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De mémoires d'ouvriers : de la petite à la grande histoire sociale

Critique

De mémoires d'ouvriers

Alors qu’en cette période pré-électorale les candidats en campagne courent les usines, attirant les feux de l’actualité sur une catégorie socio-professionnelle (les ouvriers) habituellement délaissée, nul doute que le nouveau film de Gilles Perret tombe à point nommé, et permettra d’enrichir le débat présidentiel. Cela ne fait pas pourtant de De mémoires d’ouvriers un film de circonstance, tant il s’inscrit avec cohérence dans l’œuvre du cinéaste savoyard, dont il constitue peut-être l’œuvre la plus réussie à ce jour.

De mémoires d’ouvriers reprend le principe qui a fait la marque de fabrique de Gilles Perret  : Ma Mondialisation, Walter, retour en résistance : s’enraciner dans un territoire (la Haute-Savoie) et une histoire délimitées pour mieux élargir le champ de la réflexion. En associant témoignages et images d’archive (le film est coproduit par la Cinémathèque des Pays de Savoie et de l'Ain), le documentaire revient sur un siècle d’histoire sociale et économique. De manière très pédagogique, il nous raconte l’industrialisation de la vallée, à la fin du XIXème siècle, avec la naissance de l’électrométallurgie, puis les chantiers des grands barrages après-guerre, dans un contexte de reconstruction et de grands travaux, et enfin, à la suite du « plan neige » de 1965, l’explosion de l’industrie touristique.
Mais le film a également le mérite de nous faire entendre la voix des ouvriers, acteurs et sujets de ces transformations : d’abord ouvriers-paysans des montagnes savoyardes puis immigrés d’Europe et du Maghreb, aujourd’hui jeunes gens de plus en plus rares, ces travailleurs racontent la naissance d’une conscience de classe (avec la solidarité issue de la difficulté du labeur mais aussi de la communauté de condition, de logement, d’instruction, de loisir), puis la désagrégation progressive d’une conscience collective due à l’émiettement des postes et des rémunérations, au déclin des exigences et des compétences, à la disparition d’un mode de vie commun – en lien avec l’évolution du patronat. Le paternalisme originel a en effet laissé la place à des injonctions à la performance, à la compétitivité à outrance, dans un contexte de mondialisation croissante (avec de sidérants extraits de films d’entreprise sur la « guerre économique » diffusés dans les années 1980), même au détriment de la qualité du travail et de l’emploi. 
Ainsi, à travers la focalisation sur quelques vallées alpines, le film offre ainsi une vision synthétique et percutante de l’évolution du travail en usine en France – et, plus largement, de l’évolution économique et sociale de la France, au cœur du chapitre d’Histoire de Première sur la croissance économique, mais aussi au cœur des réflexions actuelles sur l’avenir industriel de notre pays

Marion Roche

Professeure de lettres modernes dans un lycée de Seine-Saint-Denis (93). J’ai enseigné pendant plusieurs années en option cinéma-audiovisuel. Mon premier grand souvenir de cinéma remonte à mes 7 ans : une projection en plein air de Jour de fête de Tati. Je me souviens du rire inextinguible de mon petit frère, et de celui partagé avec tous les spectateurs présents ce soir-là. Tati reste l’un de mes réalisateurs préférés, pour ce souvenir mais aussi pour la drôlerie, la poésie et la douceur de son cinéma. Parmi les films montrés - avec succès - à mes élèves : La Nuit du chasseur, Paris, Texas, Chantons sous la pluie (plusieurs sont sortis en faisant des claquettes !).

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