Image du film Il Figlio, Manuel
Dans son premier film de fiction, le réalisateur italien Dario Albertin dresse le portrait de Manuel, un adolescent tout juste majeur amené à endosser des responsabilités d’adultes. Un récit d’apprentissage parfois classique, mais qui frappe par sa capacité à déjouer les préjugés du spectateur.
Trop modeste pour se réclamer du néo-réalisme, le réalisateur italien Dario Albertini s’impose pourtant comme l’héritier de ce courant brouillant les lignes entre fiction et documentaire. Après plusieurs long-métrages documentaires, il signe Il Figlio, Manuel, un premier film de fiction qui colle à la réalité sociale d’une certaine Italie.
Le film commence d’ailleurs dans un lieu bien réel : un foyer d’accueil pour jeunes situé à 70 kilomètres de Rome, dans lequel vit Manuel, le héros du film. Puisant son inspiration dans la réalité, Il Figlio, Manuel s’attache à en montrer la complexité. Dès sa séquence d’ouverture, le film joue avec nos attentes et nos préjugés. Lorsqu’on découvre le foyer, on assiste en effet à un début de déjeuner, scène au cours de laquelle tous les jeunes récitent à l’unisson une prière, debout. Mais l’impression d’austérité et de sévérité qui se dégage de cette première scène n’est qu’un leurre. On mesure vite l’attachement de Manuel à ce foyer qu’il devra bientôt quitter ; un foyer au sens familial du terme, où un vieux et sage prêtre fait office de père, et une éducatrice sans langue de bois lui tient lieu de mère. Ce jeu avec les apparences se poursuivra une fois Manuel sorti du foyer. On lui avait promis un appartement en bord de plage, il trouve un laid agglomérat de barres HLM. Ce décalage permanent entre nos attentes et la réalité crée parfois des scènes comiques – une vieille femme partie à l’Église… pour apprendre à danser le tango –, mais vient surtout renforcer la complexité des personnages et des situations. Si l’on peut reprocher à Il Figlio, Manuel une trame narrative un peu banale – récit d’apprentissage sans grandes surprises – la singularité que Dario Albertini confère à chaque détail ravit autant qu’elle étonne.
Il Figlio, Manuel marque aussi par le portrait touchant qu’il dresse de son héros, jeune adulte perdu dans un corps malhabile d’adolescent. Bien que le film décrive une situation peu commune – Manuel doit prouver qu’il est capable d’accueillir chez lui sa mère incarcérée -, il rappelle des questionnements courants chez les adolescents : les difficultés du passage de l’enfance à l’âge adulte, les tentations de l’immaturité, l’impossible réponse aux attentes de la société. Manuel, c’est à la fois l’adolescent que nous sommes tous (ou avons tous été), et un peu plus que cela : l’ardeur avec laquelle il met sa vie en ordre pour convaincre l’institution judiciaire n’a d’équivalent que la violence avec laquelle des attaques de panique le submergent.
Sur le plan pédagogique, le film s’adresse principalement à des élèves de Lycée, qui pourront facilement s’identifier au héros adolescent. En cours d’italien, les professeurs bénéficieront de la grande richesse thématique du film, en phase avec les programmes : la figure du héros du quotidien et la possibilité d’être un héros même quand la société ne nous reconnaît pas comme tel (objet d’études « Mythes et héros ») ; la confrontation avec l’autorité publique et la nécessité d’apprendre les codes de telles interactions (« Lieux et formes du pouvoir »).
En classe de Philosophie, en Terminale, Il Figlio Manuel constituera une belle introduction à l’étude de la notion de liberté (et ses possibles frictions avec les responsabilités imposées par la famille ou l’État).

Merci à Giuseppe Saponaro, professeur d’italien, pour sa contribution à cet article

Philippine Le Bret

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