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Timbuktu : le site pédagogique

En juillet 2012, dans la petite ville d’Aguelhok au Mali, un couple d’une trentaine d’ann?es a ?t? lapid? en place publique sur d?cision du tribunal mis en place par les combattants islamistes qui tenaient la ville. Leur seul crime ?tait d'avoir eu des enfants hors mariage. Parvenue aux oreilles du r?alisateur mauritanien (n? au Mali) Abderrahmane Sissako, cette terrible histoire est devenue le point de d?part du film Timbuktu. Envisag? au d?part comme un documentaire sur l'occupation de la grande ville malienne par les djihadistes, de juin 2012 ? janvier 2013 (date de la lib?ration de la ville par l'arm?e fran?aise), le film est devenu une fable sur l'obscurantisme et la mani?re d'y r?sister. Autour de l'intrigue principale (qui met en sc?ne le touareg Kidane et sa famille), le film nous place au cœur des t?n?bres, dans une succession de scènes frappantes où se confrontent des djihadistes très humains, trop humains, et la population qui tente de résister à l’iniquité et à l’absurde. Tout le talent de l'auteur de Bamako est l?, dans sa capacit? ? parler du monde contemporain avec tr?s fortes images de cin?ma, de m?ler la fiction et le documentaire, le politique et le po?tique.

L’intér?t pédagogique principal de Timbuktu est, on s’en doute, de nous mettre en présence d’un phénomène contemporain de la géopolitique mondiale : le djihadisme international, et son idéologie, le salafisme ; à ce titre, il illustre avec justesse certains thèmes d’étude dans les programmes d’histoire de 3?me ou de Première ES et L. Deux ans après le tournage, le film trouve d’ailleurs un tragique écho dans l’actualité, cette fois à travers les exactions du groupe Daech en Syrie et en Irak. Mais, pour exploiter toute la richesse de ce film, on saura également y trouver, en décalant légèrement le regard, nombre d’indices qui permettront de sensibiliser les élèves aux thèmes de géographie de 4?me (sur la mondialisation ou les pays pauvres) et surtout de Terminale générale (sur la mondialisation ou le Sahara).

Z?rodeconduite propose un site p?dagogique pour aider ? ?tudier le film en classe : les enseignants y trouveront un dossier p?dagogique r?alis? par un enseignant d'Histoire-G?ographie, ainsi qu'une interview du politologue Michel Galy, sp?cialiste du Mali. Timbuktu fait ?galement partie de la liste des films s?lectionn?s pour le Prix Jean Renoir des Lyc?ens 2015, qui mettra prochainement en ligne une fiche p?dagogique ax?e sur les questions de cin?ma.

Timbuktu, un film d'Abderrahmane Sissako, au cin?ma le 10 d?cembre

> Le site pédagogique

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Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par Zéro de conduite le 02.12.14 à 11:21 - Réagir

Les Invisibles : chaque vie est un roman

Les Invisibles, un film de S?bastien Lifshitz

En cet automne 2012, il est évidemment difficile de ne pas lire le film de Sébastien Lifshitz au prisme, politique et militant, des récents débats sur le "mariage pour tous". Lors de sa première présentation au dernier Festival de Cannes en mai dernier, c’est pourtant plutôt l’émotion profonde dégagée par ce beau film d’amour ("Amour", voilà un titre que le documentaire n’aurait pas usurpé si le film de Michael Haneke ne l’avait préempté) qui nous avait frappé.

Les Invisibles ce sont Yann, Pierre, Bernard, Pierrot, Thérèse, Catherine, Elisabeth… qui racontent leur vie devant l’objectif de Sébastien Lifshitz : une petite dizaine d’hommes et de femmes issus de milieux très différents (du chevrier au grand bourgeois), mais réunis par une même expérience, avoir vécu leur homosexualité dans un temps où elle était considérée comme une maladie psychiatrique. En mettant sur le devant de la scène ces figures doublement invisibles (hier par leur sexualité, et d’aujourd’hui par leur âge), Sébastien Lifshitz accomplit une rupture : avec la représentation dominante du corps homosexuel (forcément jeune, beau, et turbulent) d’une part, avec un discours obligatoirement victimaire (homophobie, SIDA) de l’autre.

