S?lection Officielle) mais aussi les d?couvertes et les surprises…
- de toutes les approches un peu originales (historique, g?ographique, sociologique) telles qu’on peut les glaner sur le web, de cet ?v?nement ? la fois culturel, m?diatique et ?conomique…
- de notre exp?rience quotidienne de "festivaliers" enfin, entre asc?tique retraite en cin?philie (Andr? Bazin parlait "d'acceptation provisoire de la vie conventuelle") et immersion dans une tonitruante foire aux vanit?s…

Post Scriptum : Au fait Z?rodeconduite.net ? Cannes c’est quoi ? C’est deux enseignants qui se relaient pour couvrir l’? peu pr?s totalit? (dans la dur?e tout au moins) du festival, tout en assurant leurs heures de cours dans le 93 (au prix de deux allers-retours chacun, de quelques am?nagements d’emploi du temps, et de pas mal de fatigue au bout du compte)…

Posté par Zéro de conduite le 16.05.07 à 11:36 - 3 commentaires

Le cin?ma de S?gol?ne Royal

Par les temps qui courent et pour quelques jours encore, difficile de penser ? autre chose qu’? la campagne ?lectorale. Si leurs programmes pour "la culture" et l’?ducation artistique ont longuement ?t? diss?qu?s par la presse culturelle (voir le questionnaire des Cahiers du Cin?ma) , si les candidats ont d?ment r?pondu aux tr?s s?rieuses interrogations des organisations professionnelles, ils se sont aussi servi, d’une mani?re en apparence plus frivole, de nombreuses r?f?rences culturelles pour construire leur image, d?voiler de mani?re tr?s contr?l?e un aspect de leur personnalit?…
Ce sont ces r?f?rences cin?matographiques que nous avons eu envie d’analyser et de (sur)interpr?ter ici, de mani?re forc?ment subjective, en nous servant de deux sources : - leurs passages respectifs au Grand Journal de Canal Plus, o?, entre autres exercices, chaque candidat devait proposer un extrait de film (Eugenio Renzi revient dans le dernier num?ro des Cahiers du Cin?ma, sur ce moment de t?l?vision).
- le questionnaire "proustien" qui leur avait ?t? soumis par l’hebdomadaire Elle, paru dans le num?ro du Lundi 2 avril, qui posait deux questions li?s au cin?ma : Quel acteur/actrice r?veriez-vous de prendre dans vos bras ? Quel est le dernier film qui vous a fait pleurer ?

Du c?t? de chez S?gol?ne Royal (voir Du c?t? de chez Nicolas Sarkozy)
En r?pondant que le dernier film ? l’avoir ?mue est Little Miss Sunshine, Mme Royal fait un choix tr?s politique : film participatif (qui a construit son succ?s par le bouche-?-oreille, non par le d?ferlement marketing), film paritaire (co-r?alis? par un homme et une femme), clin d’œil ? l’Am?rique contestataire et non-conformiste, le film avait tout pour plaire ? la candidate socialiste. Il est ?galement un hommage ? la famille, non comme carcan normatif, mais comme lieu d’ouverture et de tol?rance, refuge face aux d?rives mythologisantes de la r?ussite et de la beaut?, qui finissent par appara?tre monstrueuses.
Le 8 mars, sur le plateau de Canal Plus, la candidate avait autrement surpris en choisissant un extrait de La Gueule de l’autre, satire de Pierre Tchernia (1979) sur les mœurs politiques. Comme l’analyse Eugenio Renzi dans les Cahiers : "La r?dactrice en chef a ainsi cass? le jeu qui consiste ? faire un choix relevant plut?t du priv?. (…) la candidate socialiste tape sur la gueule de l’autre pour faire rebondir l’image de sa propre politique. ? C’est un film ? la fois dr?le et profond, car il traite d’un sujet d’actualit? : la question de la vie ch?re. ? Regards m?dus?s des interlocuteurs, pris ? contre-pied par le premierdegr?isme de la candidate."
Pour creuser plus profond, il faut donc revenir au questionnaire de l’hebdomadaire Elle. S?gol?ne Royal choisit de chavirer dans les bras de Warren Beatty, dans le r?le de Bud dans La Fi?vre dans le sang. On peut penser qu’elle s’identifie donc ? Natalie Wood, jeune fille rebelle dans ses r?les depuis West Side Story jusqu’? la Fureur de vivre. Bud incarne en effet l’h?ritier (au sens bourdieusien) amoureux de la jeune fille pauvre… Conscience de classe, r?volte, Warren Beatty est connu pour son r?le dans Bonnie and Clyde, couple mythique et fou, jeunesse ?touff?e par le poids de l’Am?rique des ann?es cinquante, jeunesse meurtri?re. Ce choix r?v?le chez la candidate le parti pris de la jeunesse (celle qu’on accuse d’?tre d?linquante ?), mais aussi sa volont? d’aller au-del? des apparences.
Une notation glan?e dans Maintenant, son livre d’entretiens, compl?te le tableau : on d?couvre que son film pr?f?r? est celui de Jane Campion, La le?on de piano. Ce choix en dit long : une femme malheureuse en amour qui passe du mutisme ? la parole, de la frigidit? ? l’?panouissement, par le biais d’un piano et d’un homme "sauvage", La le?on de piano est un film de femme (c’est la seule Palme d’or jamais d?cern?e ? une r?alisatrice), mais surtout film d’une ?mancipation : serait-ce la m?taphore du parcours sem? d’emb?ches que la candidate ? d? suivre pour acc?der ? une parole audible et d?complex?e ?

