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1:54 : "La bienveillance des adultes ne suffit pas à aider les élèves harcelés."

Chez nous

Psycho-praticiennne spécialiste des violences à l’école, Marie Quartier* a visionné pour Zéro de conduite le film de Yan England, 1:54. Elle analyse les ressorts du harcèlement scolaire et propose des pistes pour en sortir. 

Où commence le harcèlement ? Quelle est la différence avec, entre autres, les bagarres ou les embrouilles entre élèves ?

De l’extérieur, il est très difficile de repérer une situation de harcèlement. En effet, le harcèlement est avant tout une question de vécu : il commence à partir du moment où une personne se sent harcelée, c’est-à-dire qu’elle n’a plus la possibilité de se protéger de l’autre, de s’opposer à ses maltraitances.

Quels sont alors les indices qui peuvent aider à repérer une situation de harcèlement ?

Comme le montre très bien le film, les jeunes qui sont harcelés le cachent. Les symptômes du harcèlement sont donc souvent extrêmement discrets. C’est pourquoi il faut soupçonner du harcèlement derrière n’importe quel changement soudain : un bon élève dont les notes chutent brutalement, un adolescent calme qui, sans raison apparente, devient très colérique, etc.

Y a-t-il un profil-type de l’élève harcelé ? On a l’impression, dans le film, que le groupe de harceleurs s’en prend à des élèves identifiés comme « faibles » - solitaires et émotionnellement fragiles.

Il n’y a pas de profil type du harcelé. Le seul dénominateur commun est que l’élève harcelé est une personne qui, à un moment particulier de sa vie et dans un contexte précis, est fragilisée. Pour des raisons qui peuvent être très diverses, un élève va se rigidifier, il ne va plus réussir à gérer son environnement. Dans le film, on voit que Tim se rigidifie par rapport à son homosexualité, il n’arrive pas à communiquer sur ce sujet. Il n’accepte pas son homosexualité et s’en trouve fragilisé. C’est quelque chose que les harceleurs sentent, et cela explique – en partie – qu’ils s’en prennent à Tim. Le harcèlement est, dans le film, lié à l’homophobie, tout comme il peut être, dans d’autres situations, lié au racisme ou à la misogynie. Mais il n’y a pas de systématisme : comme je l’ai dit, la vulnérabilité naît du contexte.

Quels sont les risques psychologiques pour les enfants et les jeunes harcelés ?

Il y a des risques spectaculaires, ceux que le film met en scène : le meurtre et le suicide. Mais il y a aussi des conséquences invisibles. Une personne harcelée peut conserver dans sa vie d’adulte des plaies mal cicatrisées – une souffrance qui ne cesse pas, des cauchemars qui reviennent.

Tim, le héros du film, est quelqu’un qui a de la ressource : c’est un athlète, qui croit un moment trouver dans la performance sportive un moyen de surmonter le harcèlement. Peut-on se sortir tout seul d’une situation de harcèlement ?

C’est très juste, Tim a de très nombreuses qualités. Mais il est seul et c’est pour ça qu’il ne parvient pas à sortir du harcèlement. La vidéo intime que Jeff, son harceleur, menace de publier est une épée de Damoclès dont il n’ose parler à personne. Malgré l’amitié que lui offre Jennifer, il n’évoque jamais cette vidéo avec elle. Pourtant, à partir du moment où l’on peut déplier ses craintes avec quelqu’un, il devient possible de réfléchir : si la vidéo est vue par tous, que peut-il se passer pour moi ? que vais-je ressentir ? Tim aurait pu envisager le pire au lieu de s’accrocher à l’espoir qu’il n’allait pas se produire. Ainsi, lorsque le pire serait arrivé – puisque Jeff allait, de toute façon, diffuser cette vidéo intime – il aurait été beaucoup moins dur à vivre.

Dans le film, les adultes réagissent tous de manière assez maladroite – soit parce qu’ils ne réagissent pas, soit parce qu’ils mettent la victime en position de porte-à-faux. Les parents et les professionnels savent-ils gérer le harcèlement scolaire ?

