Image du film Mariana
Avec son deuxième film, la réalisatrice chilienne Marcela Saïd poursuit son exploration du Chili post-Pinochet et de ses blessures mal refermées. Mais son personnage principal est trop insaisissable et malaimable pour entraîner le spectateur.
Il y a quelque chose de pourri au Chili de Marcela Saïd. Avec son deuxième long-métrage, la réalisatrice continue d'explorer la mauvaise conscience de la grande bourgeoisie chilienne : après avoir abordé le rapport des riches blancs à la population indigène (les Indiens Mapuche) dans L'Été des poissons volants (2013), la réalisatrice s'attaque cette fois au refoulé de la dictature, passage apparemment obligé pour nombre de jeunes cinéastes sud-américains. C'est encore un personnage de femme qui est le vecteur de ce dévoilement : Mariana, qui non-contente d'être la fille d'une riche famille économiquement compromise avec la dictature, découvre que son professeur d'équitation est un ancien colonel des forces spéciales, encore sous le coup d'une enquête pour son rôle dans les crimes du régime Pinochet.
Mais si Manena, l’héroïne de L’Été des poissons volants, avait la séduction de son innocence et de son idéalisme, Mariana est un personnage beaucoup plus ingrat, femme-enfant percluse de névroses (son impossibilité à enfanter se posant comme métaphore d'un "passé qui ne passe pas" et l'empêchant de se projeter dans l'avenir) et de contradictions. On peine à s’intéresser à sa fascination érotique pour le bourreau de la dictature (Alfredo Castro, l’acteur fétiche de Pablo Larrain), d’autant que la mise en scène toute en non-dits et sous-entendus n'aide pas à investir les enjeux historiques du film…
Toute exploitation pédagogique nécessitera donc un travail approfondi en amont.

Les professeurs d’espagnol (niveau Lycée) qui souhaiteraient aborder le film avec leurs élèves devront d’abord le replacer dans son contexte historique, rappeler l’architecture de la dictature Pinochet et ses crimes. Une fois ce travail effectué, le film de Marcela Saïd pourra permettre de réfléchir sur l’impunité des classes sociales dominantes, qui ont largement profité de la dictature et continuent à jouir de leur richesse sans être inquiétées. L’intrigue autour du père de Mariana, qui apprend avec une totale désinvolture qu’il est cité dans un journal comme collaborateur de la dictature, en est une illustration marquante. La présence d’un personnage argentin – le mari de Mariana – pourra par ailleurs permettre de développer une comparaison Chili/Argentine sur ces enjeux de mémoire et de réconciliation post-dictatures.

Vital Philippot

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