Posté dans Débats par comtessa le 02.05.07 à 19:42 - 15 commentaires

Le cin?ma de Nicolas Sarkozy

Du c?t? de chez Nicolas Sarkozy…
Sur le plateau de Canal Plus comme pour l’hebdomadaire Elle, les choix de Nicolas Sarkozy proc?dent d’une fascination ?vidente sinon revendiqu?e pour le cin?ma am?ricain. L? encore le choix de l’extrait pass? au Grand Journal semble tr?s tactique : en montrant Sean Penn en d?ficient mental dans Sam, je suis Sam, Nicolas Sarkozy polit une image humaniste (c’est celle du "conservatisme compassionnel") en m?me temps qu’il d?crit une soci?t? optimiste o? "chacun aurait sa chance" (m?me les handicap?s). Pour le critique des Cahiers du cin?ma, l’?galit? miraculeuse que postule l’extrait entre le trisomique et l’avocate ne peut se produire "que par le biais d’une mystification id?ologique — et c’est l?, au niveau de la repr?sentation de soi, que le candidat n?oconservateur peut faire appel au cin?ma."
L? encore, les r?ponses donn?es ? l’hebdomadaire Elle, peut-?tre moins pr?m?dit?es, n’en apparaissent que plus int?ressantes. Le candidat de l’UMP dit avoir ?t? ?mu (sans aller jusqu’? pleurer) par le dernier film de Robert Altman, The Last show… Ce qui l’?meut, est-ce le concept de fin, de terme ? Ce film est le dernier d’Altman, son ultime r?v?rence, et il d?crit la fin d’un monde, celui de la radio et de la country music. Ou bien est-ce le spectacle, le "show", avec tous ces acteurs prestigieux, dont Meryl Streep, qu’il cite ?
Quand Nicolas Sarkozy choisit Ava Gardner pour l’actrice qu’il r?verait de serrer dans ses bras, il ne pr?cise pas si c’est la femme toute enti?re, ou un r?le en particulier. Choisit-il la femme ? Les hommes d’Ava ont ?t? Frank Sinatra, Howard Hugues et Luis Miguel Dominguin. En r?vant d’?treindre la femme fatale, Sarkozy ne cherche-t-il pas ? ?treindre ? travers la magie du d?sir triangulaire, ces trois figures de la virilit? : le crooner s?ducteur aux relations mafieuses, le milliardaire n?vropathe, le torero. Choisit-il le r?le de la femme fatale ? La grande Ava a incarn? au cin?ma la femme que tous les hommes se disputent (un torero, un pilote de course, un po?te), mais qui leur pr?f?re un fant?me (Pandora). Dans La Comtesse aux pieds nus, elle est Maria Vargas qui ?pouse un comte italien impuissant et jaloux… Le d?sir de s?duction de Nicolas Sarkozy ne cacherait-il pas un d?sir de puissance, celui de poss?der la femme fatale qui se d?robe ? lui, parce qu’elle pr?f?re toujours la faille ?

