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Timbuktu : entretien avec le politologue Michel Galy

Michel Galy est politologue et sociologue. Chercheur au Centre d’Etudes sur les Conflits, libert? et s?curit? (CCLS), il est professeur de g?opolitique ? l'Ileri (Institut des relations internationales) de Paris et membre du comit? de r?daction de la revue " Cultures et Conflits ". Coordinateur de l'ouvrage La Guerre au Mali aux ?ditions La D?couverte en 2013, il a accept? de r?pondre aux questions de Z?rodeconduite.net, ? propos du film d’Abderrahmane Sissako, Timbuktu.

Dans une interview, Abderrahmane Sissako compare le djihad ? une auberge espagnole. Qui sont ces combattants ? D’o? viennent-ils et pourquoi ?

Comme le montre le film, c’est en effet une internationale de djihadistes combattants qui a occup? Tombouctou en 2012. Ils venaient aussi bien d’Alg?rie (les plus nombreux) que d’Afghanistan, du Pakistan ou du Nord du Nig?ria. Ce qui les f?d?re, c’est le d?sespoir. Tout comme ceux qui s'engagent pour le Hamas ? Gaza ou aupr?s des Fr?res musulmans en Egypte, ces hommes sont des d?sh?rit?s, des laiss?s pour compte. N’ayant plus espoir ni dans l’?tat ou un quelconque syst?me ?lectif, ni dans le d?veloppement ? l’occidentale, ils se tournent vers une sorte d’islam mythique et r?trograde, qui offre une compensation symbolique ? leur situation. Au passage, il est int?ressant de s’arr?ter sur le nom du mouvement religieux du Nig?ria Boko Haram (groupe sunnite pour la pr?dication et le djihad) : en arabe, le terme ? Boko ? signifie livre et ? haram ? signifie interdit. En somme, ? l’?ducation occidentale est mauvaise ?. C’est la raison pour laquelle ils interdisent l’instruction, la lecture, la musique...?

Il y a une probl?matique sp?cifique au Mali.

Les islamistes d’Al-Qa?da au Maghreb islamique (AQMI) qui ?taient ? Tombouctou, ceux du Mouvement pour l’Unicit? et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) ? Gao ou d’Ansar Dine, ont des positions tr?s diff?rentes par rapport ? l’?tat malien. Mais ils font leur lit de la faillite du d?veloppement et du syst?me occidantal qui l'a port?. A Tombouctou comme ? Gao, malgr? les milliards de francs CFA d?vers?s ces trente derni?res ann?es, depuis les "pseudo-ind?pendances" de 1960, il n’existe toujours pas d’?cole, de puits, ni m?me de syst?me de sant?. Les insurg?s sont dans une situation doublement p?riph?rique : p?riph?rie politique par rapport ? Bamako et p?riph?rie sociale puisque ce sont des nomades, souvent Touaregs, qui nourrissent une rancœur contre les n?gro-africains du sud dans le cas du Mali. Bien au-del? du Mali, dans toute cette zone saharo-sah?lienne, ces touaregs ont l’impression d’?tre les dupes des temps des ind?pendances. Celles-ci ont transform? les dominants d'hier en subalternes. Les ind?pendances les ont d?poss?d?s et plac?s en situation de subalterne par rapport ? l’?tat central. L’occupation de Tombouctou en 2012, et la tentative jusqu’en janvier 2013 de prendre le pouvoir dans la capitale malienne Bamako, constituent une forme de revanche. Leur tentative a ?chou? ? cause de l’op?ration Serval men?e par les militaires Fran?ais en janvier 2013.

Dans quelle situation se trouve le Mali aujourd’hui ?

Les mouvements ind?pendantistes proches du Mouvement National de Lib?ration de l’Azawad (MNLA) ne tiennent qu’une ville, Kidal, une petite cit?-?tat touareg o? ils sont dominants. Les Touaregs ne poss?dent que 10 ? 20% du Nord du territoire malien. L’avant-garde militante veut un ?tat, comme les kurdes au Proche-Orient. C’est un peuple sans ?tat. Leurs aspirations vont bien au-del? de Kidal et du Nord-Mali. Ce qu’ils appellent l’Azawad est un territoire presque enti?rement d?sertique situ? dans le Nord du Mali, recouvrant des zones saharienne et sah?lienne, dont des groupes s?paratistes Touaregs qui r?clament l'ind?pendance, qu'ils ont proclam?e en 2012, avant d'y renoncer le 14 f?vrier 2013. Aucun ?tat n'a reconnu cette revendication et le territoire est encore le plus souvent appel? ? Nord du Mali ?. Les Touaregs veulent un foyer national touareg dans cinq pays, dont la Mauritanie (o? le film a ?t? tourn?), le Nord du Niger, une partie de la Lybie. C’est leur projet national.

Comment distinguer les ind?pendantistes Touaregs des djihadistes tels que montr?s dans le film ?

