Image du film No Land's Song

Les causes impossibles font toujours de bons films. Dans le documentaire No Land's Song, la musicienne Sara Najafi (filmée par son frère Ayat, réalisateur) a pour projet d'organiser un concert de femmes à Téhéran.

Or, depuis la Révolution islamique, il est interdit aux femmes de chanter en tant que solistes (en tout cas devant un public mixte) : leur voix doit être couverte par des voix masculines (comme leurs cheveux par le voile), pour ne pas exposer les auditeurs à la tentation. Cela, Sara Najafi le sait parfaitement, mais elle ne s'en satisfait pas. Vaillant petit pot de terre qui se heurte au pot de fer, elle va, avec détermination et opiniâtreté, pousser l'administration dans ses retranchements, questionnant inlassablement l'incohérence de ses interdits et l'arbitraire de ses décisions, enrôlant au passage dans son combat une petite équipe de musiciens français (parmi lesquels la chanteuse Jeanne Cherhal). Le film devient ainsi une épopée tragi-comique dans les méandres de la Guidance islamique, qui nous fait comprendre au quotidien ce que signifie la censure.

À travers cet argument simple et cet enjeu en apparence modeste (le concert se tiendra finalement dans une petite salle), No Land's Song déploie une réflexion beaucoup plus vaste : sur la culture d'un peuple que la Révolution islamique a coupé de ses racines culturelles (le film nous entraîne sur les traces du Téhéran des cabarets et des salles de concert), sur les droits de la femme, toujours envisagée comme un objet et jamais un sujet. À cet égard, le film rappelle le passionnant Iranien de Mehran Tamadon (au Catalogue Lycéens au cinéma), où le réalisateur, laïque déclaré, se confrontait pendant tout un week-end à quatre mollahs partisans de la République islamique. Si No Land's Song est moins riche d'un point de vue dialectique, il est porté par l'énergie sans faille de son héroïne et par la beauté des musiques, contrepoint et antidote aux tracasseries du régime.

Vital Philippot

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