La grande beauté du film c’est d’abord le romanesque cette dizaine de trajectoires, l’épaisseur qu’il parvient à conférer à ses personnages. On emploie à dessein les mots de la fiction car c’est aussi de ce côté que lorgne Sébastien Lifshitz : l’inscription dans l’espace permise par le format large, la pictorialité des images, la musique, tout cela concourt à hisser ces vies modestes au rang de l’épopée… Mais le cinéma documentaire a un privilège que ne pourra jamais lui contester la fiction (qui s'échine à grimer ses acteurs pour les vieillir ou les rajeunir) : la possibilité de montrer le passage du temps, à travers la confrontation entre les images d’hier et celles d’aujourd’hui. Le projet du film est d’ailleurs né de là (comme l’explique ici le réalisateur), d’une collection de photos jaunies et de la volonté d’interroger ceux qui se mettaient ainsi en scène leur homosexualité de manière presque transparente, à une époque où la société ne le tolérait pas. Le montage est construit sur ces allers et retours entre les interviews et les archives (photos ou films super 8), entre les corps d’aujourd’hui (vieillis, fatigués mais apaisés), et ceux d’hier (jeunes et pleins de santé, mais accablés par le secret, la solitude, la honte), que relient le chœur entremêlé des témoignages composant un récit rétrospectif souvent bouleversant.

Les Invisibles est évidemment un beau document d’histoire sur l’évolution de la société française : comme le fait remarquer le réalisateur "les minorités sont des groupes extrêmement intéressants pour raconter les valeurs d’une époque." (extrait du dossier de presse). La deuxième partie du film, consacrée aux années militantes (60 et 70), montre comment la lutte des homosexuels croise d’autres mouvements de libération comme celui des femmes, les nourrit et s’en nourrit… Le personnage le plus intéressant est à cet égard celui de Thérèse, mariée et mère de famille, qui à travers le militantisme féministe, et la pratique des avortements clandestins, va découvrir son homosexualité. Malgré cette dimension informative, c'est quand même l'émotion qui domine, ainsi quand cette même Thérèse raconte ce jour où "le mouvement de main" d’une amie a bouleversé son existence.

[Les Invisibles de Sébastien Lifshitz. 2012. Durée : 115 mn. Distribution : Ad Vitam. Sortie le 28 novembre 2012]

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 30.11.14 à 14:59 - Réagir

L'Homme du peuple : entretien avec le sociologue François Bafoil

Sociologue, Fran?ois Bafoil est directeur de recherche au CNRS, (CERI-Sciences Po), et enseignant ? Sciences Po, sp?cialiste du communisme est-europ?en, et des formes de d?veloppement en Europe centrale et orientale post communiste. Parmi ses derniers travaux sur la Pologne : La Pologne (?ditions Fayard, 2007), ? Poland: a systemic transforming process from state-planned to liberal economy ?, in Government – Linked Companies and Sustanaible, Equitable Development, Edited by Terence Gomez, Fran?ois Bafoil, Kee-Cheok Cheong, Routledge (2014) et East European civil societies in the 90’s. A legacy of Solidarnosc or completely different historical paths ? Social Activism, Regime Collapse, and Building a new Society, (Andrzej Rychard, dir., 2014). Il a visionn? le film L’Homme du peuple et accept? de r?pondre aux questions de Zerodeconduite.net

Ayant v?cu en Pologne dans les ann?es 80 et connaissant bien le pays, que vous a inspir? le film d'Andrzej Wajda, L’Homme du peuple ?