Dans le cas de Tombouctou, les djihadistes sont plut?t d’origine ?trang?re mais dans d’autres zones comme celle de Gao, avec le Mujao et Ansar Dine, des villages entiers sont islamistes. Il ne faut pas voir les islamistes comme un groupe ext?rieur ? la soci?t?. ? Bamako, on estime qu'ils comptent entre 15 et 20% de sympathisants parmi la population. Ce n’est pas par la seule option militaire que le probl?me sera r?solu. Des r?formes en profondeur sont n?cessaires. Depuis six mois, des n?gociations se d?roulent d’ailleurs ? Alger entre le gouvernement central du pr?sident malien Ibrahim Boubacar Ke?ta et les repr?sentants des groupes touaregs, dont quelques-uns qui sont proches des djihadistes combattants.

Sur quoi portent ces n?gociations ?

Du c?t? ?tatique, il est question d’un d?sarmement en ?chang? d'une d?centralisation pouss?e. Les ind?pendantistes touaregs r?clament eux une large autonomie, puisque le mot ind?pendance est tabou pour l’?tat central, ainsi que pour une myriade d’organisations internationales qui soutiennent ces n?gociations. Les djihadistes ne se reconnaissent pas dans ces revendications, m?me si ? titre individuel, ils peuvent se retrouver dans certaines factions ind?pendantistes. Il n’existe pas de bons Touaregs d’un c?t? et de m?chants djihadistes de l’autre. Il y a une interp?n?tration entre les groupes, des passerelles notamment par les r?seaux familiaux.

Quelles sont les cons?quences de l’op?ration militaire fran?aise sur le terrain ?

On peut parler d'un demi-succ?s, ou d'un demi-?chec. Il y avait environ 3000 djihadistes combattants. Un tiers peut-?tre d’entre eux ont ?t? tu?s. Une autre partie a ?t? emprisonn?e. Ceux de la base, la pi?taille, ont ?t? rendus ? la vie civile, certains se sont peut-?tre inscrits au MNLA. Le reste des combattants, peut-?tre un millier, a reflu? vers les pays ext?rieurs. C’est pourquoi la France a ?t? forc?e de former une contre-gu?rilla, l’op?ration Barkhane, men?e au Sahel depuis le mois d’ao?t 2014. Elle s’?tend sur les cinq pays de la zone sah?lo-saharienne : Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad. Le plus grave dans ce processus est le fait que les accords de d?fense sign?s avec les pays de la zone permettent aux forces fran?aises de nomadiser, comme les islamistes ou les Touaregs, et donc de franchir les fronti?res sans en demander l’autorisation. La r?ponse est pertinente d'un point de vue militaire, mais les cons?quences politiques sont graves car ce faisant, on affaiblit les ?tats que l’on pr?tend d?fendre. Le probl?me n’est pas trait? en profondeur. Dans notre ouvrage La Guerre au Mali (La D?couverte, 2013), le politologue Bertrand Badie appelle ? un traitement social du djihadisme qui s’attaquerait ? ses causes.

Qu’en est-il de la population civile au Mali ?

Elle pense exactement l’inverse de ce qu’on pense ? Paris. Les Fran?ais sont contre les m?chants djihadistes que le cin?aste met en sc?ne de mani?re un peu manich?enne. En France, on soutient les Touaregs, ces hommes en bleu film?s de fa?on tr?s romantique par Abderrahmane Sissako, qui sont ?galement les alli?s habituels de l’arm?e fran?aise… Tandis qu’? Bamako, on diabolise les Touaregs : ce sont les anciens seigneurs, les ennemis traditionnels. Les revendications islamiques semblent certes un peu exag?r?es, mais cela ne les choque pas autant que nous. Ce contraste entre notre vision et celle de la population malienne se focalise sur la ville de Kidal, qui cristallise le nationalisme malien. ? Bamako, l'opinion estime qu'il est anormal que Kidal soit en dehors de la R?publique malienne et soup?onne les Fran?ais d'?tre du c?t? des Touaregs.

En plus des forces fran?aises, la Minusma (Mission multidimensionnelle int?gr?e des Nations Unies pour la stabilisation au Mali) est ?galement pr?sente au Mali.

L’Union europ?enne (qui agit un peu comme le cache-nez de la France) a d?vers? depuis un an un pactole de trois milliards d’euros, destin? ? relancer le d?veloppement du Mali : cet argent est sens? servir ? reconstruire les mausol?es d?truits de Tombouctou, ? faire sortir de terre des routes, des ?coles, des dispensaires. Le risque est que cet argent se perde une nouvelle fois dans les sables de la corruption. Le Nord pourrait devenir inaccessible ? cause des probl?mes de s?curit? et les routes, les dispensaires et les ?coles ne seront toujours pas construits.

Le conflit au Nord Mali a aussi entra?n? un exode massif de la population, des r?fugi?s qui se retrouvent aujourd’hui par milliers dans des camps, au sein des pays limitrophes.

