Image du film Nul homme n'est une île
Mieux produire, mieux respecter nos territoires, mieux vivre… alors que la France s’interroge sur la possibilité de faire rentrer la lutte contre le réchauffement climatique dans sa Constitution, la question est plus que jamais d’actualité. Elle est au centre de Nul homme n’est une île, un documentaire qui propose quelques pistes pour construire un futur plus respectueux des hommes et de leur environnement.
Un titre énigmatique

« Nul homme n’est une île / Chaque homme est un morceau du continent ». Le titre du nouveau documentaire de Dominique Marchais (Le Temps des grâces, La Ligne de partage des eaux), tiré d’un poème anglais de John Donne paraîtra bien énigmatique au profane. Il résume pourtant, à sa manière métaphorique, le projet du réalisateur : parcourir un continent (l’Europe) pour montrer comment chaque initiative locale participe d’un projet global. Nul homme n’est une île est donc construit comme un voyage à travers l’Europe, découpé en trois chapitres situés chacun dans un pays différent : l’Italie (Sicile), l’Autriche (région du Vorarlberg) et la Suisse (canton des Grisons).

En Sicile, des agriculteur·rice·s qui veulent mieux nourrir les hommes

La partie la plus dense et la plus intéressante du film est assurément la première. On y rencontre les membres des « Poules heureuses » (« Galline Felici » en italien), une coopérative agricole sicilienne attachée aux valeurs de l’écologie et de l’économie solidaire.Passionnant, ce premier chapitre l’est d’abord par sa réflexion sur la forme coopérative, conçue comme un modèle de démocratie en miniature. Les membres des « Galline Felici » se réunissent pour débattre, faire part de leurs problèmes respectifs, proposer des modèles de développement, et finalement décider ensemble de la direction à donner à leur projet. Une belle façon de montrer que la construction d’un futur responsable ne se fera pas sans débats, contradictions, frottements.
Mais ce qui marque encore plus dans ce premier chapitre, c’est la mise en images de la compétition territoriale entre ville et campagne, dont la première sort systématiquement gagnante. Les champs d’un des producteurs des Galline felici sont situés à la périphérie de Catane, la capitale sicilienne (sur la côte Est de l’île), et donc directement menacés par l’extension des zones péri-urbaines. Cette compétition est d’autant plus frappante qu’elle est d’abord cachée : on découvre les champs en plans serrés, ce qui donne l’impression d’être en pleine nature ; et puis, à mesure que le cadre s’élargit, la zone commerciale mitoyenne apparaît, avec ses bâtiments, achevés ou en construction. Le travail sur le son vient encore renforcer cette impression d’invasion industrielle, le grondement des avions témoignant de la proximité de l’aéroport de Catane. Un passage sur Google Maps et son historique achève de manière accablante la démonstration.

Un propos parfois difficile à suivre

Il est plus difficile de comprendre où veut en venir le réalisateur dans les deux autres parties de son film, en Suisse et en Autriche. Le souci du local et de la participation citoyenne irriguent toujours son enquête, puisque Marchais se demande comment l’architecture et l’artisanat peuvent contribuer à la survie des villages ruraux. Mais la construction est moins rigoureuse et le propos plus distendu, de sorte que l’on ne sait pas exactement ce que font les protagonistes qu’il filme, ni quel est l’impact de leurs actions sur la communauté et leur environnement. Le manque de contextualisation politique pose aussi question : on n'imagine pas que la situation politique nationale ou régionale soit sans conséquence sur ces initiatives locales. Le repli sur de petites communautés est-il forcément la clé d’un futur désirable ? Faute de poser le débat sur les implications d’un tel choix, le film de Dominique Marchais perd peu à peu le spectateur.

Les +
- La réflexion sur les différentes façons de construire un futur désirable
- La mise en images de la concurrence entre ville et campagne
Les -
- Un documentaire très aride
- Un propos parfois confus
- Le manque de contextualisation

Lien avec les programmes
Géographie, Seconde :
- « Nourrir les hommes » : le rapport entre les ressources alimentaires, la gestion des sols et les conflits d’usage qui y sont attachés
- Étude d’une séquence : la réunion de coopérative, qui permet de traiter de la gouvernance éthique des sols. Les élèves pourront travailler les points de vue des contradicteurs et questionner le discours qu'ils portent.
Tous niveaux :
- L’utilisation d’un Système d’Information Géographique : Google Earth, employé dans le film pour observer l’évolution d’un territoire

Merci à Laurent Gayme et Gabriel Kleszewski, professeurs de géographie, pour leur contribution à cet article 

Philippine Le Bret

Nul homme n'est une île

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