Le film est d'autant plus int?ressant qu'on le replace dans le cadre de la trilogie qu'il forme avec L'Homme de marbre (1977) et L'Homme de fer (1981, Palme d'or). Il y a dans L'Homme du peuple de nombreuses r?f?rences ? ces deux pr?c?dents films : la sc?ne o? des hommes distribuent des tracts dans le train pour appeler la population ? se r?veiller est une citation directe de L'Homme de fer. Il y a ?galement un personnage de journaliste qui revient dans les trois films. Dans L’Homme de marbre, une jeune journaliste de t?l?vision (le film se d?roule dans les ann?es 70, avant la grande r?volution de 1980) enqu?te sur ce qui s’est pass? dans les ann?es 50, au moment de la construction de la Pologne. L'Homme de marbre c'est le stakhanoviste, l'ouvrier qui d?place les montagnes, mod?le import? de l'URSS des ann?es 30. La journaliste d?couvre qu’apr?s avoir ?t? encens? par le parti, cet ouvrier a ?t? trait? comme un tra?tre car il refusait de jouer le jeu. Entr? dans l'opposition, il meurt en 1970 sous les coups de la milice ? Szczecin, au bord de la mer Baltique. Le film constitue une critique du r?gime qui a trahi son pr?tendu h?ros, qui a manipul? les hommes et a fauss? l'histoire.

Le personnage de L’Homme de marbre meurt sur les barricades en laissant un fils derri?re lui. On retrouve ce fils dans le deuxi?me opus de la triologie, L’Homme de fer.

L'Homme de fer se d?roule dans la p?riode qui pr?c?de la soul?vement de 1980 et va s’achever avec le moment historique que repr?sentent les accords de Gdansk fin ao?t 1980 et la cr?ation du syndicat Solidarnosc. La journaliste arrive sur les chantiers navals de la ville de Gdańsk et cherche le fils de l'homme de marbre. Dans L'Homme du peuple, on voit ?galement la gr?ve aux chantiers navals, qui avait ?clat? suite au licenciement d’une ouvri?re, Anna Valentinowicz. Il y a donc continuit? entre les trois œuvres de Wajda. Lech Walesa avait lui aussi ?t? licenci? des chantiers navals avant de monter sur les grilles et entra?ner la r?volution mais il n’?tait pas seul. En 1976 d?j?, un groupe d’intellectuels avait cr?e un comit? de d?fense des ouvriers (en polonais "Komitet Obrony Robotnik?w", "KOR"). Une longue tradition d'opposition au parti communiste existait en Pologne. Le KOR r?unit les intellectuels et les ouvriers. Wajda tourne L'Homme de fer au moment m?me o? les choses se d?roulent. C'est extraordinaire d'un point de vue historique. L'art de Wajda est de m?ler des actualit?s de l'?poque avec son r?cit. La r?alit? illumine la fiction.

Pr?sident de la R?publique de 1990 ? 1995, comment Lech Walesa est-il per?u aujourd’hui en Pologne ?

Une s?quence du film L’Homme du peuple montre Lech Walesa dans les bureaux de la police secr?te apr?s une manifestation. On lui demande de signer un document ?tablissant qu'il travaille pour la police secr?te. Cette accusation le poursuivra durant toute sa carri?re politique. Dans le film, il explique ? la journaliste pourquoi il a sign? : son premier fils est en train de na?tre et il veut voir sa femme. Cette sc?ne r?v?le les mani?res ignobles qu'employait la police secr?te pour casser les gens, les forcer ? coop?rer, d?noncer leurs camarades. Le pire a ?t? fait en RDA ? l'?poque. Aujourd’hui, Lech Walesa est comme statufi?. Les Polonais lui ont donn? son cong?. Il a essay? de revenir ? plusieurs reprises dans le jeu politique mais ?a n’a pas march?. Il n’a pas ?t? un tr?s bon pr?sident, il ?tait tr?s conservateur sur tout ce qui concernait la sexualit?, les jeunes et les femmes. Walesa ?tait un fervent catholique.

Contrairement ? ses deux films pr?c?dents, Wajda aborde dans L’Homme du peuple, l’histoire de son pays par le biais d’un seul homme.

