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Vous n'avez encore rien vu : que le spectacle recommence

Critique

Vous n'avez encore rien vu

Si Les Herbes folles, le long-métrage précédent d’Alain Resnais (présenté en Compétition officielle à Cannes il y a deux ans), était hanté par la mort, son nouveau « dernier film », Vous n’avez encore rien vu, l’est tout autant, mais de manière plus explicite. Un célèbre metteur en scène récemment décédé convoque chez lui, par testament interposé, ses anciens acteurs, et notamment ceux qui ont interprété sa pièce Eurydice (en fait l’Eurydice de Jean Anouilh, créée en 1942). S‘ensuit un prestigieux défilé qui fait se succéder, dans leurs propres rôles, Sabine Azéma et Anne Consigny (Eurydice), Pierre Arditi et Lambert Wilson (Orphée), Michel Piccoli (le père d’Orphée), Annie Duperey (la mère d’Eurydice), Mathieu Amalric, Michel Vuillermoz, Michel Robin, etc… Ils doivent assister à la reprise de la pièce par une jeune troupe,  et donner leur avis sur cette nouvelle version.  Aussitôt la projection lancée, les anciens se sentent à nouveau habités par leurs personnages et commencent à déclamer les répliques, démultipliant les jeux de miroir. L’espace intérieur des comédiens prend alors le pas sur celui du décor et investit la maison, dans une mise en abîme pirandellienne qui célèbre dans le même geste le cinéma et le théâtre.

Vous n’avez encore rien vu nous dit que les œuvres ne meurent jamais : elles s’incarnent dans des voix et des corps différents, qui ne sont jamais ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait des autres. Le jeu s’appuie d’abord sur la répétition, le temps de percevoir les nuances entre les différentes interprétations, avant que le film ne se lance et que les couples ne se succèdent les uns aux autres. Ce chassé-croisé entre les différentes interprétations mais aussi entre le théâtre et le cinéma, entre construction cérébrale et interprétation à fleur de peau, font revivre le texte d’Anouilh et impriment son rythme au film, tout en préservant le secret des nœuds mystérieux qui lie acteurs et personnages. La fièvre d’Azéma, la colère d’Arditi, l’ingénuité de Wilson, on ne peut imaginer meilleure mise en pratique sur le travail des comédiens, notamment pour les élèves de Première qui doivent étudier pour le baccalauréat l’objet d’étude « le théâtre : texte et représentation ».

 

Francis Larran

Professeur d’histoire-géographie au lycée de Bussy-Saint-Georges, en Seine-et-Marne. J’aurais voulu épouser Kathryn Bigelow ! Comme tous les réalisateurs et réalisatrices que j’aime, elle réussit le tour de force d’exprimer des messages profonds dans des films grand public.

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