Post-scriptum
La conclusion, on ira la chercher du c?t? de l'image fixe. A la question de Elle sur la photo qui les ?meut le plus : pour M. Sarkozy, il s’agit de "celle de ses enfants par le Studio Harcourt", pour Mme Royal "les veuves de Noirmoutier" d’Agn?s Varda… Nous ne r?sistons pas ? laisser le mot de la fin ? Roland Barthes, qui ?crivait dans Mythologies (1957) : "En France, on n’est pas acteur, si l’on n’a pas ?t? photographi? par les Studios d’Harcourt. L’acteur d’Harcourt est un dieu ; il ne fait jamais rien : il est saisi au repos… Voil? pourquoi les photographies de Th?r?se Le Prat ou d’Agn?s Varda, par exemple, sont d’avant-garde : elles laissent toujours ? l’acteur son visage d’incarnation et l’enferment franchement, avec une humilit? exemplaire, dans sa fonction sociale, qui est de ? repr?senter ?, et non de mentir."

Posté dans Débats par comtessa le 02.05.07 à 19:40 - 20 commentaires

Bowling for Virginia Tech

Dans la troublante impression de "d?j?-vu" que l’on a pu ressentir la semaine derni?re ? l’annonce de la tuerie de Virginia Tech, il ?tait difficile de faire la part des choses : les images mentales que r?activaient les compte-rendus du massacre et l’encha?nement des r?actions n’?taient-elles pas surtout des souvenirs de cin?ma ? Comme si la m?moire diffuse de Columbine avait ?t? fix?e en m?me temps qu’effac?e dans nos esprits par les deux grands films que le fait divers avait suscit?s : le documentaire Bowling for Columbine (2002) de Michael Moore, qui avait lanc? la carri?re internationale de l’auteur de Roger et moi, et la fiction Elephant (2003) de Gus Van Sant, couronn?e d’une Palme d’or au Festival de Cannes (o? il avait ?galement re?u le Prix de l’Education Nationale, voir le site p?dagogique du film).
A cette confusion s’ajoute, comme le faisaient remarquer Oliver P?ron et Didier Seguret dans Lib?ration ("Une fusillade au miroir du cin?ma") que le massacre s’inscrit dans des th?matiques ultra-balis?es par le cin?ma hollywoodien de masse : le d?cor du campus nord-am?ricain, rendu aussi familier au spectateur europ?en que s’il y avait lui-m?me fait ses ?tudes, et la figure horrifique du meurtrier en s?rie, explor?e sous toutes ses coutures et combinaisons par les sc?naristes du cin?ma et de la t?l?vision. Et qu’enfin on a pu retrouver dans les auto-mises en sc?ne (photographiques et vid?o) de Cho Seung-Hui des r?minescences, quasiment des citations de r?cents succ?s du box-office am?ricain (Matrix, Old Boy de Park Chan-Wook), qui ont servi de pr?texte ? relancer le sempiternel d?bat sur l’influence nocive de la violence des images : ces films ont-ils jou? un r?le dans le passage ? l'acte de l'?tudiant cor?en ? Ce blog r?pond par l’absurde en proposant un autre bouc-?missaire : "J’ai une analyse diff?rente de l’?v?nement. Le jeune meurtrier ?tait un ?tudiant en litt?rature. Dans son manifeste posthume, il cite d’ailleurs un passage sombre du Rom?o et Juliette de Shakespeare. Deux pi?ces de th??tre ?crites par Cho Seung-Hui viennent ?galement de surgir sur le Web, ?crites dans un style atroce et pompeux, oscillant entre imbitable et ridicule. Infanticide, viol, meurtre — tout y est. Il est temps qu’on reconnaisse l’influence dangereuse que le barde de Stratford-sur-Avon a sur les esprits jeunes et fragiles. Ses trag?dies sont parsem?es d’assassinats, de rois fous, de viols et d’incestes. Il n’est gu?re surprenant que ses œuvres, mettant en sc?ne des d?traqu?s homicides parlant tous seuls, aient corrompu l’?me de cet ?tudiant solitaire. J’en appelle donc aux parents, mentors et enseignants : mettez nos enfants ? l’abri de Macbeth ou du Roi Lear. N’?coutez pas les intellectuels qui qualifient de chefs-d’œuvre ces pi?ces glorifiant violence et folie meurtri?re."
Si l'on prend le probl?me dans l'autre sens, non dans la recherche des causes mais dans celle des cons?quences, pas s?r que le massacre de Virginia Tech exerce le m?me pouvoir de fascination sur les cr?ateurs et inspire des œuvres aussi fortes que celui de Columbine. Parce que l’acte de Cho Seung-Hui appara?t finalement, pour reprendre une terminologie famili?re, comme un triste remake (m?me histoire, plus de morts) de celui de Dylan Harris et Eric Klebold. Mais surtout parce qu'en saturant imm?diatement son acte de son propre commentaire (textes, photos, vid?os envoy?es par la poste), Cho le ram?ne finalement aux dimensions banales de sa propre folie, l? o? le geste laconique des tueurs de Columbine autorisait toutes les interpr?tations, tous les investissements intellectuels et romanesques, et permettait de soulever une interrogation qui le d?passait…