Lech Walesa est un g?ant mais l’histoire n’est pas le fait d’un seul homme. La f?d?ration de syndicats polonais Solidarnosc repr?sentait la masse des ouvriers polonais, pas seulement ceux des chantiers navals de la ville de Gdańsk. En 1945, il y avait d?j? eu des conseils ouvriers qui reprenaient l'esprit autogestionnaire h?rit? du XIX?me si?cle pendant lequel la Pologne, partag?e entre la Russie, la Prusse (puis l'Allemagne), et l'Autriche (puis l'Autriche-Hongrie) est marqu?e par une succession de r?voltes et d'insurrections nationales (1830,1848 et 1863). En octobre 1956, lors des grandes r?voltes ouvri?res, l’id?e de conseils ouvriers appara?t de nouveau. L’autogestion ouvri?re s’oppose au parti communiste et aux syndicats, qui ont tout fait pour la d?truire. ? cet ?gard, la Pologne a une histoire diff?rente de celle des autres r?gimes communistes. Il y a eu un refus ouvrier de la domination du parti communiste, s'appuyant sur le catholicisme (Jean Paul II a beaucoup soutenu Solidarnosc) et le nationalisme, qui s'est exprim? lors des soul?vements populaires de 1956, 1968, 1970 et 1981.

Pourriez-vous revenir sur cette ann?e 1981, apog?e de toute cette s?rie de mouvements contestataires polonais ?

Pendant cinquante ans les sovi?tiques ont pass? leur temps ? d?truire toutes les solidarit?s qui pouvaient na?tre (notamment entre classes) en URSS et dans les pays de l'Est. Il ne fallait surtout pas que les ouvriers s'associent aux paysans, ou aux intellectuels. Hors, le miracle de 1981 en Pologne, c'est justement la jonction des ouvriers, des paysans et des intellectuels comme Tadeusz Mazowiecki, qui deviendra premier ministre. Lui, comme Bronisław Geremek et beaucoup d’autres, sont venus de Varsovie pour se mettre au service du mouvement. Il r?gnait une ?mulation extraordinaire. Dans le film, Lech Walesa dit en parlant des intellectuels : ''Ce sont des experts, ils vont nous ?tre utiles''. Mais ils n'?taient pas seulement des gratte-papiers, ils avaient des relais ? l'Ouest. Il y avait une r?elle symbiose entre Mazowiecki, Geremek et les autres, et Lech Walesa. Le communisme ne meurt pas le 9 novembre 1989 ? Berlin mais ? Gdańsk, le 31 ao?t 1980, date ? laquelle le pouvoir communiste c?de et accepte les syndicats libres, la lib?ration des prisonniers, le droit de se r?unir et la libert? de parole. C'est pour cela que la lutte a dur? quinze mois. Le syndicat Solidarit? est l?galis? apr?s cet accord de Gdańsk. Ce n’est d’ailleurs plus un syndicat, c'est devenu la nation : il compte 10 millions d’adh?rents, soit un tiers de la population polonaise ! Le miracle de Solidarnosc n’a jamais ?t? r?p?t? ailleurs. L’apparition des intellectuels est importante car ils n’?taient absolument pas pro-capitalistes. ? cette ?poque, on ne pense pas ? la fin du communisme. Pour avoir v?cu en Pologne en 1984-85 et ensuite en RDA, afin d'y r?diger ma th?se d’habilitation, je peux t?moigner que personne, moi y compris, n'imaginait que le Mur pouvait tomber. Tout le monde ?tait sous l’emprise de ce syst?me qui dominait l'ensemble de la soci?t?. Mais les citoyens polonais voulaient d?fendre les ouvriers, les paysans, le catholicisme. ll n’a jamais ?t? question d’abattre le parti. Tout le monde savait bien qu'abattre le parti, c'?tait faire d?barquer les chars russes. Il r?gnait une peur terrible en 1981, m?me ? l’ouest. D’ao?t ? d?cembre 1981, la tension est ? son comble.

Quelle est la gen?se des mouvements de r?volte de 1981 ?

