blog :::

: (276 articles)

Fuocoammare, par-delà Lampedusa : le site pédagogique

Lampedusa, cette petite île italienne située au Sud de la Sicile, à quelques kilomètres de la Tunisie, est devenue la principale porte d'entrée des migrants africains sur le continent européen. Dans Fuocoammare, par-delà Lampedusa, le grand documentariste Gianfranco Rosi observe le quotidien presque tranquille des autochotones, tout en filmant les sauvetages en mer parfois dramatiques des migrants. Par ses choix de cadre et de montage très affirmés, Rosi se démarque à dessein des innombrables reportages télévisuels consacrés à ce qu'il est devenu habituel d'appeler le "drame des migrants". En faisant de l'île une métaphore d'une Europe indifférente à la tragédie qui se joue à ses portes, il interpelle profondément le spectateur.

Ce film puissant a reçu l'Ours d'or au dernier Festival de Berlin (qui n'avait pas couronné de documentaire depuis soixante ans). Zérodeconduite lui a consacré un dossier pédagogique, mêlant analyse cinématographique et activités destinées aux classes de Lycée (Géographie, EMC). On retrouvera également sur le site un entretien avec le géographe Mathieu Tardis, chercheur au centre migrations et citoyennetés de l’IFRI.

Fuocoammare, par-delà Lampedusa de Gianfranco Rosi

Au cinéma le 28 septembre

Le site pédagogique du film (Dossier pédagogique Géographie/Cinéma, Entretien avec Mathieu Tardis) 
 
 

 

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par zama le 23.09.16 à 12:17 - Réagir

Frantz : les fantômes de l’après-guerre

Il y a dans Frantz, en plus des personnages physiquement présents à l’écran, une présence presque presque surnaturelle qui imprègne tous les plans. Car tous les personnages, qu’ils soient allemands ou français, ont perdu un proche à la guerre. Fils, frère, fiancé, ami, ils ne sont plus que des fantômes, fantômes qui définissent l’identité visuelle et le ton de ce beau mélo signé François Ozon.

À partir d’une histoire plutôt simple, celle d’une amitié entre deux jeunes gens (l’un français, l’autre allemand), François Ozon capture avec justesse les sentiments de l’immédiat après-guerre. Au printemps 1919, Adrien, un jeune Français tout juste revenu du front, arrive dans la petite ville allemande de Quedlinburg. Il vient rendre visite aux Hoffmeister et à leur belle-fille, Anna, pour évoquer avec eux le souvenir de Frantz, ami, fils et fiancé mort à la guerre. Le traumatisme de la guerre qui vient de s’achever est visible, et ceux qui ne sont pas revenus de la guerre hantent ceux qui y ont échappé. À cet égard, Frantz propose une illustration très concrète de l’hécatombe qu’a été la Première Guerre Mondiale : les rues de Quedlinburg sont vides, les familles sont endeuillées, et toute une génération manque à l’appel. Pour évoquer ces disparus, Ozon a l’intelligence de ne pas trop en dire. Plus que dans les dialogues, ces fantômes sont présents dans le regard de Paula Beer (Anna), magnifique découverte du film. Ils impriment également leur marque sur les mouvements de caméra, très lents, presque flottants, déplacements qui font penser à ceux d’ectoplasmes.

De l’après-guerre, le film raconte également la haine qui persiste, et l’exaltation du sentiment national comme seule consolation pour tous ceux qui ont perdu un proche. Lors de son séjour en Allemagne, Adrien est rejeté par les habitants de Quedlinburg. La première réaction du père de Frantz, M. Hoffmeister, traduit bien cette haine intense à l’encontre du Français. Il le jette hors de chez lui, murmurant que tous les Français sont pour lui les assassins de son fils. De même, lorsqu’Anna se rend en France, elle se retrouve, un soir au restaurant, entourée de Français chantant la Marseillaise. « Qu’un sang impur abreuve nos sillons » clament en coeur les clients. Tout comme le deuil, la réconciliation entre les deux peuples paraît impossible.

