Image du film Dans la maison

Le dernier film de François Ozon, met en scène la confrontation entre un professeur de français (Germain) et son élève (Claude), particulièrement doué pour l'écriture. A l'occasion d'un devoir de français, Claude raconte comment il s'est invité dans la maison d'un de ses camarades, pour lequel il ne cache pas son mépris, et comment il compte s'y installer : il suscite ainsi non seulement la curiosité de son professeur mais surtout son voyeurisme, que ce dernier déguise mal derrière des corrections/conseils d'écriture s'appuyant sur des arguments d'autorité (Tolstoï et Flaubert).
Derrière ce duo, on comprend vite que ce n'est pas tant le "maître" et "l'apprenant" qui intéressent le cinéaste, mais bien plutôt tout ce que la dialectique autorise pour faire jouer ensemble "le vieux" et "le jeune", le "passif" et "l'actif", "le voyeur" et "l'exhibitionniste", "le critique" et "le créateur", une forme de taedium vitae face à une libido tous azimuts. Comme dans Théorème de Pasolini (que le film d'Ozon duplique à la façon d'un plaisant pastiche), le jeune Claude bouleverse ainsi tout ce qu'il voit (et raconte dans ses devoirs), comme s'il "touchait" juste.
N'est-il qu'un révélateur des désirs cachés d'autrui ? A-t-il au contraire conscience de sa perversité ? N'écrit-il que pour satisfaire son profond désir de reconnaissance ? Ozon ne répond pas et ne ferme aucune de ces voies d'interprétation. Car "cette maison", c'est sa tête, comme les deux génériques de début et de fin nous invitent à le comprendre, sa tête créatrice, sa boîte à fantasmes : qu'y-a-t-il derrière une façade ? Derrière une vie en apparence banale ? Forcément du docere (on apprend sur soi à travers les autres), du movere (on s'émeut des autres) et du placere (on s'amuse des autres). Bref, s'il y a bien un sujet dans le film, c'est celui de l'Art ; et de l'artiste, tel que le voit le réalisateur, nécessairement vampire : on pourra d'ailleurs s'amuser à retrouver telle ou telle autocitation dans ce film, comme si Ozon avait voulu faire là son grand oeuvre.
Malgré quelques longueurs et un dispositif narratif lourd (la voix-off de Claude) qui n'adapte qu'à de trop rares occasions le récit des devoirs de français, un malaise s'installe qui pourrait presque aller jusqu'au thriller. On aura surtout plaisir à retrouver Fabrice Luchini, le "meilleur d'entre nous" (nous,  les enseignants), qui peut cabotiner tant qu'il veut puisqu'il excelle dans le genre : Let's Luchinize !

[Dans la maison de François Ozon. 2012. Durée : 1 h 45. Distribution : Studio Canal. Sortie : 10 octobre 2012]

Florence Salé

Professeure de Lettres modernes au lycée Eugène Delacroix de Drancy, en Seine-Saint-Denis. J’ai découvert le cinéma à la télévision, par le biais d’émissions cultes comme La Dernière Séance et Le Cinéma de Minuit. Aujourd’hui mes goûts sont éclectiques : j’aime Lynch, Kurosawa, Hitchcock, Demy. Ce qui me plaît le plus, c'est la narration et ses heurts, ainsi que la mise en images des traits profonds de l'humanité, saisis sur le fil de leur ambiguïté.

Dans la maison

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