Nombreux Maliens, au moment de la conqu?te touareg et ensuite djihadiste, ont ?t? oblig?s de quitter le pays et se r?fugier en Mauritanie. M?decins sans fronti?re a r?dig? un rapport terrible nomm? Perdus dans le d?sert ? propos de ces camps qui se trouvent au milieu de nulle part, dans une zone saharienne tr?s dure. Les r?fugi?s y survivent dans des conditions pr?caires. Pr?s de 80% de r?fugi?s sont des Touaregs. Les tenants d’un islam fondamentaliste qui essayaient au Mali, non sans r?sistance, d’emp?cher la danse, la musique, d’instaurer un couvre-feu et d’interdire les relations hors mariage, le font aujourd’hui dans les camps de r?fugi?s hors du Mali.

Pourquoi les djihadistes qui sont issus eux-m?mes de la mis?re font vivre la terreur ? des populations vivant dans le m?me d?nuement ?

Radio France Internationale a publi? sur son site un reportage int?ressant sur le sujet. Quand l’arm?e fran?aise, entre janvier et avril 2013, a poursuivi les djihadistes depuis Mopti, Gao, Tombouctou, des documents internes du mouvement islamiste ont ?t? retrouv?s. Un des leaders qui passait pour un des plus violents, Abou Za?d, y ?crivait qu'il fallait d'abord obtenir la sympathie de la population, conqu?rir "les cœurs et les esprits", comme le disaient les Am?ricains en Afghanistan, pour pouvoir ensuite imposer progressivement la charia. Pour obtenir la sympathie de la population, les djihadistes ont par exemple fait baisser le prix des aliments de base (tout simplement parce qu’il y avait plus de douane), ils ont salari? les jeunes au ch?mage… Mais d’autres leaders n’?taient pas d’accord, ils voulaient imposer une charia tr?s violente.

Les djihadistes cherchaient ? ?branler l’opinion internationale en d?truisant le patrimoine culturel de Tombouctou.

Les saints, les tombeaux, il y en a un peu partout, au Maroc, au S?n?gal, mais la ville de Tombouctou est un symbole : c’est une capitale culturelle, elle a constitu? pendant des si?cles un carrefour entre le Maghreb et l'Afrique noire. Dans le contexte culturel occidental la destruction des mausol?es et des manuscrits est un geste tr?s choquant, qui rappelle la destruction des Bouddhas de B?miy?n par les talibans afghans en mars 2001. Mais pour comprendre, il faut se resituer dans un contexte musulman, et faire un parall?le avec l'iconoclasme chr?tien, byzantin ou protestant. Les idoles ou les saints sont des faux symboles, il faut les d?truire pour revenir ? une relation directe entre Dieu et les fid?les. La destruction des mausol?es, est un peu comme, toute proportion gard?e, la lutte contre le paganisme en occident. Pour les islamistes, il s’agit de r?tablir un islam orthodoxe contre le culte des saints. Chacun sait qu’en Occident, l'?glise a lutt? contre le culte des saints, ressenti comme une r?surgence du paganisme gr?co-romain. Autant pour nous et pour un certain nombre de Maliens (attach?s ? leurs saints, qui servent d’interm?diaires entre Dieu et les hommes), c’est choquant, autant pour ceux qui ont une vision plus fondamentaliste de l’islam, c’est une d?marche qui est vue avec bienveillance. C'est tr?s diff?rent des lapidations, comme celle ? laquelle on assiste dans le film et le retour ? une charia sanglante.

La lapidation ? mort de ce couple ayant eu des enfants hors mariage ? Aguelhok en 2012 a ?t? le d?clencheur de l’?criture du film Timbuktu. Leurs bourreaux avaient film? la sc?ne et l’avait diffus? sur internet. La propagande et les mises en sc?ne des djihadistes sont stup?fiantes.

Elles sont moins accentu?es que pour l’?tat islamique DAESH en ce moment, qui en fait une utilisation sid?rante. Ils poss?dent m?me une unit? ax?e sur la propagande, sur les r?seaux sociaux o? ils montent des films ultra violents de d?capitations.

Propos recuillis par Magali Bourrel

Timbuktu de Abderrahmane Sissako, actuellement en salles

Posté dans Entretiens par Magali Bourrel le 10.12.14 à 10:39 - Réagir

Les Héritiers : à l'école des (bons) sentiments

Les H?ritiers

Les Héritiers fait office de miracle. Tout d’abord celui qui consiste à voir le scénario imaginé par Ahmed Dramé réalisé par Marie-Castille Mention-Schaar. On se dit en effet que la pratique du scénario en France n’est pour une fois pas l’apanage d’un club très fermé, dont les membres se retrouveraient de collaborations en collaborations. Ahmed Dramé, 21 ans, n’a pas le profil-type : il a remporté en 2007, avec sa classe de seconde du lycée Léon Blum de Créteil, le Concours national de la résistance et de la déportation, et c’est de cette expérience qu’il a tiré ce scénario, en hommage à sa professeure d’Histoire-Géographie d'alors (incarnée à l'écran par Ariane Ascaride). Mais il y a un autre miracle, et celui-là tient à la représentation d’une métamorphose, celle d’une classe de seconde intenable et vouée à l’échec en une équipe de rédaction autonome que ne désavoueraient pas les journalistes des grands hebdomadaires français.