Ces deux thématiques, celle du deuil de l’après-guerre et celle de la montée du nationalisme, rendent le film particulièrement intéressant sur le plan pédagogique. Frantz peut tout aussi bien être montré en 3e qu’en Première, pour illustrer les cours d’histoire portant sur l’immédiat après-guerre et sur la naissance des totalitarismes. De nombreuses pistes de réflexion peuvent être envisagées : les gueules cassées, le suicide de la civilisation européenne, l’expérience combattante dans les tranchées, ou encore la montée du nazisme. On peut également envisager une mise en perspective entre Frantz et Le Monde d’hier (texte de Stefan Zweig adapté aux Premières), afin d’étudier le thème de la guerre civile européenne.

Le film montre ainsi de manière particulièrement subtile pourquoi l’Allemagne en est venue à considérer qu’elle n’avait pas perdu la guerre. Dans les premières scènes, Ana se promène dans Quedlinburg, achetant des fleurs au marché puis se rendant au cimetière. En la suivant, le spectateur découvre une ville épargnée. Si ce n’est le cimetière, avec ses tombes fraichement creusées, le quotidien de ce village allemand semble n’avoir pas été perturbé par la guerre. À l’inverse, lorsqu’Ana prend le train pour Paris, elle aperçoit à travers la fenêtre des plaines et des villages français dévastés, champs de ruines désertés. Alors même que la France a officiellement gagné la guerre, l’Allemagne semble bien plus préservée.

Tous les traumatismes liés à la guerre expliquent que la renaissance des personnages principaux, attendue tout au long du film, soit sans cesse différée. On pourra reprocher à François Ozon de s’étendre trop longuement dans ses vingt dernières minutes, mais sa manière de ne jamais inscrire ses personnages dans une trajectoire linéaire est, elle, remarquable : même si la tristesse prédomine, Ozon ménage à ses héros des instants de bonheur. Dans ces séquences, le noir et blanc cède d’ailleurs la place à la couleur. Un procédé qui, comme l’ouverture de l’écran dans Mommy (on passait du format 1:1 au format 1:85), rend la joie des personnages contagieuse. Pour le spectateur, l’émotion n’en est que plus forte.

Philippine Le Bret

Merci à Yaël Saadoun, professeur d’histoire-géographie, pour sa contribution à cet article

[Frantz de François Ozon. 2016. Durée : 114 min. Distribution : Mars Films. Date de sortie : le 7 septembre 2016]

 

Posté dans Dans les salles par zama le 09.09.16 à 14:58 - Réagir

Loving : l'histoire à hauteur de couple

Loving de Jeff Nichols

On conseillera aux enseignants (sans doute nombreux) qui emmèneront leurs élèves découvrir Loving en salles, de ne pas trop, une fois n'est pas coutume, préparer ceux-ci à la séance. Si le film s'inspire d'un épisode marquant de l’histoire du mouvement des droits civiques, il gagne à être reçu le plus naïvement possible : le parti pris du cinéaste Jeff Nichols, est en effet de mettre en scène ce récit non comme "l'affaire Loving vs Virginie", mais comme le récit de la vie de deux personnages nommés Richard et Mildred, que rien ne destinait a priori à entrer dans les livres d’histoire.

Les amoureux Richard (Joel Edgerton) et Mildred (Ruth Negga) vivent dans un district pauvre où blancs et noirs cohabitent naturellement en osmose, mais dans un état qui en cette année 1958 pratique les lois parmi les plus ségrégationnistes des États-Unis. Quand Richard demande, comme une évidence, sa main à Mildred, enceinte de leur premier enfant, on devine aux réactions mitigées de leur entourage que la décision ne va pas de soi : les unions interraciales sont alors encore strictement prohibées,  et Richard est obligé d’emmener Mildred et leur témoin dans l’état voisin (le District of Columbian) pour officialiser leur mariage. Le couple est bientôt arrêté sur dénonciation anonyme, jeté en prison, et la décision soi-disant "clémente" du juge tombe comme un couperet : la peine d’un an de prison avec sursis dont ils écopent est suspendue, à condition qu’ils quittent immédiatement l’état et n’y remettent pas les pieds, pour une période d’au moins vingt-cinq ans. Pendant des années le taiseux Richard et la sensible Mildred vivront le déchirement de l’exil, les allers et retours clandestins pour aller voir leurs proches, la menace de la police, jusqu’à ce que Mildred se décide à écrire au ministre de la Justice Robert Kennedy pour attirer son attention sur leur situation.

