L'ami Yabon






lamiyabon.jpgUn contrepoint au pharaonique projet d’Indig?nes (voir notre article), le court-m?trage L’ami Yabon (t?l?chargeable ici) du r?alisateur Rachid Bouchareb, l’est ? plusieurs points de vue : par la dur?e ?videmment, le style (le r?alisme ?pique de la reconstitution d’?poque contre la stylisation —noir et blanc, muet— que permet l’animation), mais aussi la tonalit?.
Alors qu’Indig?nes s’attache ? glorifier de mani?re consensuelle l’h?ro?sme des tirailleurs africains, L’ami Yabon revient sur l’un des ?pisodes les plus honteux de l’histoire de l’arm?e fran?aise : la r?pression sanglante, le 1er d?cembre 1944, d’une mutinerie de tirailleurs s?n?galais r?clamant le paiement de leurs arri?r?s de soldes ; un ?pisode d?j? port? ? l’?cran par le r?alisateur —et lui-m?me ex-tirailleur— Semb?ne Ousmane (voir cette interview ? l’occasion d’une r?trospective), avec Camp de Thiaroye (1987).
Mais l’ambition historique et p?dagogique, elle, est commune aux deux projets. Elle se manifeste ici, en l’occurrence, par un site tr?s bien fait, qui outre le t?l?chargement du court-m?trage dans son int?gralit?, propose quelques ?claircissements historiques et le storyboard du film. Occasion d’amorcer, apr?s avoir resitu? l’?pisode dans son contexte et ?voqu? l’histoire des troupes coloniales, un travail sur la repr?sentation du tirailleur s?n?galais, par exemple en ECJS.
On attirera notamment l’attention des ?l?ves sur le choix esth?tique du noir et blanc, qui s’oppose ? l’image tr?s color?e (voir illustrations) du "tirailleur Banania", marque dont le slogan a donn? son titre au film. Et on pourra ?tudier avec eux l’histoire de ce st?r?otype raciste qui rendait furieux L?opold S?dar Senghor (criant sa rage de ne pouvoir "d?chirer les rires Banania sur tous les murs de France") : sur le site tr?s (trop) neutre du mus?e de la publicit?, et sur le site associatif grioo.com, qui milite contre la r?cente r?introduction du personnage (abandonn? dans les ann?es 80) dans les publicit?s Banania.
De 1915 ? nos jours l’analyse est implacable : le choix du personnage du tirailleur (avec son exotisme bon enfant et ses connotations racistes : le noir un grand enfant na?f mais plein d’?nergie), sa stylisation dans les repr?sentations successives (code couleur, traits du visage), etc.
Pour ?tayer l'analyse, ce passionnant Travail interdisciplinaire autour de l’esclavage mis en ligne par le Quai des Images, propose autour de th?mes comme "La place du Noir dans l'imaginaire occidental" et "La chanson coloniale : un concentr? de st?r?otypes" de tr?s nombreuses illustrations, textuelles, visuelles et sonores.
Quant ? la p?tition en ligne ("Non au retour de Banania"), on verra dans les commentaires laiss?s sur ce blog qu'elle ne fait pas l'unanimit?. Nombreux sont ceux qui contestant l'accusation de racisme soulignent au contraire la dimension positive du personnage du tirailleur Banania, et regrettent l'aseptisation progressive des repr?sentations. Un d?bat ? rapprocher de celui sur la censure par Warner des repr?sentations racistes dans la r??dition des courts-m?trages de Tex Avery, ?voqu? ici et d?velopp? sur le site Cinehig.

[Illustrations : rough pr?paratoire de Franck Lecavorsin pour L'ami Yabon / Publicit? Banania 1936, d'apr?s Georges Elisabeth]


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