Nous avouerons que ce deuxième miracle nous a moins séduit que le premier et que le titre, faisant référence au célèbre ouvrage de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, s’applique mieux à la trajectoire d’Ahmed Dramé qu’à celle de la classe. On perçoit bien combien dans le contexte actuel de diffusion de l’antisémitisme (soulignée par quelques faits divers sordides) ce film peut paraître salutaire, en donnant à voir des jeunes issus de banlieue, et donc de milieux a priori défavorisés, reprendre le flambeau du devoir de mémoire et se trouver en tant qu’élèves et qu’individus. Mais que de poncifs et d’invraisemblances pour faire jaillir une émotion bien mécanique ! Ainsi le personnage de Mélanie (interprétée par Noémie Merlant, un peu trop grande pour une élève de seconde), censé incarner la "rebelle" de la classe, est tellement caricatural dans la violence qu’il porte qu’on peine à adhérer à la métamorphose qui le transforme en petite sœur de Simone Veil ; ainsi Max, le rigolo du groupe (Stéphane Bak), qui claque une porte parce qu’il vient de découvrir le rôle de l’Etat français dans la déportation des enfants… Tous ces revirements sont excessivement soudains, comme si on était dans un conte pour enfants, ou plutôt un conte pour adultes qui auraient besoin de se rassurer au sujet d’une jeunesse qui leur fait de plus en plus peur.

Dans ce film, hommage est rendu à la professeure, soit, mais en quoi le voit-on agir en tant qu'enseignante ? Anne Guéguen est bienveillante, elle sait répondre aux élèves et distinguer un "génocide" d’un "massacre", mais jamais on ne nous explique par quelle magie pédagogique ces élèves qui n’ont jamais travaillé (tout court, et encore moins ensemble) vont se transformer en équipe d’investigation de choc. C’est par le recours constant à l’émotion que ces élèves de seconde vont prendre en charge leur devoir de mémoire. Que le témoignage du survivant de la déportation Léon Zyguel soit nécessaire, central et intense, cela va de soi, mais que l’une des raisons pour laquelle la réception de ce témoignage passe soit le recours à l’émotion même d’Anne Guéguen (qui déclare, avant la venue du témoin, qu’elle ne supporterait pas que cela se passe mal), démontre la fragilité de la cohésion… Ce qui cimente le groupe dans Les Héritiers c’est l’émotion, la même qui va fédérer le public dans la salle. Or, un travail pédagogique est justement celui qui doit mettre à distance l’émotion, ce que fait si bien l'enseignante quand elle décrypte une image chrétienne du Moyen-âge, et ce qui ne va pas sans heurts.

À quoi doit servir le devoir de mémoire ? À ce que "cela ne se reproduise plus", s’est-on entendu r"pondre pendant des générations. Pour autant, le fait de se rassurer avec des mots ou des concepts qui cloisonnent les événements historiques, tels que "génocide" et "massacre", apparaît aussi de plus en plus artificiel dans un monde où sont diffusées quasi quotidiennement les images de civils massacrés et d'enfants sacrifiés. N’oublions pas qu’aujourd’hui c’est la même émotion qui porte des apprentis djihadistes à s’enrôler et à commettre des actes innommables au nom d’une justice bafouée. Pour être plus convaincant le film n’aurait pas dû reculer devant ces difficultés : comment refuser l’ignoble et l’horreur aujourd’hui ? C’est l? aussi que le film ne cesse d’asséner ses clichés : l’élève fraichement converti qui fait la morale aux autres, la jeune fille libérée qui après s'être fait traiter de "pute" revient avec bandeau et jupe longue… Comme si l’intitulé du concours, "Les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi", ne pouvait que se heurter à une jeunesse majoritairement de confession musulmane.

À ce titre la scène la plus intéressante du film est son ouverture : une ancienne élève voilée vient réclamer son diplôme, qu'on lui refuse sous prétexte qu’elle ne veut pas ôter son voile. La caméra ne juge pas, elle prend ce risque, le spectateur ne sait pas de quel côté elle penche, tant les discours qui s’opposent semblent l’un et l’autre violents et obtus… L’école devrait être le lieu du dialogue, de l’apaisement, de l’effort offert à l’autre et non pas de l’affrontement vociférant et stérile : l’exemple de cette classe de seconde qui va se fédérer en est la preuve démonstrative, artificielle voire simpliste. Il est dommage d’avoir renoncé à montrer une école "sport de combat", façon Entre les murs, pour promouvoir ainsi une école des bons sentiments ?.