Tout est n? sur la mer Baltique, dans la ville portuaire de Gdańsk. Les chantiers navals repr?sentaient l’une des plus grandes r?ussites du pouvoir communiste install? depuis 1945. Il y avait eu d’autres concentrations ouvri?res dans d’autres villes portuaires, notamment Sopot et Szczecin. Lech Walesa en parle dans le film quand il ?voque le financement d’un monument ?rig? devant l’usine en m?moire des dizaines d’ouvriers tu?s lors de ces soul?vements. On peut voir la croix devant les chantiers navals. C’est Solidarnosc qui l’a financ?. En 1981, quand ils se r?voltent, ils veulent r?int?grer Anna Walentynowicz, mais ils veulent aussi et surtout des syndicats libres. La revendication de syndicats libres ?tait v?ritablement au cœur de nombreuses r?voltes en Europe centrale et m?me en URSS. Les ouvriers voulaient des syndicats pour d?fendre leurs int?r?ts. Dans le syst?me communiste, les syndicats ?taient aux ordres du parti. Ils avaient en charge la distribution de biens (comme les appartements ou les denr?es alimentaires) que vous ne trouviez pas sur le march? parce qu’il n’y avait pas de march?. La s?curit? sociale d?pendait d’eux donc vous ?tiez forc?s d’?tre membre. La premi?re revendication des ouvriers n’est donc pas la libert? politique, la d?mocratie ou l’Ouest mais la libert? syndicale.

Y a t-il eu des tensions au sein de Solidarnosc ?

Le personnage de Walesa dans le film pourrait laisser croire qu’il ?tait un bonhomme sympathique mais c’?tait un fin n?gociateur. Ce n’?tait pas du tout gagn? d’avance qu’il devienne leader de Solidarnosc. Lech Walesa avait beau ?tre charismatique, nombreux contestaient ses mani?res autoritaires. Le rideau tombe en 1989 et Lech Walesa est ?lu Pr?sident de la R?publique en 1990 au cours des premi?res ?lections libres du pays. Le syndicat Solidarnosc irrigue la nouvelle classe politique. Une grande partie des cadres historiques du Syndicat Solidarnosc deviennent d?put?s ou ministres. Puis, le syndicat vire tr?s ? droite, h?ritier du catholicisme et anti-communiste. Plusieurs syndicats vont appara?tre en son sein mais se d?tournent compl?tement de la maison m?re, notamment? Solidarnosc 1981. Leur programme dit : ? Vous avez trahi les id?aux, vous avez n?goci? ? la table ronde en 1989 avec les communistes alors qu’il fallait les abattre. Nous sommes r?solument anti-communistes. ? A cette fameuse table ronde, il y avait le centre, repr?sent? par Mazowiecki, Geremek, Walesa et les autres, et il y avait les extr?mistes pour qui il n’?tait pas question de n?gocier. En face, le g?n?ral Wojciech Jaruzelski repr?sentait les mod?r?s, alors que les staliniens ne voulaient rien l?cher. C’?tait tr?s tendu. On ne voit pas les Russes dans le film, or ils ?taient pr?ts ? intervenir. Les communistes et Moscou faisaient ronfler les tanks en 1981. La p?riode ?tait tr?s confuse, tout le monde ou presque ?tait convaincu que ?a allait se terminer dans le sang. Evidemment quand Walesa parlait, tout le monde ?coutait, mais il y avait ?norm?ment de tensions dans le syndicat. Nombreux ?taient ceux qui voulaient tout arr?ter, notamment les intellectuels. Ils disaient : ? Arr?tez, les chars russes sont au bout de la rue ! ?.

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Propos recueillis par Magali Bourrel

