Image du film Cogan : Killing Then Softly

 

La phrase, choc,  qui claque à la toute fin de Cogan : la mort en douce dans la bouche de Brad Pitt, en contrepoint à un discours de Barack Obama sur la grandeur de l'Amérique, donne son twist cynique a ce polar léché mettant également en scène James Gandolfini, la star de la série The Sopranos. Alternant d’une manière volontairement relâchée les conversations entre gangsters (brillamment dialoguées et interprétées, à la mode tarantinienne) et les accès de violence sèche, le film déroule l’histoire d’une arnaque dérisoire et de ses sanglantes suites.
Tourné dans les paysages désolés de la Nouvelle-Orléans post-Katrina, le film se cantonne aux espaces déshérités de l’Amérique, d’une désespérante horizontalité (par opposition à l’imaginaire vertical et urbain des films de gangsters classiques). En arrière-plan (visuel ou sonore), les postes de radio ou de télévision donnent de lancinantes nouvelles de la crise financière (qui situent le film à l’été 2008). Après son magnifique western L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (2007) qui interrogeait le mythe du grand bandit américain, Andrew Dominik signe une fable sur l’Amérique en temps de crise.
« À l’origine, explique le réalisateur dans le dossier de presse, j’avais envisagé ce film comme un drame, mais plus je m’y plongeais, plus il m’apparaissait comme l’histoire d’une crise économique, une crise au sein d’une économie criminelle reposant sur le jeu, et résultant d’un échec dans la régulation de cette économie. En d’autres termes, on avait affaire à un microcosme de ce qui se passait exactement au même moment à une plus grande échelle en Amérique. (…) J’ai toujours eu le sentiment que les drames policiers parlaient essentiellement du capitalisme, parce qu’ils montraient l’idée du capitalisme fonctionnant sous sa forme la plus basique. C’est aussi le seul genre où l’on accepte complètement que les personnages soient uniquement motivés par l’argent. (…) J’ai vu un film peuplé de personnages qui courent après un dollar, qui n’ont absolument aucune idée de leur propre malheur, qui se barbent dans leur boulot, 4 sont victimes de patrons incompétents et incapables de prendre une décision, et qui s’anesthésient à coups de drogue, de sexe et d’alcool et ne veulent jamais regarder leurs victimes dans les yeux, et j’ai pensé : il faut que ce soit une comédie. »

Si le film décape en apparence le glamour du film de gangster classique (les parties de poker se déroulent dans des espèces d’Algeco, les petits voyoux trafiquent des animaux de compagnie), c’est pour se complaire dans une suresthétisation un peu absurde de la violence (la scène où Brad Pitt exécute un malfrat au ralenti) et dans la fétichisation de ses stars.

 

Cogan : Killing Then Softly

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