[Les Héritiers de Marie-Castille Mention-Schaar. 2014. Durée : 105 mn. Distribution : UGC. Sortie le 3 décembre 2014]

Pour aller plus loin

Le dossier pédagogique du film
Une analyse critique du Concours National de la Résistance et de la Déportation

Posté dans Dans les salles par comtessa le 08.12.14 à 16:39 - Réagir

Timbuktu : le site pédagogique

En juillet 2012, dans la petite ville d’Aguelhok au Mali, un couple d’une trentaine d’ann?es a ?t? lapid? en place publique sur d?cision du tribunal mis en place par les combattants islamistes qui tenaient la ville. Leur seul crime ?tait d'avoir eu des enfants hors mariage. Parvenue aux oreilles du r?alisateur mauritanien (n? au Mali) Abderrahmane Sissako, cette terrible histoire est devenue le point de d?part du film Timbuktu. Envisag? au d?part comme un documentaire sur l'occupation de la grande ville malienne par les djihadistes, de juin 2012 ? janvier 2013 (date de la lib?ration de la ville par l'arm?e fran?aise), le film est devenu une fable sur l'obscurantisme et la mani?re d'y r?sister. Autour de l'intrigue principale (qui met en sc?ne le touareg Kidane et sa famille), le film nous place au cœur des t?n?bres, dans une succession de scènes frappantes où se confrontent des djihadistes très humains, trop humains, et la population qui tente de résister à l’iniquité et à l’absurde. Tout le talent de l'auteur de Bamako est l?, dans sa capacit? ? parler du monde contemporain avec tr?s fortes images de cin?ma, de m?ler la fiction et le documentaire, le politique et le po?tique.

L’intér?t pédagogique principal de Timbuktu est, on s’en doute, de nous mettre en présence d’un phénomène contemporain de la géopolitique mondiale : le djihadisme international, et son idéologie, le salafisme ; à ce titre, il illustre avec justesse certains thèmes d’étude dans les programmes d’histoire de 3?me ou de Première ES et L. Deux ans après le tournage, le film trouve d’ailleurs un tragique écho dans l’actualité, cette fois à travers les exactions du groupe Daech en Syrie et en Irak. Mais, pour exploiter toute la richesse de ce film, on saura également y trouver, en décalant légèrement le regard, nombre d’indices qui permettront de sensibiliser les élèves aux thèmes de géographie de 4?me (sur la mondialisation ou les pays pauvres) et surtout de Terminale générale (sur la mondialisation ou le Sahara).

Z?rodeconduite propose un site p?dagogique pour aider ? ?tudier le film en classe : les enseignants y trouveront un dossier p?dagogique r?alis? par un enseignant d'Histoire-G?ographie, ainsi qu'une interview du politologue Michel Galy, sp?cialiste du Mali. Timbuktu fait ?galement partie de la liste des films s?lectionn?s pour le Prix Jean Renoir des Lyc?ens 2015, qui mettra prochainement en ligne une fiche p?dagogique ax?e sur les questions de cin?ma.

Timbuktu, un film d'Abderrahmane Sissako, au cin?ma le 10 d?cembre

> Le site pédagogique

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Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par Zéro de conduite le 02.12.14 à 11:21 - Réagir

Les Invisibles : chaque vie est un roman

Les Invisibles, un film de S?bastien Lifshitz

En cet automne 2012, il est évidemment difficile de ne pas lire le film de Sébastien Lifshitz au prisme, politique et militant, des récents débats sur le "mariage pour tous". Lors de sa première présentation au dernier Festival de Cannes en mai dernier, c’est pourtant plutôt l’émotion profonde dégagée par ce beau film d’amour ("Amour", voilà un titre que le documentaire n’aurait pas usurpé si le film de Michael Haneke ne l’avait préempté) qui nous avait frappé.

Les Invisibles ce sont Yann, Pierre, Bernard, Pierrot, Thérèse, Catherine, Elisabeth… qui racontent leur vie devant l’objectif de Sébastien Lifshitz : une petite dizaine d’hommes et de femmes issus de milieux très différents (du chevrier au grand bourgeois), mais réunis par une même expérience, avoir vécu leur homosexualité dans un temps où elle était considérée comme une maladie psychiatrique. En mettant sur le devant de la scène ces figures doublement invisibles (hier par leur sexualité, et d’aujourd’hui par leur âge), Sébastien Lifshitz accomplit une rupture : avec la représentation dominante du corps homosexuel (forcément jeune, beau, et turbulent) d’une part, avec un discours obligatoirement victimaire (homophobie, SIDA) de l’autre.