Cette histoire, Jeff Nichols prend le temps de nous la raconter, de donner chair et épaisseur à ses personnages. Il s’attarde sur les moments d'intimité et les gestes de tendresse, les repas en famille et les plaisirs simples, le passage des années et les enfants qui grandissent… L’histoire, la grande, n’entrera dans le film que par la bande, et ne fera jamais dévier le récit de son axe : même quand les avocats de l’ACLU parviendront à porter l’affaire devant la Cour Suprême, Jeff Nichols préfère coller à ses personnages, qui refuseront d'assister à l'audience…

Cette attention accordée à l’humanité de ses personnages, portée par une mise en scène d’une exemplaire sobriété, est le moteur à la fois d’un mélo bouleversant et d’un des plus beaux films sur le mouvement des droits civiques : jamais le cinéma ne nous a fait sans doute ressentir aussi douloureusement l'horreur des lois ségrégationnistes, qui déniaient à certains êtres humains les droits les plus élémentaires.  

Loving de Jeff Nichols, États-Unis, 2016, Durée : 123 mn
Sélection Officielle, en compétition

Posté dans Festival de Cannes par zama le 20.05.16 à 00:40 - Réagir

Enfance clandestine : entretien avec l'historienne Diana Quattrocchi-Woisson

Enfance clandestine

Enfance clandestine, le film de Benjamin Àvila, n'est certes pas un film historique à proprement parler : s'il raconte la chronique des Montoneros, ce mouvement de la gauche péroniste en lutte armée contre la dictature, et de sa "contre-offensive", funeste pour la majorité de ses membres, il le fait en filigrane, au filtre des souvenirs du réalisateur, et à travers le regard de l'enfant qu'il était alors. Mais le film donne envie de se replonger dans une histoire argentine particulièrement complexe (en tout cas pour nous Européens), et de comprendre les tenants et les aboutissants de cette période tragique, afin d'en dresser un bref tableau aux élèves.

L'historienne Diana Quattrocchi-Woisson, chargée de recherche au CNRS, membre de l'Institut des Amériques, et présidente-fondatrice de l'Observatoire de l'Argentine contemporaine, a bien voulu nous éclairer sur l'Argentine contemporaine, marquée par le péronisme et ses avatars…

Zérodeconduite.net : Le film de Benjamin Avila se déroule en Argentine, en 1979, pouvez-vous nous décrire le contexte politique du pays ?

Diana Quattrocchi-Woisson : Il s'agit de la dernière dictature militaire du XXème siècle, qui commence en 1976 et se termine en 1983. Elle ponctue une série de coups d'état et de mouvements de contestation violents. Il y a un crescendo dans l'histoire de la violence politique en Argentine et la période qui concerne le film est la plus aiguë. Et cela ne s'explique pas uniquement par l'apparition de la guérilla de gauche péroniste sur la scène politique. Cette radicalisation concerne l'ensemble de la société, aussi bien la classe moyenne que les syndicats enseignants ou les syndicats ouvriers.

Comment naît cette radicalisation ? Quelle est l'origine de la violence politique en Argentine ?

D.Q.W. : Cette radicalisation s'inscrit dans un contexte latino-américain. L'Argentine n'est pas le seul pays concerné par les mouvements de guérilla et les coups d'états. Mais le pays se caractérise par une spécificité de violence à outrance par rapport aux autres pays d'Amérique latine, même par rapport au Chili. La dictature d'Augusto Pinochet a fait de 3000 à 4000 victimes. Mais la plupart de ces crimes étaient commis à ciel ouvert, notamment dans des stades de football. En Argentine, on parle de 30 000 disparus. Le spectre de ces disparus hante toujours le pays et renvoie à la clandestinité de cette répression. De plus, l'église catholique argentine a conservé un silence complaisant, alors que l'église chilienne et l'église brésilienne ont levé la voix contre les répressions violentes qui sévissaient dans leur pays.