En effet, la manière dont est géré le suicide de Francis est largement insuffisante. Peu de solutions sont proposées à Tim, qui vient pourtant de perdre son meilleur ami, et l’affaire est vite étouffée.
Plus généralement, je considère qu’il n’y a pas encore, en France, suffisamment d’adultes formés aux spécificités du harcèlement. Les jeunes harcelés ont peur des réactions des adultes, même lorsqu’elles sont bienveillantes. En effet, les adultes ne pourront jamais contrôler totalement les relations entre adolescents, ce que les jeunes savent. On le voit dans le film, Tim sait que s’il parle à des adultes – à son professeur de chimie notamment – le harcèlement risque de redoubler de violence.
C’est la même chose pour les parents. Les parents vont avoir le réflexe d’intervenir s’ils apprennent que leur enfant est maltraité. Ils ont l’illusion qu’ils peuvent protéger leur enfant. Mais les adolescents, comme on le voit dans le film, savent que ce n’est pas vrai. Ils vont donc cacher le harcèlement. À l’inverse, les plus petits croient encore en la toute-puissance de leurs parents, ce qui les met en danger : on constate souvent que, plus un adulte est protecteur, plus l’enfant harcelé sera vulnérable.

Mais alors comment peut-on aider un élève harcelé ?

On peut l’aider à se renforcer, pour qu’il soit en capacité de se protéger. Malheureusement, c’est quelque chose qui n’existe pas vraiment en France. Quelques psychothérapeutes travaillent spécifiquement sur le harcèlement, mais il faudrait mettre une personne très bien formée à ces questions dans chaque établissement scolaire. Or, moi qui forme des personnels scolaires, je constate qu’un certain nombre de principes les empêchent de pleinement comprendre les ressorts du harcèlement. Quand on dit par exemple à des infirmiers scolaires qu’il faut travailler de manière très discrète, presque souterraine, avec les jeunes harcelés, c’est quelque chose qu’ils ont du mal à saisir. Lorsqu’un jeune se confie sur des situations graves, ils vont avoir le réflexe d’en référer à l’institution. Mais ce faisant, ils se protègent plus eux qu’ils ne protègent le jeune.

Malgré ces lacunes que vous décrivez, j’imagine qu’il est quand même possible de sortir du harcèlement ?

Bien sûr ! Ceux qui arrivent à sortir du harcèlement sont ceux qui n’ont plus peur. Par exemple, si Tim avait fait son coming-out, ça l’aurait rendu très fort : son harceleur n’aurait plus eu de pouvoir sur lui. C’est un cheminement très long, et il aurait fallu que Tim soit accompagné par un adulte, mais c’est possible !
L’important, c’est de couper l’herbe sous le pied des harceleurs. Au sein de mon cabinet, on travaille donc sur la capacité des jeunes à répliquer. J’ai par exemple accompagné une collégienne qui était sans cesse insultée par un garçon. On lui a proposé la réponse suivante : un jour où elle serait en présence de son harceleur et d’autres élèves, elle lui répliquerait : « Si tu veux me draguer, c’est pas comme ça qu’il faut t’y prendre ! » On a répété cette situation avec elle mais, au final, elle n’a même pas eu besoin de confronter directement son harceleur. Il a senti qu’elle n’avait plus peur, et il ne l’a plus insultée. Pour arriver à ce résultat, il a fallu réfléchir ensemble, et dédramatiser les conséquences d’une telle confrontation, ce qui n’est pas facile. Mais c’est toujours possible, et c’est important de le dire.
Attention, je ne dis pas qu’il faut demander à l’élève harcelé de se battre à tout prix. On entend de plus en plus des parents qui intiment à leur enfant de se défendre, de rendre les coups. Mais c’est extrêmement difficile, de sorte que ces injonctions mettent l’enfant dans une situation de double échec, ce qui peut être très dangereux. Il faut absolument que l’enfant soit accompagné par des adultes à même de lui proposer des stratégies d’action.

Les thérapeutes ont donc un rôle important à jouer pour aider les élèves à sortir du harcèlement ?