La grande beauté du film c’est d’abord le romanesque cette dizaine de trajectoires, l’épaisseur qu’il parvient à conférer à ses personnages. On emploie à dessein les mots de la fiction car c’est aussi de ce côté que lorgne Sébastien Lifshitz : l’inscription dans l’espace permise par le format large, la pictorialité des images, la musique, tout cela concourt à hisser ces vies modestes au rang de l’épopée… Mais le cinéma documentaire a un privilège que ne pourra jamais lui contester la fiction (qui s'échine à grimer ses acteurs pour les vieillir ou les rajeunir) : la possibilité de montrer le passage du temps, à travers la confrontation entre les images d’hier et celles d’aujourd’hui. Le projet du film est d’ailleurs né de là (comme l’explique ici le réalisateur), d’une collection de photos jaunies et de la volonté d’interroger ceux qui se mettaient ainsi en scène leur homosexualité de manière presque transparente, à une époque où la société ne le tolérait pas. Le montage est construit sur ces allers et retours entre les interviews et les archives (photos ou films super 8), entre les corps d’aujourd’hui (vieillis, fatigués mais apaisés), et ceux d’hier (jeunes et pleins de santé, mais accablés par le secret, la solitude, la honte), que relient le chœur entremêlé des témoignages composant un récit rétrospectif souvent bouleversant.

Les Invisibles est évidemment un beau document d’histoire sur l’évolution de la société française : comme le fait remarquer le réalisateur "les minorités sont des groupes extrêmement intéressants pour raconter les valeurs d’une époque." (extrait du dossier de presse). La deuxième partie du film, consacrée aux années militantes (60 et 70), montre comment la lutte des homosexuels croise d’autres mouvements de libération comme celui des femmes, les nourrit et s’en nourrit… Le personnage le plus intéressant est à cet égard celui de Thérèse, mariée et mère de famille, qui à travers le militantisme féministe, et la pratique des avortements clandestins, va découvrir son homosexualité. Malgré cette dimension informative, c'est quand même l'émotion qui domine, ainsi quand cette même Thérèse raconte ce jour où "le mouvement de main" d’une amie a bouleversé son existence.

[Les Invisibles de Sébastien Lifshitz. 2012. Durée : 115 mn. Distribution : Ad Vitam. Sortie le 28 novembre 2012]

Posté dans Dans les salles par Zéro de conduite le 30.11.14 à 14:59 - Réagir

L'Homme du peuple : entretien avec le sociologue François Bafoil

Sociologue, Fran?ois Bafoil est directeur de recherche au CNRS, (CERI-Sciences Po), et enseignant ? Sciences Po, sp?cialiste du communisme est-europ?en, et des formes de d?veloppement en Europe centrale et orientale post communiste. Parmi ses derniers travaux sur la Pologne : La Pologne (?ditions Fayard, 2007), ? Poland: a systemic transforming process from state-planned to liberal economy ?, in Government – Linked Companies and Sustanaible, Equitable Development, Edited by Terence Gomez, Fran?ois Bafoil, Kee-Cheok Cheong, Routledge (2014) et East European civil societies in the 90’s. A legacy of Solidarnosc or completely different historical paths ? Social Activism, Regime Collapse, and Building a new Society, (Andrzej Rychard, dir., 2014). Il a visionn? le film L’Homme du peuple et accept? de r?pondre aux questions de Zerodeconduite.net

Ayant v?cu en Pologne dans les ann?es 80 et connaissant bien le pays, que vous a inspir? le film d'Andrzej Wajda, L’Homme du peuple ?

Le film est d'autant plus int?ressant qu'on le replace dans le cadre de la trilogie qu'il forme avec L'Homme de marbre (1977) et L'Homme de fer (1981, Palme d'or). Il y a dans L'Homme du peuple de nombreuses r?f?rences ? ces deux pr?c?dents films : la sc?ne o? des hommes distribuent des tracts dans le train pour appeler la population ? se r?veiller est une citation directe de L'Homme de fer. Il y a ?galement un personnage de journaliste qui revient dans les trois films. Dans L’Homme de marbre, une jeune journaliste de t?l?vision (le film se d?roule dans les ann?es 70, avant la grande r?volution de 1980) enqu?te sur ce qui s’est pass? dans les ann?es 50, au moment de la construction de la Pologne. L'Homme de marbre c'est le stakhanoviste, l'ouvrier qui d?place les montagnes, mod?le import? de l'URSS des ann?es 30. La journaliste d?couvre qu’apr?s avoir ?t? encens? par le parti, cet ouvrier a ?t? trait? comme un tra?tre car il refusait de jouer le jeu. Entr? dans l'opposition, il meurt en 1970 sous les coups de la milice ? Szczecin, au bord de la mer Baltique. Le film constitue une critique du r?gime qui a trahi son pr?tendu h?ros, qui a manipul? les hommes et a fauss? l'histoire.

Le personnage de L’Homme de marbre meurt sur les barricades en laissant un fils derri?re lui. On retrouve ce fils dans le deuxi?me opus de la triologie, L’Homme de fer.