L'Homme du peuple, un film de Andrzej Wajda, au cin?ma le 19 novembre

Posté dans Entretiens par Magali Bourrel le 13.11.14 à 16:25 - Réagir

Fury : à la guerre comme à la guerre

Monuments men

Fury ne plaira ni aux sp?cialistes de la Seconde Guerre mondiale, attentifs aux conditions de la chute du IIIe Reich, ni aux amateurs de la reconstitution historique, soucieux de suivre ? la trace la glorieuse geste des h?ros d’antan. ? rebours de son intention initiale de plonger le spectateur au cœur d’une Allemagne sacrifiant, en avril 1945, ses derni?res forces vives sur l’autel du fanatisme, Fury fait fl?che de tout bois pour malmener la grande comme la petite histoire. C?t? analyse militaire ou politique, les enseignants d’histoire resteront sur leur faim. Faut-il consid?rer, ? l’instar de Brad Pitt, que toutes les id?ologies sont pacifistes et que seule la guerre est violente ? Un simple rappel des ambitions expansionnistes nazies suffira ? lui donner tort. Faut-il accepter, avec David Ayer, les fragilit?s d’une arm?e am?ricaine prise, en terre allemande, au pi?ge d’une Wehrmacht revigor?e ? l’extr?me fin de la guerre ? Une relecture rapide de quelques manuels de coll?ge permettra de rem?morer ? qui le souhaite l’avanc?e fulgurante des Alli?s au printemps 1945. C?t? reconstitution historique, les puristes regretteront ? coup s?r le grain h?t?roclite des uniformes am?ricains, l’?clat surprenant des costumes SS tout comme les ?tonnants mouvements de troupes dop?es ? l’adr?naline des jeux vid?o. Depuis les derni?res grandes heures des batailles napol?oniennes, les fantassins ne chargent plus ainsi l’ennemi, en rangs serr?s, le buste expos? ? la mitraille. Au temps de la guerre industrielle, les chars n’ont jamais oubli? de d?border l’adversaire. Et depuis les sabres laser de Star Wars, les r?alisateurs ont cess? d’attribuer ? chaque bellig?rant des armes de couleurs pour mieux les diff?rencier… Des balles tra?antes vertes pour les Allemands, rouges pour les Am?ricains ?!

Mais David Ayer cherche sans doute moins ? plonger le spectateur dans la suffocante r?alit? du cockpit d’un char Sherman que de l’entra?ner jusqu’aux profondeurs de l’?tre humain. Pr?sent? comme le patchwork d’une foule d’anecdotes vraies, le long m?trage n’est ni un documentaire r?aliste ni une le?on d'histoire. Ce n’est pas le singulier de la Seconde Guerre mondiale que Fury cherche ? cerner, mais bien le g?n?ral de l’histoire. Il s'agit de?comprendre l’homme en guerre et non simplement la fin de la Seconde Guerre mondiale. Sortir l’histoire de ses gonds pour appr?hender son r?gime de v?rit? morale, valable d’une ?poque et d’un camp ? l’autre. Tels sont bien les mots d’ordre d’un long m?trage qui signifie uniquement sur le plan symbolique. Une seule journ?e, un seul ?quipage, une seule recrue ? initier aux le?ons de l’humanit? en guerre… dans une Allemagne aux d?cors abstraits et aux villages sans nom. Ni bien ni mal, juste des hommes ? ?prouver sur le grill de l'horreur. Malheur aux victimes d?sign?es par la grande loterie divine : ils auront ? dispara?tre dans un paysage anthracite, absorb?s par la boue ou ?vapor?s ? la flamme du phosphore. Quelle le?on faut-il tirer de sc?nes dantesques qui accrochent aux arbres les cadavres d’enfants sanctionn?s pour leur l?chet? et broient dans l’immondice les restes sanglants de guerriers malchanceux ? La r?ponse est ? trouver dans le parcours initiatique inflig? ? la jeune recrue Norman Ellison (Logan Lerman). S’il apprend que la guerre est laide et in?vitable, il comprend surtout que l’homme se r?alise dans une fraternit? guerri?re forg?e sur l’enclume d’une absurde violence. Initiation au meurtre, apprentissage ? la sexualit?, ?ducation ? la bagarre virile ou aux collations alcoolis?es… Le jeune dactylo form? pour taper soixante mots ? la minute est transform? pour flinguer soixante nazis ? la seconde, gr?ce ? l’aide bienveillante de son mentor (Brad Pitt) et au rugueux soutien de co?quipiers mi sauvages mi fervents.