En tant que thérapeute, on peut identifier précisément de quoi le jeune a peur. Les jeunes harcelés n’ont pas forcément peur de leur harceleur. Je pense notamment à une jeune collégienne qui était maltraitée par un groupe de filles, groupe qu’elle collait car elle avait extrêmement peur de se retrouver seule. Elle était la cible de vexations permanentes, et elle en souffrait beaucoup. Avec elle, on a travaillé sur la solitude : qu’est-ce qu’il se passerait si tu étais complètement seule ? Une fois qu’on a mis les mots sur la peur, on peut se préparer au pire. La jeune fille dont je parle a trouvé ça très dur, elle pleurait beaucoup en consultation. Mais peu à peu son angoisse s’est atténuée. Elle a fini par s’éloigner du groupe et a trouvé une nouvelle amie, une camarade qu’elle n’avait jusqu’alors pas remarquée.

Et le désir de vengeance chez les élèves harcelés, ce que raconte le film, est-ce quelque chose que vous voyez fréquemment ?

En effet, beaucoup d’enfants harcelés sont en colère. Le film montre que, lorsque cette colère n’est pas canalisée, elle peut donner lieu à des actes désastreux pour l’élève harcelé : il se venge, et va alors être considéré comme coupable, alors qu’il est avant tout victime. Mais on peut travailler de manière stratégique sur la colère. La colère est, en quelque sorte, un antidote à la peur. Elle donne de l’énergie, du courage.

Les élèves harceleurs nécessitent-ils, eux aussi, une prise en charge psychologique ?

Je dirais que cela dépend du type de harceleur. Quand on est confronté à un élève extrêmement arrogant, très narcissique, qui se croit tout-puissant, la prise en charge psychologique est inutile. Par contre, d’autres profils de harceleur témoignent d’une souffrance, ce qui nous donne un levier d’action. Je pense aux harceleurs qui sont ce que j’appelle des enfants blessés : des enfants mal-aimés, maltraités par leur entourage, qui sont en colère contre la vie et qui expriment cette colère en harcelant leur(s) camarade(s). Idem pour les « harceleurs harcelés », qui ont trouvé dans le harcèlement la seule manière de s’en sortir.
Dans d’autres cas de figure, la prévention peut être un outil plus adapté que la prise en charge psychologique. Les actions de sensibilisation permettent notamment d’ouvrir les yeux des harceleurs-suiveurs et de ceux qui harcèlent sans s’en rendre compte (car ils manquent de finesse dans la sensibilité ou l’intelligence).

La prévention est donc un outil efficace pour lutter contre le harcèlement ?

C’est une bonne chose que le Ministère de l’Éducation se soit saisi de cette question, et la prise de conscience à l’œuvre dans l’ensemble de la société est très positive. Cependant, les campagnes de prévention actuelles souffrent d’un écueil majeur : par leur façon de présenter le harcèlement, elles incitent de nombreux parents à attaquer les établissements scolaires et à porter plainte, deux réponses qui n’aident pas du tout les jeunes harcelés. Il faudrait donc mettre l’accent sur les bonnes façons d’aider les élèves harcelés.

Et vous pensez que 1:54 participe efficacement à la lutte contre le harcèlement ?

Oui, car le film fait passer un message très juste aux jeunes et aux parents. Il montre que la bienveillance des adultes ne suffit pas à aider les élèves harcelés. On le voit très bien : le professeur de chimie de Tim, qui est aussi son entraîneur, est extrêmement impliqué. Il va jusqu’à entraîner Tim la nuit. De même, son père lui porte énormément d’affection. Malgré cela, le film se finit de manière tragique. 1:54 nous pousse donc dans nos retranchements : on en sort en colère, en se demandant ce qu’il faut faire de plus. J’espère que ceux qui auront vu le film comprendront qu’il est urgent de développer des outils stratégiques permettant de mieux répondre au harcèlement.

*Marie Quartier est psycho-praticienne et responsable du réseau Orfeee, réseau de lutte contre les violences à l’école. Elle a publié, en janvier 2016, Harcèlement à l’école : lui apprendre à s’en défendre (éditions Eyrolles).