L'Homme de fer se d?roule dans la p?riode qui pr?c?de la soul?vement de 1980 et va s’achever avec le moment historique que repr?sentent les accords de Gdansk fin ao?t 1980 et la cr?ation du syndicat Solidarnosc. La journaliste arrive sur les chantiers navals de la ville de Gdańsk et cherche le fils de l'homme de marbre. Dans L'Homme du peuple, on voit ?galement la gr?ve aux chantiers navals, qui avait ?clat? suite au licenciement d’une ouvri?re, Anna Valentinowicz. Il y a donc continuit? entre les trois œuvres de Wajda. Lech Walesa avait lui aussi ?t? licenci? des chantiers navals avant de monter sur les grilles et entra?ner la r?volution mais il n’?tait pas seul. En 1976 d?j?, un groupe d’intellectuels avait cr?e un comit? de d?fense des ouvriers (en polonais "Komitet Obrony Robotnik?w", "KOR"). Une longue tradition d'opposition au parti communiste existait en Pologne. Le KOR r?unit les intellectuels et les ouvriers. Wajda tourne L'Homme de fer au moment m?me o? les choses se d?roulent. C'est extraordinaire d'un point de vue historique. L'art de Wajda est de m?ler des actualit?s de l'?poque avec son r?cit. La r?alit? illumine la fiction.

Pr?sident de la R?publique de 1990 ? 1995, comment Lech Walesa est-il per?u aujourd’hui en Pologne ?

Une s?quence du film L’Homme du peuple montre Lech Walesa dans les bureaux de la police secr?te apr?s une manifestation. On lui demande de signer un document ?tablissant qu'il travaille pour la police secr?te. Cette accusation le poursuivra durant toute sa carri?re politique. Dans le film, il explique ? la journaliste pourquoi il a sign? : son premier fils est en train de na?tre et il veut voir sa femme. Cette sc?ne r?v?le les mani?res ignobles qu'employait la police secr?te pour casser les gens, les forcer ? coop?rer, d?noncer leurs camarades. Le pire a ?t? fait en RDA ? l'?poque. Aujourd’hui, Lech Walesa est comme statufi?. Les Polonais lui ont donn? son cong?. Il a essay? de revenir ? plusieurs reprises dans le jeu politique mais ?a n’a pas march?. Il n’a pas ?t? un tr?s bon pr?sident, il ?tait tr?s conservateur sur tout ce qui concernait la sexualit?, les jeunes et les femmes. Walesa ?tait un fervent catholique.

Contrairement ? ses deux films pr?c?dents, Wajda aborde dans L’Homme du peuple, l’histoire de son pays par le biais d’un seul homme.

Lech Walesa est un g?ant mais l’histoire n’est pas le fait d’un seul homme. La f?d?ration de syndicats polonais Solidarnosc repr?sentait la masse des ouvriers polonais, pas seulement ceux des chantiers navals de la ville de Gdańsk. En 1945, il y avait d?j? eu des conseils ouvriers qui reprenaient l'esprit autogestionnaire h?rit? du XIX?me si?cle pendant lequel la Pologne, partag?e entre la Russie, la Prusse (puis l'Allemagne), et l'Autriche (puis l'Autriche-Hongrie) est marqu?e par une succession de r?voltes et d'insurrections nationales (1830,1848 et 1863). En octobre 1956, lors des grandes r?voltes ouvri?res, l’id?e de conseils ouvriers appara?t de nouveau. L’autogestion ouvri?re s’oppose au parti communiste et aux syndicats, qui ont tout fait pour la d?truire. ? cet ?gard, la Pologne a une histoire diff?rente de celle des autres r?gimes communistes. Il y a eu un refus ouvrier de la domination du parti communiste, s'appuyant sur le catholicisme (Jean Paul II a beaucoup soutenu Solidarnosc) et le nationalisme, qui s'est exprim? lors des soul?vements populaires de 1956, 1968, 1970 et 1981.

Pourriez-vous revenir sur cette ann?e 1981, apog?e de toute cette s?rie de mouvements contestataires polonais ?

Pendant cinquante ans les sovi?tiques ont pass? leur temps ? d?truire toutes les solidarit?s qui pouvaient na?tre (notamment entre classes) en URSS et dans les pays de l'Est. Il ne fallait surtout pas que les ouvriers s'associent aux paysans, ou aux intellectuels. Hors, le miracle de 1981 en Pologne, c'est justement la jonction des ouvriers, des paysans et des intellectuels comme Tadeusz Mazowiecki, qui deviendra premier ministre. Lui, comme Bronisław Geremek et beaucoup d’autres, sont venus de Varsovie pour se mettre au service du mouvement. Il r?gnait une ?mulation extraordinaire. Dans le film, Lech Walesa dit en parlant des intellectuels : ''Ce sont des experts, ils vont nous ?tre utiles''. Mais ils n'?taient pas seulement des gratte-papiers, ils avaient des relais ? l'Ouest. Il y avait une r?elle symbiose entre Mazowiecki, Geremek et les autres, et Lech Walesa. Le communisme ne meurt pas le 9 novembre 1989 ? Berlin mais ? Gdańsk, le 31 ao?t 1980, date ? laquelle le pouvoir communiste c?de et accepte les syndicats libres, la lib?ration des prisonniers, le droit de se r?unir et la libert? de parole. C'est pour cela que la lutte a dur? quinze mois. Le syndicat Solidarit? est l?galis? apr?s cet accord de Gdańsk. Ce n’est d’ailleurs plus un syndicat, c'est devenu la nation : il compte 10 millions d’adh?rents, soit un tiers de la population polonaise ! Le miracle de Solidarnosc n’a jamais ?t? r?p?t? ailleurs. L’apparition des intellectuels est importante car ils n’?taient absolument pas pro-capitalistes. ? cette ?poque, on ne pense pas ? la fin du communisme. Pour avoir v?cu en Pologne en 1984-85 et ensuite en RDA, afin d'y r?diger ma th?se d’habilitation, je peux t?moigner que personne, moi y compris, n'imaginait que le Mur pouvait tomber. Tout le monde ?tait sous l’emprise de ce syst?me qui dominait l'ensemble de la soci?t?. Mais les citoyens polonais voulaient d?fendre les ouvriers, les paysans, le catholicisme. ll n’a jamais ?t? question d’abattre le parti. Tout le monde savait bien qu'abattre le parti, c'?tait faire d?barquer les chars russes. Il r?gnait une peur terrible en 1981, m?me ? l’ouest. D’ao?t ? d?cembre 1981, la tension est ? son comble.

