Image du film Première année
Dans son nouveau film, le réalisateur du très remarqué Hippocrate, lui-même ancien généraliste, s’intéresse une nouvelle fois au monde médical. Il se penche cette fois-ci sur les études de médecine et cette « première année » couperet, redoutée par tant d’étudiants, dont l’organisation fait aujourd’hui débat.
Un plaidoyer contre l’absurdité du système  
 
Première Année s’ouvre sur une scène que beaucoup d’ex-lycéens reconnaîtront : un rendez-vous chez la conseillère d’orientation. Benjamin (William Lebghil), prend la décision, visiblement très peu motivée, de tenter la fameuse P1 de médecine, à l’issue de laquelle seul un nombre restreint de courageux.ses réussissent le concours et peuvent poursuivre des études de médecine, d’odontologie, de pharmacie ou de sage-femme. Des heureux.ses élu.e.s dont ne fait pas partie Antoine (Vincent Lacoste), le deuxième protagoniste du film, qui tente le concours pour la troisième fois. Ensemble, les deux jeunes hommes vont réviser et travailler sans relâche pour préparer le concours.
Leur routine quasi mécanique, faite de livres, de fiches collées aux murs jusqu’à envahir leur espace vital, ne fait pas franchement rêver. Le film de Thomas Lilti pointe l’absurdité du système du concours de première année de médecine tel qu’il existe encore aujourd’hui, système de sélection impitoyable basé sur la seule capacité des élèves à retenir une masse énorme de connaissances. Dans une séquence de fausses interviews d’élèves avant le concours, un peu bancale mais révélatrice, Benjamin va jusqu’à parler de déshumanisation des élèves, rendus plus « reptiliens » qu’humains à force de révisions. On n’est pas loin de la critique d’un Martin Winckler dans son essai Les Brutes en blanc (2016)qui dénonce l’inhumanité d’une partie du corps médical, inhumanité dont cette première année semble le creuset.

L’amitié à l’épreuve
 
Cette première année n’interroge en effet jamais vraiment les motivations profondes de ces futurs médecins. Si l’on devine (le film ne prend pas vraiment le temps d’installer ses personnages principaux et les plonge tout de suite dans le « grand bain ») qu’Antoine en a fait une véritable vocation, Benjamin quant à lui semble se destiner à cette voie simplement pour faire plaisir à son père. On comprend cependant très vite que le second est paradoxalement mieux armé que le premier. Fils de médecin, frère de normalien, le jeune homme campé par William Lebghil a la chance de vivre dans une chambre de bonne à deux pas de l’université. Son frère lui explique d’ailleurs dans une très belle scène qui se déroule dans la cour de l’Ecole Normale Supérieure qu’il a « les codes ». À l’inverse, Antoine s’isole de sa famille, incapable de l’aider, et doit optimiser le temps passé dans les transports en commun. Le film se colore ainsi d’une lecture bourdieusienne, montrant comment, malgré l’égalitarisme supposé du concours, les inégalités se reproduisent (on pourrait d’ailleurs le rapprocher du documentaire de Claire Simon sur le concours de la FÉMIS).
Le film est aussi l’histoire d’une amitié qui se noue puis s’étiole. Malgré la compétition liée au concours, Benjamin et Antoine se lient très vite d’une amitié sincère. Ils s’apprivoisent et finissent et se connaître par réflexe, sans jamais vraiment se parler ou se confier, comme s’ils s’apprenaient par cœur. Mais cette amitié ne résistera pas à la rudesse de cette première année et à la divergence de leurs parcours. Alors que dans ses précédents films, Thomas Lilti mettait en scène des duos antagonistes qui finissaient par se réconcilier (Reda Kateb et Vincent Lacoste dans Hippocrate ou Marianne Denicourt et François Cluzet dans Médecin de Campagne), il raconte ici le processus inverse.

Science sans conscience
 
Première année distille ainsi une certaine amertume, indissociable de la critique féroce de la P1 et de l’absurdité de ses méthodes d’enseignement. À l’instar d’Antoine qui se remplit l’esprit jusqu’au débordement, Benjamin s’empiffre symboliquement de gourmandises tout du long du film. C’est cette saturation qui les fait courir à leur perte. Le film semble illustrer la critique humaniste d’une science aveugle, bien résumée par la phrase de Rabelais dans Pantagruel : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. », et pourra amorcer un débat en classe sur le sens de l’éducation et les méthodes d’apprentissage (le fameux bachotage). Cette amertume est heureusement compensée par un regard tendre (et nostalgique) sur la vie étudiante, lorsque le film délaisse la critique du concours de médecine pour évoquer les à côtés de la prépa : l‘ambiance particulière des amphithéâtres plein à craquer, les après-midis à la bibliothèque, les rencontres… et ces amitiés, mêmes éphémères, qui se nouent dans les épreuves communes. On pourra conseiller Première année à des lycéens qui, s’ils ne se destinent pas tous à des études de médecine ou même à des filières sélectives, ne manqueront pas de s’identifier aux jeunes héros du film et de se projeter dans leur avenir proche.
 

Ilyass Malki

Première année

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