Image du film Enfance clandestine

Enfance clandestine : grandir au temps des généraux

Critique

Enfance clandestine

L’histoire récente de son pays, l’argentin Benjamin Avila l’a vécue au plus profond de sa chair : à peine entré dans l’adolescence il perdrait sa mère, militante clandestine d’un parti révolutionnaire, tuée par les nervis de la junte militaire… Le voir pleurer à chaudes larmes devant l’ovation reçue par son film lors de sa présentation officielle de la Quinzaine des Réalisateurs était sans doute l’un des moments les plus émouvants de ce Festival.
Après un documentaire intitulé Nietos, sur les enfants des « disparus » dont les identités ont été rétablies par les grands-mères de la Plaza de Mayo, Avila livre avec Enfance clandestine son premier film de fiction. Produit par Luis Puenzo (l’auteur du culte L’Histoire officielle, film-référence sur la période), le film noue un joli récit d’apprentissage autour de ce passé traumatique. Enfance clandestine raconte l’éducation sentimentale du petit Juan alias Ernesto, scolarisé à Buenos Aires sous la fausse identité qui sert de couverture à sa famille, rentrée clandestinement au pays après un exil brésilien pour relancer la résistance intérieure.
Comment vivre une enfance ordinaire dans des circonstances extraordinaires ? Comment comprendre des choix et des problèmes d’adultes quand on a suffisamment à faire avec les questionnements de son âge ? La mise en scène de Benjamin Avila privilégie les plans serrés qui à la fois retranscrivent le sentiment de claustration de cette famille réduite à la clandestinité, la vision parcellaire que l’enfant peut avoir de la réalité, et la sensualité de son éveil au sentiment amoureux. Par l’âge de son héros, par son approche pudique et délicate (aussi bien des premiers émois amoureux que des traumatismes biographiques de l’auteur —les scènes les plus dures étant évoqués par des séquences animées—), Enfance clandestine est un film à conseiller vivement aux classes d’Espagnol, à l’instar de Mon ami Machuka et Kamtchatka.

 

Vital Philippot

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