Dans le film, les parents du jeune Juan sont des guérilleros Montoneros. Pouvez-vous nous présenter ce mouvement ?

D.Q.W. : Pour comprendre ce que sont les Monteneros, il est indispensable d'expliquer le péronisme. Juan Domingo Perón est un militaire qui accède au pouvoir à la suite d'un coup d'état en 1943. En tant que vice-président de la junte militaire, il développe une politique ouvriériste. Jugé trop radical par ses pairs, Perón est arrêté et envoyé en exil. Mais, le 17 octobre 1945, les syndicats lancent une grève et une foule d'ouvriers investit la place de Mai (Plaza de Mayo, site central de la ville de Buenos Aires) pour demander sa liberté. Les militaires choisissent de ramener Perón plutôt que de tirer sur les manifestants, trop nombreux. Il s'agit de l'évènement fondateur du péronisme qui change le cours de l'histoire argentine. Les liens entre Juan Domingo Perón et le mouvement ouvrier seront désormais indestructibles.

Que se passe-t-il ensuite ?

D.Q.W. : Juan Perón abandonne la vie militaire et demande à ses camarades d'armes de convoquer des élections. Celles-ci ont lieu en février 1946, ce sont les plus démocratiques de l'histoire argentine. Perón est élu et son mandat sera à l'origine de nombreuses réformes : tentative de justice sociale, redistribution, congés payés, sécurité sociale... Mais il est chassé du gouvernement par un coup d'état en 1955. Déchu, son exil durera 18 ans.

Est-ce que la révolution cubaine de 1959 a une incidence sur la politique argentine ?

D.Q.W. : C'est un événement ressenti comme majeur dans toute l'Amérique latine. Les jeunes contestataires argentins sont séduits par Fidel Castro. Depuis son exil, Perón salue Castro et la révolution castriste. A la mort de Che Guevara, il écrit que ''le meilleur d'entre nous est tombé''. A cette époque, en Argentine, le péronisme est toujours très populaire mais il est réprimé. Les partis politiques sont interdits. Le fait même de nommer Perón était interdit. Les élections ne sont qu'une succession de fraudes. Ce climat, ainsi que la révolution cubaine, contribuent à radicaliser la situation. Les années soixante marquent également le début d'un mouvement de contestation au niveau international, Mai 68, le printemps de Prague... En Argentine, cet élan de protestation arrive un an après, dans la ville de Córdoba. Cette insurrection populaire, appelée Cordobazo, est lancée par les ouvriers des usines automobiles. Elle est réprimée par le gouvernement militaire. Il ne faut pas oublier que nous sommes en pleine guerre froide et que l'Amérique latine, arrière- cour des Etats-Unis, est l'un des "points chauds" du globe. Tout dissident est considéré comme un communiste par les militaires.

Dans ce contexte, des groupes de guérilla naissent en Argentine. Dont l'organisation politico-militaire des Montoneros ?

D.Q.W. : Les guérilleros Montoneros font effectivement leur apparition en 1969, après le Cordobazo. Leur première action publique est l'enlèvement de Pedro Eugenio Aramburu, un des militaires à l'origine du coup d'état contre Juan Domingo Perón en 1955. Les Montoneros le fusillent à la suite d'un jugement politique clandestin. La joie populaire que provoque la mort de cet homme est spectaculaire. Cette opération a valu à cette guérilla péroniste le nom de Montoneros. Ce terme date des guerres civiles argentines du XIXème siècle, postérieures à l'indépendance. Celles-ci opposaient des chefs locaux entre eux, s'appuyant sur des petites armées avec des bases populaires. En espagnol, un monton de gente signifie beaucoup de gens. En choisissant ce nom, les Montoneros cherchent une filiation historique. C'est un succès car ils jouissent d'un soutien populaire considérable. Au lieu d'être choqués par la séquestration et l'assassinat d'Aramburu, les Argentins applaudissent. Cela témoigne du niveau de conscience démocratique de la société argentine à ce moment-là. Le pays était en état de guerre civile non déclarée et la vie n'avait pas de valeur.

