Image du film Le crime de l'Orient Express
43 ans après Sidney Lumet, le réalisateur britannique Kenneth Branagh adapte à son tour Agatha Christie. Le casting de son Crime de l’Orient-Express ne manque pas de panache – Penelope Cruz, Willem Dafoe, Daisy Ridley, Judi Dench… Mais Branagh, trop occupé à cabotiner dans le rôle d’Hercule Poirot, oublie l’essentiel : peu importe la résolution du crime, l’important est que le spectateur puisse y participer.
 
Grand succès de la littérature anglaise, Le Crime de l’Orient-Express n’a plus franchement la côte auprès des jeunes générations. Kenneth Branagh projetait de remettre au goût du jour cette célèbre enquête d’Hercule Poirot, aidé par un casting fait pour ratisser large, y compris chez les plus jeunes (avec notamment Daisy Ridley, qui incarne Rey dans Star Wars). Pour permettre à tout le monde de suivre, Branagh ouvre son film avec une courte enquête préliminaire visant à caractériser Hercule Poirot auprès de ceux qui ne le connaissent pas. On le découvre amateur de symétrie (il exige deux œufs parfaitement identiques pour son petit-déjeuner), amateur de mots d’esprit et bien sûr détective hors-pair (le crime est résolu en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire).
Le cadre une fois posé, les voyageurs peuvent embarquer à bord de l’Orient-Express. Sur le papier, c’est là que les choses sérieuses devraient commencer : alors que le train est bloqué par la neige, un riche américain est assassiné dans sa cabine ; Hercule Poirot mène l’enquête, cherchant le coupable parmi les treize autres passagers du train. Pourtant, entre l’amusante séquence d’ouverture et la scène de confrontation finale, convaincante recréation de la Cène dans laquelle il ne s’agit plus d’identifier le traître Judas mais le meurtrier de l’Orient-Express, on peine à se passionner pour l’enquête. Mécaniquement, Poirot interroge un à un les passagers, mais ces confrontations ne révèlent rien d’essentiel, et ne ménagent ni grand suspense ni franc amusement pour le spectateur. Et puis, d’un seul coup, le détective belge est pris d’intuitions géniales qui lui permettent peu à peu de résoudre le crime. Bien sûr, ces traits de génie sont partie intégrante de ce personnage qui comprend ce que personne d’autre ne perçoit. Mais le fait que toutes les révélations majeures du film sortent de son chapeau sans que rien ne les ait annoncées se révèle très frustrant pour le spectateur, privé du plaisir de faire fonctionner ses méninges. Ne reste alors pas grand-chose à se mettre sous la dent, si ce n’est l’impressionnante moustache d’Hercule Poirot et – surtout – la belle composition de Michelle Pfeiffer, parfaite dans son rôle de bourgeoise extravagante.
Bien sûr, l’intrigue d’Agatha Christie ne manque pas d’intérêt sur le plan pédagogique (au Collège – 4e, 3e – comme au Lycée), que ce soit pour l’étude des codes du roman policier, pour une séquence autour des événements historiques effleurés dans les dialogues (la ségrégation, la prohibition, la montée de la xénophobie en Allemagne) ou pour une réflexion sur la moralité du meurtre. Mais cette adaptation du Crime de l’Orient-Express n’est ni suffisamment grand-public pour constituer une porte d’entrée dans l’univers d’Agatha Christie, ni suffisamment réussie pour être étudiée pour ses qualités cinématographiques intrinsèques. On lui privilégiera donc la version de Sidney Lumet, ou l’adaptation télévisée britannique de 2010 (avec l’inégalable David Suchet), une version plus intense et plus profonde, où l’âme humaine est dépeinte avec plus de complexité.

Merci à Nabila Souaber, professeure d’anglais, pour sa contribution à cet article

Philippine Le Bret

Le crime de l'Orient Express

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