[Illus. : photogramme de Elephant de Gus Van Sant (2003)]

Posté dans Débats par zama le 29.04.07 à 15:01 - 7 commentaires

Le Festival du cin?ma br?silien ? Paris

Sur la carte de la cin?philie (telle en tout cas qu’on la dessine de ce c?t?-ci de l’Atlantique), le g?ant sud-am?ricain fait encore figure de nain : mis ? part le duo Walter Salles (Carnets de voyage) et Fernando Mereilles (d’ailleurs pass? "? l’international" apr?s le succ?s de La cit? de Dieu avec la production am?ricaine The Constant gardener), les jeunes r?alisateurs br?siliens ont du mal ? se faire conna?tre du public occidental. Ainsi le film Cin?ma, aspirine et vautours de Marcelo Gomes, pourtant aur?ol? du Prix de l’Education Nationale au Festival de Cannes 2005, ?tait sorti en France dans une relative indiff?rence…
Dans ce paysage relativement d?sert?, le Festival du cin?ma br?silien de Paris fait figure d’heureuse exception. Organis? par la dynamique association Jangada, il propose depuis 1999 au public de la capitale une s?lection de films in?dits, avec l’objectif de faire d?couvrir et partager la culture br?silienne dans toute sa diversit? cin?matographique, des œuvres les plus populaires aux formes les plus pointues.
La 9?me ?dition se d?double dans le temps et dans l’espace : du 25 avril au 1er mai ? l’Arlequin seront programm?s plus de quinze long-m?trages de fiction, r?cents et in?dits en France. Du 2 au 8 mai, c’est le Latina qui prend le relais avec une programmation documentaire. Signalons que des films "adapt?s au public scolaire" (? partir de la 6?me) sont propos?s en apr?s-midi ? tarif pr?f?rentiel. On mettra ainsi tout particuli?rement l’accent sur Pro dia nascer feliz de Jo?o Jardim, documentaire qui dresse un ?tat des lieux de la jeunesse br?silienne, sous l’angle de l'?ducation. Selon Cin?langues du Latina, qui propose le t?l?chargement d'un dossier p?dagogique, ce documentaire permettra aux lyc?ens (Premi?re/Terminale) "de d?couvrir un syst?me ?ducatif diff?rent du leur et de confronter leurs exp?riences personnelles ? celles des jeunes adolescents br?siliens interview?s dans le documentaire."

Posté dans Evènements par Zéro de conduite le 24.04.07 à 14:40 - Réagir

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