(…)

Lire l'intégralité de l'entretien sur le site pédagogique du film : www.zerodeconduite.net/enfanceclandestine

Enfance clandestine, au cinéma le 8 mai

> Le DVD du film est disponible, avec ses droits institutionnels et un dossier pédagogique (Espagnol), sur la boutique DVD Zérodeconduite.  

Posté dans Entretiens par Magali Bourrel le 02.05.16 à 17:20 - Réagir

La Ligne de partage des eaux : la carte et le territoire

La ligne de partage des eaux

La Ligne de Partage des eaux s'ouvre par une très jolie séquence métaphorique : une petite fille reconstitue consciencieusement un puzzle naïf représentant un paysage de campagne au milieu duquel coule une rivière. Cette image du puzzle, d'ailleurs reprise sur l'affiche du film, est une bonne entrée dans le propos de Dominique Marchais : la différence entre le tableau et les pièces, c'est celle qui sépare l'unité organique d'un pays et le découpage parfois arbitraire de ses subdivisions administratives, la géographie humaine et la géographie "physique" (au sens très large), ou bien, pour reprendre le titre d'un récent prix Goncourt, la "carte" et le "territoire". La Ligne de partage des eaux propose donc l'exploration d'un territoire géographique (circonscrit par le bassin versant de la Loire) et en même temps celle du fameux "mille feuilles administratif" qui s'y superpose et le modèle… Comment se transforme la France d'aujourd'hui, comment se modèle celle de demain ? Quels logiques, quels intérêts antagonistes s'affrontent, et comment (par qui, dans quelles instances) ces conflits d'usage sont-ils arbitrés ? Quelles sont les conséquences concrètes de ces arbitrages sur les paysages ? Prenant l'eau pour fil conducteur, le film navigue avec fluidité entre les acteurs (agriculteurs, élus locaux, néo-ruraux, fonctionnaires), les paysages (ruraux et périurbains) et les espaces, construisant petit à petit, pièce (de puzzle) par pièce un tableau de la France d'aujourd'hui.

Celui-ci, on s'y attendait, n'est pas des plus réjouissants. Même s'il filme également quelques zones de résistance ou de résilience, Dominique Marchais met surtout en évidence le rouleau-compresseur inexorable de l'étalement de l'urbain (et de ses dépendances) sur les espaces ruraux, au nom de dogmes intitulés "croissance" et "mondialisation" ; mouvement qui est celui de la normalisation et de l'uniformisation, mais aussi d'une destruction irréversible des espaces naturels et d'un enlaidissement irrémédiable (cf cette enquête consacrée par Télérama.fr à "La France moche"). Le film se présente à la fois comme la suite et le pendant du premier long-métrage documentaire de Dominique Marchais, le passionnant Temps des grêces (2008) qui évoquait le bouleversement de l'agriculture au XXème siècle et ses conséquences sociales, sanitaires et environnementales… Après avoir soldé le passé, n'est-on pas en train de faire "table rase du futur", nous demande le cinéaste dans ce nouvel opus ?

La réflexion qui a précédé, nourri et accompagné Dominique Marchais dans la réalisation du film est particulièrement stimulante, et on renverra à ce propos au long entretien avec le réalisateur proposé dans le dossier de presse. Mais son expression cinématographique s'avère hélas parfois particulièrement aride, à l'image de cette interminable séquence de réunion publique à Châteauroux qui voit chacun des participants, stagiaires compris, décliner son identité et sa fonction. Le film embrasse tellement large que le fil du propos est parfois difficile à suivre, la cohérence "géographique" revendiquée (un "film bassin versant") s'avérant moins évidente que celle, historique, qui présidait au Temps des grâces. La Ligne de partage des eaux est donc un film qui risque de passionner les géographes et tous ceux qui s'intéressent à la discipline, mais de laisser sur le bord les autres, élèves de lycée compris.

[La Ligne de partage de eaux de Dominique Marchais. 2014. Durée : 108 mn. Distribution : Les Films du Losange. Sortie le 23 avril 2014]

Posté dans Dans les salles par zama le 29.04.16 à 15:42 - Réagir

new site