Image du film La Désintégration

Désintégration. Dés-intégration. Le beau titre du dernier film de Philippe Faucon (La Trahison, Dans la vie) joue sur la polysémie : à la fois synonyme de destruction matérielle (le mot vient des sciences physiques), et antonyme forgé sur le mot intégration (tel qu’on l’entend dans le champ social). Il est en cela fidèle à un film en deux parties qui peinent à s’accorder tout à fait : la première partie raconte la dérive identitaire de jeunes français musulmans (dont un néo-converti) victimes du racisme de la société française, et leur récupération par la mouvance intégriste ; la seconde l’organisation et la conclusion d’un attentat-suicide contre une base de l’OTAN à Bruxelles (ladite mouvance se révélant un bras armé du terrorisme islamiste).

La Désintégration aurait pu être une chronique sensible et juste de la « désaffiliation » (concept mis au point par le sociologue Robert Castel pour décrire les phénomènes d’exclusion) des jeunes français musulmans. On retrouve d’ailleurs dans la première partie du film les qualités du cinéma de Philippe Faucon : justesse de l’interprétation, complexité des personnages (toujours présentés sous deux facettes : la famille / l’école, le travail / la famille, les copains / la famille, etc), richesse et subtilité du tableau sociologique…
Mais le film a une autre ambition : celle d’explorer et de comprendre des processus plus exceptionnels de radicalisation, tels ceux qui menèrent Khaled Khelkal et Zacarias Moussaoui à passer à l'acte. Or la concision et l’économie propres au cinéma de Philippe Faucon s’accordent mal à des trajectoires aussi complexes et tragiques. Comment, en 1 h 18, ne pas tomber dans le raccourci ou le schématisme ? Le basculement d’Ali est tellement rapide (le garçon aimant se détachant totalement de sa famille) qu’il en apparaît cousu de fil blanc. Le manque de contextualisation et de détails concrets (d’où proviennent les fonds nécessaires à cette organisation ? Qui est ce mentor caricaturalement séduisant ?) nous permettant d’accepter la vraisemblance de cette histoire se font cruellement sentir. Le dernier quart d’heure du film orchestre une tension impeccablement maîtrisée, mais au générique c’est la gêne qui domine : de la description d’une société minée par le racisme ne semble plus rester plus qu’une équation caricaturale (jeune musulman discriminé = terroriste en puissance).

Vital Philippot

La Désintégration

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