Image du film Carmen et Lola
Dans son premier long métrage, Arantxa Echevarría raconte une belle et tragique histoire d'amour entre deux adolescentes meurtries, qui doivent faire face à une société qui ne les accepte pas. Un film qui peine parfois à trouver son souffle, mais a le mérite de traiter son difficile sujet avec justesse. 
Les vies parallèles de Carmen et Lola ouvrent le film en le plaçant directement dans un registre à la fois intimiste et social. Les deux adolescentes évoluent chacune à leur manière dans une communauté gitane de Madrid, où la place de la femme, pourtant forte, semble strictement contrôlée. D’un côté, Carmen, prête à être mariée, semble représenter l’idéal de la jeune femme selon ces codes. De l’autre, Lola, assidue en cours et rêvant d’ascension sociale, est le modèle de la fille timide, réservée, et cache en fait le lourd secret de son homosexualité. En dressant leurs portraits et en suivant leur amour naissant, Arantxa Echevarría tombe parfois dans les lourdeurs didactiques, mais parvient à faire passer un message fort de tolérance et d’acceptation.

La communauté gitane

Une bonne partie de l’intérêt pédagogique réside dans sa présentation d’une communauté espagnole particulière et opprimée : les gitans. La langue parlée tout au long du film a un accent caractéristique, qu’il peut être intéressant d’étudier. Mais surtout, la réalisatrice espagnole évoque avec justesse la discrimination et la mise à l’écart de cette communauté. Dans une scène marquante, Carmen cherche un travail dans un salon de coiffure - une branche où les jeunes femmes gitanes sont apparement surreprésentées - et bute sur les clichés que nourrit la patronne envers sa communauté. Les familles de Carmen comme de Lola travaillent sur les marchés, et vivent très proches les unes des autres, dans les bas-fonds de Madrid. La culture gitane y est prégnante : les fêtes, les danses, l'omniprésence de la musique et du chant sont très bien décrites. Le film abandonne un peu ce sujet sur la deuxième partie pour se concentrer sur la romance, mais ne simplifie pour autant pas les choses. Car la communauté gitane y est aussi présentée avec tous ses défauts intrinsèques : homophobie, mysoginie, patriarcat, culture de la violence physique, etc. Le personnage de Paqui représente pour Carmen et Lola, comme pour le spectateur, une alternative à ces traditions. Vivant en dehors du quartier gitano elle garde cependant un attachement à ses habitants et sert de promesse pour les jeunes adolescentes qu'un mieux existe ailleurs. Le film trouvera donc parfaitement sa place dans le cadre d'un cours d'espagnol sur la sociologie de cette communauté, voire du pays en général.

Une romance poussive

Le problème de Carmen et Lola réside surtout dans la pesanteur avec laquelle il met en scène l'histoire de ses deux personnages. Les deux actrices principales sont tout à fait convaincantes, mais leur amour semble destiné uniquement à servir le propos. De très belles scènes s'en dégagent pourtant, notamment une escapade dans une piscine vide, dans laquelle Carmen et Lola rêvent d'ailleurs. Mais la souffrance n'est jamais loin, et alourdit le film d'un ton sentencieux et trop démonstratif. Bien sûr, on ne saurait ne pas s'émouvoir de la violence à laquelle l'amour lesbien des deux adolescentes fait face. Les dernières scènes de Lola avec sa famille sont très poignantes, bien qu'à la limite du voyeurisme, tant elles s'étirent. C'est un point qu'il faudrait évoquer en classe avant de projeter le film, pour éviter de heurter la sensibilité de cetain.e.s adolescent.e.s qui pourraient se reconnaître dans ces personnages. Car le processus d'identification peut en effet marcher, tant l'amour est un langage adolescent universel.
 

Ilyass Malki

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