Image du film Camille Redouble

Coup de cœur de la Quinzaine des Réalisateurs du dernier Festival de Cannes, Camille redouble de Noémie Lvovsky réussit un bel alliage entre grotesque et émotion, qui fait passer outre ses invraisemblances. Pour peu que l'on accepte de sauter le pas avec l'héroïne, alcoolique, en instance de séparation, sans avenir professionnel (elle est actrice !) et de la retrouver propulsée, telle quelle (l'accoutrement excepté) trente ans plus tôt, au son de 99 Luftballoons (les quinquas et quadras apprécieront), le plaisir est au rendez-vous. La filiation avec Coppola et son Peggie Sue s'est mariée s'impose évidemment, mais plus près de nous on pense également à Cédric Klapisch : Camille redouble lorgne à la fois sur Le Péril jeune (1994) et sur Peut-être (1999), autre histoire de saut dans le temps.
La vie au lycée dans les années 80 offre au film un comique savoureux : les cigarettes après le cours de gymnastique, le professeur de lettres libidineux, les auditions de théâtre...  Néanmoins les retrouvailles de Camille avec son "temps perdu" ne jouent pas que sur le grotesque et certaines séquences relèvent de l'émotion pure, surgissant de la maladresse de ce personnage-bulldozer : ainsi les relations entre le personnage, sensible et exalté, et des parents qui n'ont d'autre défaut que d'être à leur "Place" (comme dans le livre d'Annie Ernaux, 1983), ainsi la drague du professeur de sciences physiques… Noémie Lvovsky réussit le tour de force de nous faire regretter les sons vieillots de la radio et du walkman et la déco ringarde, mais surtout de nous faire respecter la rustre pudeur parentale, que l'on prenait pour de l'incompréhension. Pour assurer au film sa dimension transgressive on pourra le conseiller aux élèves, eux qui pour la plupart rêveraient de voir comment vivaient leurs parents à leur âge et fantasment sur la scène originelle (car le retour dans le passé de Camille a une raison d'être : il lui faut tomber enceinte de sa fille).
On pourra aussi leur expliquer la dialectique stendhalienne de l'amour qui agita bon nombre d'adolescentes amoureuses de Julien Sorel ("Plutôt Mme de Rênal ou Mathilde de la Môle ?"), grâce aux interventions, désopilantes mais pédagogiques, de Vincent Lacoste, un des Beaux Gosses de Riad Sattouf.

 

Florence Salé

Professeure de Lettres modernes au lycée Eugène Delacroix de Drancy, en Seine-Saint-Denis. J’ai découvert le cinéma à la télévision, par le biais d’émissions cultes comme La Dernière Séance et Le Cinéma de Minuit. Aujourd’hui mes goûts sont éclectiques : j’aime Lynch, Kurosawa, Hitchcock, Demy. Ce qui me plaît le plus, c'est la narration et ses heurts, ainsi que la mise en images des traits profonds de l'humanité, saisis sur le fil de leur ambiguïté.

Camille Redouble

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