1:54 de Yan England, le 15 mars au cinéma

Le site pédagogique du film

Posté dans Entretiens par zama le 10.03.17 à 14:09 - Réagir

Les Figures de l'ombre : entretien avec l'astrophysicienne Sylvaine Turck-Chieze

Chez nous

Chercheuse en astrophysique (elle a notamment participé au lancement du satellite SOHO, toujours en observation autour de la terre) Sylvaine Turck-Chieze est aujourd’hui présidente de l’Association Femmes et Sciences, qui œuvre à la promotion des filières scientifiques auprès des filles. Pour elle, Les Figures de l'ombre illustre avec beaucoup de justesse à la fois les temps héroïques de la conquête spatiale, et les discriminations – toujours d’actualité - dont sont victimes les femmes dans le milieu scientifique.

Vous qui connaissez bien le milieu de l’exploration spatiale, pouvez-vous nous dire ce que vous avez pensé du film ?

Je trouve que Les Figures de l'ombre est un film extrêmement bien documenté, qui retranscrit avec justesse l'atmosphère de l'époque. Le sujet du film est doublement riche, puisqu'il s'agit d'aborder à la fois l'évolution des méthodes de travail de l'industrie spatiale, et la discrimination dont souffraient les femmes dans ces milieux. Mais c’est surtout un film très optimiste, puisqu'il montre à quel point ces femmes ont su se surpasser, contribuant ainsi à faire évoluer les mentalités. Bien sûr il y a de légers anachronismes (je pense notamment aux chaussures à talons, qui n'étaient certainement pas portées par les femmes de la NASA à l'époque), mais ils sont voulus, destinés à créer des ponts avec le temps présent.

L’une des héroïnes du film, qui est une brillante mathématicienne, est à un moment prise pour la femme de ménage. Ce genre de méprise a-t-il encore lieu aujourd’hui ?

Oui, ce genre de situation existe toujours ! En 2015, nous avions organisé avec l’association une conférence à Toulouse sur le thème : « Choisir et vivre une carrière scientifique ou technique au féminin : pourquoi, comment ? ». Beaucoup de dirigeantes étaient présentes, et la plupart ont expliqué qu’elles étaient souvent prises pour la secrétaire.

Dans le film, les mathématiques et l’ingénierie sont un moyen pour les héroïnes de faire progresser la lutte antiraciste et la lutte antisexiste. Les carrières scientifiques sont donc un moyen d’émancipation pour les femmes ?

Je pense que, si, en tant que femme, vous voulez faire progresser l’égalité, il est important de montrer les capacités dont vous êtes dotée. Une fois que vous avez fait vos preuves, personne ne peut plus dire que vous n’avez pas les mêmes compétences qu’un homme. C’est l’histoire que raconte le film : du fait de leur grande capacité intellectuelle, les héroïnes deviennent indispensables. En un sens, elles utilisent donc leur intelligence pour promouvoir leur(s) communauté(s).

Et vous personnellement, est-ce que vous avez rencontré, en tant que femme, des difficultés dans votre carrière ?

Oui, beaucoup, mais j’ai toujours réussi à m’en sortir ! Quand je faisais mes études, je n’avais pas l’impression qu’il y avait une différence entre les filles et les garçons. Mais une fois sortie de l’université, je me suis rendue compte que la plupart des filles avait disparu. Ensuite, quand je suis rentrée au CEA (Commissariat à l’Énergie Atomique), j’étais la seule femme parmi une centaine d’hommes, donc j’étais constamment analysée, au quotidien, à tous les niveaux. Et puis, en entretien d’embauche, on m’a dit qu’en tant que femme, j’allais rapidement quitter la recherche, et qu’il valait mieux, par conséquent, embaucher un homme. Ce que j’en ai retiré, c’est qu’il faut beaucoup plus négocier quand on est une femme. Rien n’est jamais acquis. Je dirais qu’au final j’ai eu une carrière identique à celle d’un homme. Je suis rentrée dans la recherche dans les années 1970, j’ai d’abord travaillé sur la physique nucléaire, puis dans l’astrophysique. J’ai eu la responsabilité, entre autres, de la réalisation d’un instrument spatial, GOLF, et j’ai participé au lancement du satellite SOHO, qui est toujours en observation.

