Image du film America
Pendant sa campagne, Donald Trump promettait de « rendre à l’Amérique sa grandeur ». Un an après son accession à la présidence, la question de la (re)définition du rêve américain est plus que jamais d’actualité, entre crainte que l’actuel président ne l’enterre définitivement et espoir qu’il en soit le nouveau chantre. C’est tout l’objet du documentaire de Claus Drexel que d’interroger cet « American Dream » auquel beaucoup ne croient plus. Tourné au moment de l’élection, America dresse le portrait amer d’une petite ville désargentée et désenchantée.
Que reste-t-il du rêve américain ? L’élection surprise de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, portée par le slogan « Make America great again », a remis la question à l’ordre du jour. Depuis ce coup de tonnerre du 8 novembre 2016, le médias américains et internationaux n’ont eu de cesse d’ausculter la frange de la société qui se dit exclue de ce rêve, afin de comprendre comment des classes populaires avaient pu porter au pouvoir un multi-milliardaire bardé de casseroles et de controverses.
En mai 2016, au moment où Trump obtient contre toute attente l’investiture républicaine, le réalisateur français Claus Drexel (très remarqué pour son beau documentaire sur les sans-domicile-fixes) pressent le caractère inhabituel de la campagne à venir. Il part alors aux États-Unis, et pose sa caméra à Seligman, Arizona. Située à presque trois heures de route de Los Angeles, la petite ville compte quelques 450 habitants, pour un revenu mensuel moyen largement inférieur à la moyenne nationale. Pendant deux mois (un mois avant l’élection, un mois après), Drexel interroge les habitants, cherchant à comprendre les espoirs et les craintes de ces héritiers cabossés du rêve américain.
Un réalisateur français peut-il rendre justice à la complexité culturelle, historique, sociale de cette Amérique déshéritée ? La question se pose lorsque, dans les premières minutes d’America, Drexel préfère rire de ses personnages plutôt que de chercher à les comprendre. Il filme deux habitants occupés à dépecer une carcasse de cerf, qui s’esclaffent, cannettes de bière à la main : « Voilà ce qu’on fait pour s’amuser ! ». Le titre du film – AMERICA – vient ensuite se plaquer sur le plan fixe de la carcasse sanguinolente, mise en images caricaturale de la mort du rêve américain. Cette tonalité ironique s’atténue heureusement par la suite, à mesure que Drexel prend le temps de discuter avec habitants de Seligman, leur laissant la possibilité de développer une pensée plus complexe que ce que les apparences laissaient présager. La complexité que construit peu à peu le film doit aussi beaucoup à la force de ses images. Drexel alterne en effet séquences d’interview et plans fixes de la ville et de ses alentours. Dans ces passages muets, il filme les ruines du rêve américain : des voitures de luxe des années 50 devenues des épaves rouillant au soleil, des stations-service à l’abandon tombant en décrépitude… autant de symboles de la fin d’un âge d’or où la croissance économique garantissait à chacun la possibilité d’adopter l’american way of life.
La richesse d’America en fait un support pédagogique particulièrement intéressant pour les professeur·e·s d’anglais (niveau Lycée). Au sein des séquences « Espaces et échanges » ou « Lieux et formes du pouvoir », les enseignant·e·s pourront choisir d’étudier certains des thèmes abordés dans le film : le fameux rêve américain (que désigne-t-il ? qu’en reste-t-il ?) ; le rapport aux armes dans la culture et l’histoire américaines (on pourra revenir sur les racines historiques du deuxième amendement de la Constitution, et/ou rattacher le film à l’actualité récente – la fusillade de Parkland, la volonté du président d’armer les professeurs) ; le rapport aux médias et la question des « fausses nouvelles » (le seul média aperçu dans le film étant la chaîne ultra-conservatrice Fox News). Les professeur·e·s devront néanmoins s’attacher à remettre le film dans son contexte (politique, historique, social, géographique, économique), afin que les élèves ne tombent pas dans l’anti-américanisme primaire.

Merci à Karin Grosset-Grande, professeure d’anglais, pour sa contribution à cet article
 

Philippine Le Bret

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