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Des hommes sans loi : Il était une fois en Amérique

Critique

Des hommes sans loi

Qui a dit que les Australiens n’étaient pas Américains ? Lawless (Des hommes sans loi), le nouveau long-métrage du réalisateur australien John Hillcoat, plonge au cœur du mythe américain, à cheval entre western et film de gangsters, entre la ville et la campagne. En adaptant la geste des trois frères Bondurant rapportée par leur descendant, John Hillcoat et son scénariste Nick Cave décident de confronter, au temps de la prohibition, deux mondes qui se répondent en miroir. D’un côté, le vieux monde rural de Virginie où l’on s’entretue façon western pour défendre son honneur ou assurer la production illégale d’eau de vie. De l’autre, le monde urbain moderne où l’on s’étripe à la mode Al Capone pour se construire sa gloire sur une montagne de dollars et un monceau de cadavres.
Chaque monde a sa légende. Dans les rudes campagnes de Virginie brillent les frères Bondurant dont la renommée d’immortalité (l’un a survécu à la Grande Guerre, l’autre à la grippe espagnole) est entretenue à coup de confrontations viriles et d’intimidations taiseuses. On pense d’abord que les Bondurant sont les « lawless » du film, mais on s’aperçoit rapidement qu’il s’agit d’une métonymie : c’est l’ensemble du comté qui vit dans l’illégalité en distillant de l’alcool, alors que les Etats-Unis sont sous le joug du 18ème amendement de la Constitution (entré en vigueur en 1920).  C’est l’appareil de l’État lui-même qui est totalement corrompu, le special deputy venu exprès de la ville afin d'organiser personnellement le racket des producteurs pour le compte du procureur du comté. Les ennuis commencent pour la famille Bondurant quand Jack le cadet et éternel raté de la famille décide de faire passer la petite distillerie familiale au rang de fabrique à whisky, afin de gagner le respect de ses grands frères et le cœur de la fille du pasteur. Un violent bras de fer s’engage entre les Bondurant et l’horrible (et caricatural) Rakes.

Fidèle aux codes d’un genre qui a fait les beaux jours d’Hollywood, Lawless ne fait pas l’économie d’une violence crue : comme s’il s’agissait de dire que celle-ci était viscéralement ancrée dans le corps sauvage de l’Amérique, mais également, paradoxalement, qu’elle était la condition pour fonder la paix et la civilisation. Comme s’il fallait se salir les mains pour se purifier, comme si Jack, incapable d’abattre le cochon au début, parvenait enfin, en tirant sur Rakes, à la fois à se rattacher à sa famille et à l’extirper de sa gangue sauvage qui l’isolait (l’ivrogne se métamorphose en père de famille, l’aîné parvient à aligner deux phrases). Spectacle plaisant sachant associer l'épique à une dose d'ironie, Lawless ne se hisse toutefois pas à la hauteur de ses illustres devanciers, le film pâtissant notamment de l'outrance un peu clichéesque du personnage du méchant.

Florence Salé

Professeure de Lettres modernes au lycée Eugène Delacroix de Drancy, en Seine-Saint-Denis. J’ai découvert le cinéma à la télévision, par le biais d’émissions cultes comme La Dernière Séance et Le Cinéma de Minuit. Aujourd’hui mes goûts sont éclectiques : j’aime Lynch, Kurosawa, Hitchcock, Demy. Ce qui me plaît le plus, c'est la narration et ses heurts, ainsi que la mise en images des traits profonds de l'humanité, saisis sur le fil de leur ambiguïté.

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