Image du film La Révélation
Désincarné, indéchiffrable, aseptisé : l’univers des grandes institutions internationales n’a rien a priori de bien excitant, et n’a inspiré jusque-là que de très rares fictions cinématographiques (voir notamment L’Interprète de Sidney Pollack en 2005). Même les documentaristes s’y sont cassés les dents, ainsi Marcel Schüpbach qui dans La Liste de Carla trouvait toujours porte close.
 C’est dire l’originalité et la réussite éclatante de La Révélation du réalisateur Hans-Christian Schmid, qui parvient à livrer un thriller aussi haletant que rigoureusement documenté sur le fonctionnement du Tribunal Pénal International pour l’Ex-Yougoslavie de La Haye. Relatant le procès fictif d’un criminel de guerre serbe, le général Goran Duric, pour des exactions commises durant la guerre de Bosnie, il dévoile le jeu diplomatique complexe qui favorise ou entrave la recherche de la vérité et le fonctionnement de la justice. Toute ressemblance avec des personnages existants n’est évidemment pas fortuite : le procès de Radovan Karadzic s’est ouvert le lundi 1er mars…

La réussite du film de Hans-Christian Schmid est double :
—    Ne cherchant jamais le spectaculaire, sa mise en scène parvient à rendre inquiétants ces décors lisses et déshumanisés, et à leur faire personnifier le monstre froid de la raison d’état. Sans forcer le trait, en mêlant avec habileté les codes du thriller et ceux du documentaire (la caméra portée instille à la fois urgence et inquiétude), La Révélation retrouve l’ambiance des grands thrillers paranoïaques des années 70 (Les Trois jours du condor d’Alan J. Pakula, Conversation secrète de Francis Ford Coppola…).
—    En campant deux beaux personnages de femmes (la procureure Hannah Maynard, et Mira Arendt, jeune bosniaque victime de Duric), le scénario « incarne » de manière vivante et frappante les contradictions du TPIY et les problématiques de la justice internationale…

La Révélation s’avère ainsi hautement recommandable pour les classes de Terminale, aussi bien en Histoire-Géographie qu’en Philosophie : l’exposé sur les conflits en ex-Yougoslavie et la difficile mise en place d’une justice internationale débouche en effet sur des questionnements sur les notions mêmes de justice et de vérité.

Vital Philippot

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