Quelle est la gen?se des mouvements de r?volte de 1981 ?

Tout est n? sur la mer Baltique, dans la ville portuaire de Gdańsk. Les chantiers navals repr?sentaient l’une des plus grandes r?ussites du pouvoir communiste install? depuis 1945. Il y avait eu d’autres concentrations ouvri?res dans d’autres villes portuaires, notamment Sopot et Szczecin. Lech Walesa en parle dans le film quand il ?voque le financement d’un monument ?rig? devant l’usine en m?moire des dizaines d’ouvriers tu?s lors de ces soul?vements. On peut voir la croix devant les chantiers navals. C’est Solidarnosc qui l’a financ?. En 1981, quand ils se r?voltent, ils veulent r?int?grer Anna Walentynowicz, mais ils veulent aussi et surtout des syndicats libres. La revendication de syndicats libres ?tait v?ritablement au cœur de nombreuses r?voltes en Europe centrale et m?me en URSS. Les ouvriers voulaient des syndicats pour d?fendre leurs int?r?ts. Dans le syst?me communiste, les syndicats ?taient aux ordres du parti. Ils avaient en charge la distribution de biens (comme les appartements ou les denr?es alimentaires) que vous ne trouviez pas sur le march? parce qu’il n’y avait pas de march?. La s?curit? sociale d?pendait d’eux donc vous ?tiez forc?s d’?tre membre. La premi?re revendication des ouvriers n’est donc pas la libert? politique, la d?mocratie ou l’Ouest mais la libert? syndicale.

Y a t-il eu des tensions au sein de Solidarnosc ?

Le personnage de Walesa dans le film pourrait laisser croire qu’il ?tait un bonhomme sympathique mais c’?tait un fin n?gociateur. Ce n’?tait pas du tout gagn? d’avance qu’il devienne leader de Solidarnosc. Lech Walesa avait beau ?tre charismatique, nombreux contestaient ses mani?res autoritaires. Le rideau tombe en 1989 et Lech Walesa est ?lu Pr?sident de la R?publique en 1990 au cours des premi?res ?lections libres du pays. Le syndicat Solidarnosc irrigue la nouvelle classe politique. Une grande partie des cadres historiques du Syndicat Solidarnosc deviennent d?put?s ou ministres. Puis, le syndicat vire tr?s ? droite, h?ritier du catholicisme et anti-communiste. Plusieurs syndicats vont appara?tre en son sein mais se d?tournent compl?tement de la maison m?re, notamment? Solidarnosc 1981. Leur programme dit : ? Vous avez trahi les id?aux, vous avez n?goci? ? la table ronde en 1989 avec les communistes alors qu’il fallait les abattre. Nous sommes r?solument anti-communistes. ? A cette fameuse table ronde, il y avait le centre, repr?sent? par Mazowiecki, Geremek, Walesa et les autres, et il y avait les extr?mistes pour qui il n’?tait pas question de n?gocier. En face, le g?n?ral Wojciech Jaruzelski repr?sentait les mod?r?s, alors que les staliniens ne voulaient rien l?cher. C’?tait tr?s tendu. On ne voit pas les Russes dans le film, or ils ?taient pr?ts ? intervenir. Les communistes et Moscou faisaient ronfler les tanks en 1981. La p?riode ?tait tr?s confuse, tout le monde ou presque ?tait convaincu que ?a allait se terminer dans le sang. Evidemment quand Walesa parlait, tout le monde ?coutait, mais il y avait ?norm?ment de tensions dans le syndicat. Nombreux ?taient ceux qui voulaient tout arr?ter, notamment les intellectuels. Ils disaient : ? Arr?tez, les chars russes sont au bout de la rue ! ?.

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Propos recueillis par Magali Bourrel

L'Homme du peuple, un film de Andrzej Wajda, au cin?ma le 19 novembre

Posté dans Entretiens par Magali Bourrel le 13.11.14 à 16:25 - Réagir

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