Image du film Sami, une jeunesse en Laponie
Avec Sami, une jeunesse en Laponie, la réalisatrice suédoise Amanda Kernell signe un premier long métrage engagé et touchant. Inspirée par l’histoire de sa grand-mère, elle retrace l’histoire des discriminations subies par la communauté Sami en Laponie.
Comment la honte d’appartenir à une ethnie discriminé peut marquer une vie au fer rouge ? Comment les discriminations de tout genre marquent durablement celles et ceux qui les subissent ? Ce sont ces questionnements qui animent le premier film d’Amanda Kernell, et qui font de Sami, une jeunesse en Laponie un outil intéressant pour aborder la question du racisme en classe. En narrant l’histoire de Christina / Elle Majar, une jeune fille Sami qui a fui son milieu d'origine pour rejoindre la “civilisation” suédoise, la jeune réalisatrice touche juste sur un sujet universel. En se rémémorant sa jeunesse, alors qu'elle revient pour la première fois depuis sa fugue dans son village natal, , Christina prend consciences des dégâts que le racisme lui a infligés. 

La Laponie pour dernier terrain vague

Si son rythme est par moment languissant, la vraie réussite de Sami réside dans sa proposition visuelle. Les paysages de Laponie sont pourtant étrangement peu présentés dans leur immensité, Amanda Kernell leur préférant détails et gros plans. Le cadre est souvent proche du visage, des regards, des plantes, et la réalisatrice crée des motifs visuels récurrents qui laissent transparaître un véritable amour du pays lapon et de son peuple. Toute la première partie du film présente d’ailleurs la culture Sami avec une attention et une précision qui raviront les apprentis anthropologuqes. Le joik, chant traditionnel, est très présent, et on suit le quotidien routine de ce peuple qui vit principalement de l’élevage de rennes, dans l’ascétisme et le dénuement. Parallèlement, le film fait comprendre l’ampleur des discriminations qu’ils subissent. Méprisé.e.s, insulté.e.s et agressé.e.s par les suédois, mis.e.s à l’écart de la société, les jeunes Samis subissent également les vexations d’une enseignante qui s’assure de leur "assimilation" et les maintient dans une position de dominé.e.s. Quand Elle Majar, qui deviendra Christina, s’interroge sur son orientation, on lui rit au nez. Pendant toute cette première partie du film, la Laponie est présentée comme un piège qui se referme sur l'héroïne. Elle Majar voit une possibilité de salut dans la fréquentation d'un jeune suédois lors d’un bal. Mais pour accéder à ce nouveau monde elle devra renier ses origines. Cette situation de conflit intérieur évoquera des échos chez de nombreux élèves, qui vivent le conflit entre culture familiale et culture de l'école.

Les raisons de la honte

Dès lors qu’Elle Majar prend la décision de tourner le dos à ses origines sami, et vivre comme une suédoise, le film prend une autre tournure. Visuellement, la cassure est nette : là où Elle Majar dominait les plans chez les Samis, étant la plus grande des enfants de l’école et en position de force, elle se retrouve nettement dominée en ville. Écrasée dans le cadre, au milieu de suédois.e.s beaucoup plus grand.e.s qu’elle, elle se retrouve également dans la position de la bête curieuse. Si la jeunesse d’Elle Majar a été marquée par les insultes ouvertes envers son peuple, son adolescence lui fait surtout découvrir le paternalisme et la fétichisation. À Uppsala, où elle va vivre avec son premier petit copain Viktor, elle se retrouve face à des étudiantes en anthropologie qui la force à entonner un joik pour animer un goûter. Le chant traditionnel, si beau dans la première partie, laisse ici un goût amer. En pensant fuir la discrimination ouverte envers les Sami en Laponie, Elle Majar se retrouve en fait face à un système beaucoup plus pernicieux, qui va la forcer peu à peu à se débarrasser entièrement de son identité. C’est d’ailleurs en réalisant cela, à travers le long flashback du film, que Christina peut enfin se libérer, et redevenir elle-même. Cette morale est intéressante à exploiter en classe, puisqu’elle déplace la question du racisme de ses manifestations les plus criantes à sa dimension systémique, dont le film décrit bien les mécanismes.

Sami est un film lent et quelque peu aride, qui pourra sembler à première vue bien loin des préoccupations des élèves. Pourtant, en traitant de la discrimination subie par les Sami, Amanda Kernell réussit à toucher à l' universel, et le fait avec une maîtrise remarquable de l’image. Pour ces qualités, le film a été sélectionné pour le Prix Renoir des lycéens 2018, qui lui a consacré une fiche pédagogique disponible en ligne.
 

Ilyass Malki

Sami, une jeunesse en Laponie

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