Existe-t-il encore aujourd’hui, en 2017, des barrières qui empêchent les femmes d’accéder aux métiers scientifiques ?

Au lycée, les filles n’envisagent pas souvent des carrières en sciences fondamentales (mathématiques physique, numérique). Elles vont plutôt là où elles pensent qu’elles auront leurs chances, en sciences du vivant, en biologie, en médecine. C’est la première des barrières. La deuxième, c’est l’existence d’un plafond verre dans le monde scientifique. Les femmes qui ont fait des grandes écoles sont reconnues, mais les autres ont du mal à faire valoir leur expérience professionnelle, alors même que les hommes y arrivent. Il faut dire qu’il n’y a que 10% de femmes qui occupent des postes de direction dans le milieu : il y a forcément moins de places que pour les hommes.

Il y a quelque chose d’assez étonnant pour nous spectateurs du 21e siècle, c’est ce métier de calculatrices qu’occupe une des héroïnes du film. En quoi consistait ce métier ?

Absolument, on ne le sait pas mais ce métier existait ! À l’époque les équipes scientifiques étaient composées d’hommes, tandis que les femmes étaient affectées à des tâches moins prestigieuses mais, comme montré dans le film, indispensables. Des tâches qui sont aujourd’hui effectuées par des machines. On avait besoin de beaucoup de monde pour pouvoir avancer, il fallait des personnes qui calculent toute la journée, donc les femmes étaient là en appui, quasiment transparentes. Par exemple, comme on le voit dans le film, le fait qu’une femme ne signe pas les travaux qu’elle avait faits était une habitude. Personnellement, il m’est arrivé que mon nom disparaisse de certains travaux que j’avais rendus.

Il fallait vraiment tout calculer à la main ?

On s’aidait notamment de ce qu’on appelle une règle à calcul, et de petites calculatrices qui ressemblaient à des machines à écrire. Mais il y avait toute une partie manuelle dans les calculs. D’ailleurs, cela produisait une ambiance que je trouve très bien restituée par le film. Aujourd’hui, comme tout le monde est sur son ordinateur, il y a un repli sur le travail individuel. Mais à l’époque, le travail se faisait de manière collective, et le chef d’équipe avait un rôle extrêmement important. C’était toujours quelqu’un de très compétent, capable de juger de la qualité des résultats de chacun. Cette forme d’organisation du travail, qui garantissait que le travail de chaque personne soit critiqué et vérifié, était particulièrement efficace.

Qu’a changé l’arrivée des ordinateurs pour le milieu spatial ?

Le film est passionnant parce qu’il montre la transition du rôle des mathématiques dans les années 1960-1970 : on commence avec le calcul théorique (résoudre des équations), puis on passe au calcul numérique (résoudre point par point des phénomènes physiques), et enfin aux ordinateurs, afin de résoudre des problèmes de plus en plus exigeants en calcul.
Les premiers ordinateurs avaient une vitesse de calcul supérieure à celle d’un humain, mais, comme on le voit dans le film, la précision de leurs calculs était médiocre. Les calculs à la main étaient bien plus précis, ce qui est capital quand la vie d’un astronaute est en jeu ! En revanche, les ordinateurs ont permis d’aller beaucoup plus loin. Faire un ou plusieurs tour(s) de Terre, la mission spatiale qui est présentée dans le film, est bien plus simple que de poser un engin sur Mars, ce qu’on fait aujourd’hui ! Les ordinateurs ont permis un progrès énorme car ils ont démultiplié les capacités de calcul et ont donc permis que l’on s’intéresse à des problèmes de plus en plus complexes. Pour vous donner un exemple, on peut aujourd’hui considérer comme variable d’un calcul « le temps sur des milliards d’années ». Avant les ordinateurs, la variable aurait plutôt été « le temps sur une semaine ». Ça nous permet d’observer un nombre extrêmement important de phénomènes physiques et d’interactions entre ces phénomènes physiques.

Les femmes ont-elles participé à cette grande révolution technologique ?

