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The Ride : une chevauchée impressionnante dans les plaines américaines pour décrire l’identité amérindienne

The Ride

Après des mois de lutte, l’élection de Donald Trump à la tête des États-Unis a eu raison de la détermination des activistes de la réserve de Standing Rock, qui se battaient contre la construction du pipeline Dakota Access. Le pétrole circule depuis mai dans cet oléoduc, menaçant de polluer les eaux de la rivière qui borde Standing Rock. Mais si la mobilisation n’a pas permis de stopper la construction du pipeline, elle aura au moins suscité un renouvellement du regard sur les Amérindiens. Loin des clichés auxquels ils sont souvent associés (alcooliques, assistés, chômeurs), les Indiens Lakota de Standing Rock sont réapparus dans l’opinion publique comme des acteurs combattifs et fiers, portant l’une des causes les plus importantes de notre époque, la protection de l’environnement.

Le documentaire de la Française Stéphanie Gillard abonde dans ce sens. The Ride relate la chevauchée qu’effectuent chaque année les jeunes de la tribu Lakota de Standing Rock en mémoire du massacre de Wounded Knee. Pour honorer leurs ancêtres, les adolescents parcourent 450 kilomètres à cheval dans des conditions souvent extrêmes : températures glaciales, bivouac en plein air, manque de vivres, etc. Guidés par des adultes de la communauté, ils s’approprient ainsi leur histoire et construisent leur identité, indienne et américaine, fière et combattive.  Car si les traumatismes hérités de l’histoire sont toujours présents, subtilement mis en images par Stéphanie Gillard (quelques photos et vidéo d’archives incarnent la présence fantômatique des ancêtres massacrés, des plans sur les barbelés barrant le passage des cavaliers rappellent la perte des terres), The Ride insiste surtout sur la résilience des tribus amérindiennes. Les jeunes Lakota filmés par Stéphanie Gillard sont fiers de leur héritage, ils apprennent à perpétuer des traditions millénaires. Ce sont aussi des jeunes de leur temps, ancrés dans la modernité, attachés à leurs téléphones portables autant qu’à leurs bâtons de prière.

Pour saisir cette complexité identitaire, il faut prendre le temps d’écouter et de regarder. C’est ce qu’incite à faire le rythme du film, basé sur celui de la chevauchée. La succession quotidienne des séquences de voyage et des séquences de repos opère comme un doux roulis qui berce le spectateur. Tout aussi hypnotisants sont les décors dans le film prend place : les magnifiques grands espaces américains, les plans saisissants de ce groupe de cavaliers déboulant dans le cadre, et le contraste étonnant entre la nature sauvage parcourue par les Lakota et les stations-services rutilantes dans lesquelles ils s’arrêtent parfois. Là encore, tradition et modernité se rencontrent, identité indienne et identité américaine se confondent.

Sur le plan pédagogique, The Ride ne manque pas d’atouts. Des surtitres placés au tout début du film expliquent très clairement le contexte historique de cette chevauchée (mort du chef Sitting Bull, fuite des Lakotas, massacre de Wounded Knee). Une fois ces repères posés, les élèves pourront se plonger pleinement dans le récit de la chevauchée. La présence à l’écran de très nombreux adolescents, auxquels ils s’identifieront facilement, pourra être leur porte d’entrée dans le film. Côte programme, The Ride s’intègrera à la thématique « L’ici et l’ailleurs » en classe de 3e, et permettra de découvrir une des civilisations du monde anglophone, et de s’ouvrir au point de vue et à la vision du monde des jeunes Amérindiens. Au Lycée, on pourra aborder le film sous un angle plus historique, en s’interrogeant sur ce qu’il dit du rapport des États-Unis à leur histoire.

Philippine Le Bret
Merci à Nabila Souaber, professeure d’anglais, pour sa contribution à cet article

[The Ride de Stéphanie Gillard. 2017. Durée : . Distribution : Rouge. Sortie le 7 février 2018]

Posté dans Dans les salles par zama le 08.02.18 à 17:40

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