Image du film Free Angela
Alternant de manière rythmée images d'archive (souvent étonnantes), témoignages rétrospectifs des acteurs et témoins de l'époque et reconstitutions, Free Angela de Shola Lynch raconte les quelques années tumultueuses qui ont transformé l'étudiante afro-américaine en porte-drapeau de la contre-culture.

Ronald Reagan (gouverneur de Californie), Edgar J. Hoover (patron du FBI), Richard Nixon d'un côté (président américain), les Black Panthers, Jean Genet ou John Lennon de l'autre : Free Angela and all political prisoners de Shola Lynch retrace la formidable lutte qui opposa dans le courant des années soixante-dix l'establishment blanc conservateur américain et les forces (militants, intellectuels, artistes) de la contre-culture, aux Etats-Unis puis dans le monde entier, autour de "l'affaire Angela Davis". Ou comment une jeune universitaire noire, communiste, proche des Black Panthers, devint quasiment du jour au lendemain l'ennemi public numéro 1 des États-Unis, avant d'être propulsée au rang d'icône planétaire.

Alternant de manière rythmée images d'archive (souvent étonnantes), témoignages rétrospectifs des acteurs et témoins de l'époque (à commencer par Angela Davis elle-même) et (plus dispensables) reconstitutions, le film de Shola Lynch n'est pas à proprement parler un biopic : il se concentre sur ces quelques années tumultueuses et la cristallisation qui s'opéra à ce moment-là autour de l'activiste. Déjà renvoyée, sur l'insistance du gouverneur Ronald Reagan, de l'université de San Diego pour "communisme", et étroitement surveillée par les autorités fédérales pour ses activités militantes, elle se trouve associée à la sanglante prise d'otages (quatre morts et trois blessés) menée pour libérer le militant Black Panther George Jackson (c'est elle qui a acheté les armes qui ont servi à la prise d'otages). S'ensuit une cavale de deux mois qui se concluera par une arrestation très médiatisée, suivie d'une condamnation à mort de la jeune militante. C'est là que naît un mouvement international de grande ampleur, comparable à ceux provoqués par Sacco et Vanzetti ou les époux Rosenberg. Chantée par les Rolling Stones (Sweet black angel) et John Lennon (Angela), soutenue par Jacques Prévert (qui écrit un texte en son honneur), Sartre ou Aragon (qui manifestent en sa faveur), Angela Davis sera finalement acquittée seize mois plus tard par un nouveau jury reconnaissant la minceur des éléments à charge et les manœuvres du FBI.

Le documentaire de Shola Lynch montre avec brio la fabrique d'une icône mondialisée (sa silhouette devient aussi reconnaissable que celle du Che), peut-être la première "star" noire internationale : la jeunesse, la beauté et le charisme d'Angela Davis, associés à l'acharnement manifeste de la justice américaine et au parfum d'erreur judiciaire, constituent un cocktail détonnant dans un contexte hautement inflammable. Le film donne beaucoup de matière pour d'aborder les thèmes "Lieux et formes de pouvoir" et "Mythes et héros" au programme d'anglais du Lycée.

Vital Philippot

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