Fury est bien, ? cet ?gard, le reflet d’une Am?rique qui souffre. Loin des ?pop?es hollywoodiennes des ann?es 1950, qui, fortes de leurs certitudes id?ologiques, aseptisaient la guerre, Fury prend le pas des longs m?trages du d?but du XXIe qui, inquiets, interrogent les fondements de l’h?ro?sme guerrier am?ricain. Dans la lign?e de M?moires de nos p?res, d’Inglorious Basterds tout comme de D?mineurs et m?me de Zero Dark Thirty, il faut ici encore lever le voile pour d?couvrir la part d’ombre de guerriers ?rig?s au rang de h?ros. Depuis les attentats du 11 septembre et la violente r?plique militaire qui a suivi pour traquer les djihadistes, Hollywood peine autant que l’intelligentsia am?ricaine ? d?limiter clairement les fronti?res du bien et du mal dans un monde devenu ind?chiffrable. Un guerrier peut-il recourir ? la violence sauvage pour servir la d?fense d’une d?mocratie ? Un h?ros porte-il forc?ment en lui les traumas sordides d’une humanit? bris?e par l’horreur militaire ? Le mal est-il le n?cessaire adjuvant du bien, au front comme dans les bureaux du Pentagone ? Utiliser, comme Quentin Tarantino, l’anachronisme moral pour comprendre l’histoire d’une nation ? la d?rive rel?ve, de la part de David Ayer, d’une faute bien pardonnable…

[Fury de David Ayer. 2014. Dur?e : 135min. Distribution : Sony Pictures. Sortie le 22 octobre 2014]

Posté dans Dans les salles par Francis Larran le 31.10.14 à 15:18 - Réagir

De l'autre côté du Mur : le site pédagogique

Le mois de novembre 2014 marquera le?25?me anniversaire de la chute du Mur de Berlin?(9 novembre 1989), ?v?nement majeur de la fin du XX?me si?cle puisqu’il annon?ait la fin de cinquante ans de "parenth?se" communiste. Pr?sent? dans les salles fran?aises ? l'occasion de cet anniversaire, De l'autre c?t? du mur de Christian Schwochow propose un regard neuf, ? la fois personnel et original, sur une p?riode d?sormais bien balis?e par le cin?ma (Goodbye Lenin, La Vie des autres, Barbara). Personnel, car si le film se pr?sente comme l’adaptation filmique d’un roman (Lagerfeuer de Julia Franck, ?dit? en France sous le titre Feu de camp), cette histoire a pour le r?alisateur Christian Schwochow, n? et ?lev? en RDA, de fortes r?sonnances intimes. Original, car le personnage principal, Nelly Senff (Jordis Treibel) ne quitte pas la r?publique d?mocratique pour fuir les pers?cutions politiques, comme le spectateur aurait pu s’y attendre, mais pour des raisons strictement personnelles, ce qu'elle va avoir bien du mal ? faire admettre aux autorit?s ouest-allemandes. Nelly est un peu l'anti Katrin Evenson (l'h?ro?ne de D'une vie ? l'autre), fausse r?fugi?e et vraie agent de la STASI. C'est ce t?lescopage original entre l'intime et la raison d'?tat, entre la petite histoire et la grande (le film reconstitue le camp d’accueil d’urgence de Marienfelde, qui fut un espace de transition et une porte vers la libert? pour les transfuges de l’Est, auxquels se posait le d?fi de l’int?gration dans “l’autre” Allemagne), qui fait tout le prix du film de Christian Schwochow.

De l'autre c?t? du mur est un film tr?s riche pour une utilisation en classe d’Allemand, notamment au cycle terminal pour illustrer les notions ? Lieux et formes de pouvoir ? et ? Espaces et ?changes ?. Z?rodeconduite a mis en ligne un dossier p?dagogique proposant au enseignants d'Allemand des activit?s pour travailler avec leurs classes, avant et apr?s la projection du film.

De l'autre c?t? du Mur, un film de Christian Schwochow, au cin?ma le 5 novembre

Le site p?dagogique du film :
www.zerodeconduite.net/delautrecotedumur

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par zama le 29.10.14 à 10:43 - Réagir

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