Image du film Hedy Lamar from extase to wifi

Hedy Lamarr : l’icône glamour du Hollywood des années 40, était aussi une inventrice de génie

Critique

Hedy Lamar from extase to wifi

Elle était "la plus belle femme du monde", et l'histoire n'a gardé d'elle que cette image d'icône sexuelle. L'actrice Hedy Lamarr fut pourtant bien plus que ça, puisque ses inventions ont ouvert la voie à des technologies comme le bluetooth et le wifi. Cette sage biographie rend justice et hommage à la femme qui se cachait derrière la "bombe".
Il y avait eu, en 2015, un Google Doodle (petite animation en page d’accueil du célèbre moteur de recherche) consacré à sa vie. Puis, en 2016, le récit dessiné de Pénélope Bagieu sur son blog « Les Culottées ». Et aujourd’hui, en 2018, un documentaire sortant en même temps que la réédition de sa biographie. Hedy Lamarr, icône hollywoodienne et inventrice de génie, est sur le point de sortir des oubliettes de l’Histoire, et l’on serait prêt à parier que tout le monde connaîtra de nouveau son nom d’ici quelques mois. Hedy Lamarr : from extase to wifi est une porte d’entrée parfaite dans la vie de cette femme inclassable. Bien que très classique, le documentaire d’Alexandra Dean, dresse avec justesse le portrait de cette héroïne méconnue.

La plus belle femme du monde
Elle était (de l’avis général) "la plus belle femme du monde". Née en 1914 à Vienne, Hedy Lamarr fut complimentée dès sa naissance pour son extraordinaire beauté. Immigrée aux États-Unis à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, elle fit les grandes heures des studios hollywoodiens dans les années 40, multipliant les rôles de femme fatale dans des costumes qui laissaient abondamment entrevoir sa plastique de rêve. L’histoire n’aura retenu d’elle que cela : l’itinéraire d’une enfant gâtée par sa beauté, dont la vie privée alimenta largement la presse à scandales, et dont les mémoires (qu’elle renia quelques années après leur publication) furent classées parmi les "dix autobiographies les plus érotiques de tous les temps" par le magazine Playboy.

Une inventrice de génie
Hedy Lamarr ne fut pourtant jamais dupe de cette image d’icône sexy et subversive qu’Hollywood voulut lui accoler. "Ce n’est pas difficile d’être glamour", écrivait-elle dans son autobiographie : "il suffit de ne pas bouger et de prendre un air stupide." Le documentaire d’Alexandre Lean, Hedy Lamarr : from extase to wifi choisit donc de briser le miroir des apparences, et de redonner vie à cette icône sur papier glacé. Il insiste notamment longuement sur ses talents scientifiques et son apport au monde des télécommunications. Ingénieure dans l’âme, Hedy Lamarr bricolait sans relâche des inventions plus ou moins fantaisistes - et plus ou moins fonctionnelles. En 1941, l’actrice d’origine autrichienne est horrifiée par le naufrage d’un bateau de réfugiés bombardé par un sous-marin allemand. En se documentant sur le sujet, elle découvre que les torpilles américaines ratent très souvent leur cible, laissant filer les U-Boot nazis. Elle invente alors un système de radioguidage des torpilles indéchiffrable par l’ennemi, fonctionnant par saut de fréquence radio - l’idée est de permettre la communication, par fréquence radio, entre le bateau de lancement et la torpille jusqu’à ce que celle-ci atteigne son but, en changeant de fréquence plusieurs fois par seconde pour éviter que le signal ne soit brouillé par l’ennemi. Cette technologie du saut de fréquence, longtemps laissée à l’abandon dans les tiroirs de l’armée américaine (qui ne prit jamais Hedy Lamarr au sérieux) permit, quelques années plus tard, la création du GPS et du Wifi. Mais Hedy Lamarr ne fut jamais payée ni reconnue pour sa découverte.

Rendre à l’icône sa complexité
Bien que de facture très classique et souvent écrasé par une musique omniprésente, le documentaire d’Alexandra Dean a donc le mérite de rendre à Hedy Lamarr sa liberté, celle de ne pas être réduite au statut de femme fatale et futile. La réalisatrice ne s’en tient pas à la période de gloire hollywoodienne, et s’intéresse longuement à l’avant (l’enfance autrichienne, les débuts au cinéma à Vienne, la fuite à la fin des années 1930), à l’après (le physique vieillissant qui trahit celle qui ne fut jamais valorisée que pour sa beauté, la reconnaissance tardive de ses inventions) et à l’à-côté (son goût du bricolage, ses années de mère célibataire).
La complexité du personnage naît aussi du foisonnement des sources utilisées pour documenter la vie d’Hedy Lamarr : des extraits d’entretien qu’elle accorda à des journalistes, des interviews avec sa famille et ses amis, des interventions d’historiens d’Hollywood, de chercheurs et de journalistes, des extraits de films qu’elle tourna dans les années 1940, et des images d’archives des périodes historiques qu’elle traversa (la Deuxième Guerre Mondiale et l’âge d’or des studios hollywoodiens notamment). Le résultat est une œuvre très riche qui, non contente de rendre justice à son héroïne, pose en creux des messages forts pour l’avenir : le refus de la dictature des apparences, la nécessité pour la société de faire une place aux femmes dans les milieux considérés comme "masculins" (la production cinématographique, les métiers scientifiques), ou encore la possibilité pour une personne vierge de toute formation scientifique de devenir un·e inventeur·rice de génie. On ne saurait que trop conseiller de montrer Hedy Lamarr : from extase to wifi aux jeunes d’aujourd’hui.

Philippine Le Bret

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