À l’époque, de nombreuses femmes très douées se savaient vulnérables, elles savaient que leur emploi était moins stable que celui d’un homme. Elles ont donc été obligées de se projeter dans le futur, et d’acquérir des nouvelles connaissances, comme la programmation. D’ailleurs, peut-être ne le savez-vous pas, mais le premier programmeur de l’histoire était une programmeuse : Ada Lovelace, qui a vécu au 19e siècle !

Le film est aussi une réhabilitation des mathématiques et de la physique, qui permettent de faire de grandes choses comme aller dans l’espace. Vous luttez également contre la « mauvaise réputation » des sciences dures ?

Je suis moi-même tellement fascinée par ces disciplines que j’ignorais qu’elles avaient mauvaise réputation ! Personnellement, quand en classe de Seconde j’ai compris ce qu’on pouvait faire en physique et que j’ai découvert les salles de travaux pratiques, la vocation m’est tombée dessus.
Mais il est vrai qu’il faut montrer aux jeunes que ces matières, qui peuvent avoir l’air rébarbatives, sont en fait une grande source de joie. Chaque matin, on se réveille avec des défis à relever. Je trouve d’ailleurs que le film montre bien cet aspect du métier : les héroïnes sont animées par des rêves et le travail qu’elles accomplissent fait rêver !
Ces sciences constituent l’essentiel de tout progrès scientifique. Tant qu’on n’a pas compris le phénomène physique ou l’erreur de calcul, on ne peut pas aller plus loin. C’est d’ailleurs pour cela qu’on les appelle des « sciences fondamentales ».

Vous êtes la présidente de l’association Femmes et sciences, quel est le rôle de cette association ?

L’association poursuit deux objectifs. Le premier consiste à aller parler aux jeunes de sciences et des carrières scientifiques, pour leur en montrer l’intérêt. Les médias parlent rarement des métiers scientifiques, donc les jeunes ont du mal à se projeter, ce qui est encore plus vrai pour les filles. Notre deuxième objectif, c’est de promouvoir les femmes dans les sciences. Aujourd’hui, si on ne s’intéresse pas au sujet, on peut avoir l’impression que la mixité est partout, que l’égalité est acquise. Mais en y regardant de plus près, on réalise que seule une minorité de carrières scientifiques est investie par les femmes. L’association cherche donc à mettre en avant la mixité, en montrant qu’elle permet de construire une société plus équilibrée à tous les niveaux.

Les Figures de l'ombre de Theodore Melfi, le 8 mars au cinéma

Le site pédagogique du film (Maths, Anglais, EMC, Histoire)

 

Posté dans Entretiens par zama le 08.03.17 à 09:34 - Réagir

Patients : humour adapté

Patients

« Trouver un espoir adapté ». C’est ce que propose Fabien Marsaud (alias Grand Corps Malade) dans la chanson qui accompagne le générique de fin de son premier long-métrage, Patients, coréalisé avec Mehdi Idir. « Adapté », c’est d’ailleurs le maître mot de cette comédie hospitalière. En effet, si la réalisation est parfois maladroite, elle se caractérise par un parti pris clair et efficace : nous placer au plus près de son héros pour nous faire vivre son évolution… Lorsque le spectateur découvre Ben, c’est à travers les propres yeux de ce jeune sportif rendu tétraplégique par un plongeon dans une piscine trop peu remplie (le procédé rappelle Le Scaphandre et le papillon de Julian Schnabel, où la caméra clignait en même temps que l’œil du personnage). C’est donc avec Ben que le spectateur se réveille dans une chambre d’hôpital dont il ne voit que le néon au plafond ; avec lui qu’il aperçoit, en contre-plongée, des soignants se succédant à son chevet avec plus ou moins de bienveillance. Le rapport à l’espace témoigne de ce parti pris judicieux, qui permet une rapide identification au personnage principal : au fur et à mesure de la rémission de Ben, qui apprend à bouger un orteil, puis un bras, puis une jambe, le champ géographique du spectateur s’élargit. Du lit d’hôpital on passera à la chambre du centre de rééducation, puis à ses couloirs quand Ben apprend à se déplacer en fauteuil roulant, à la cantine quand il peut à nouveau manger seul, au parvis devant l’entrée et à la forêt qui entoure le centre, et, finalement, à la salle de sport où les anciens coéquipiers de Ben disputent un match de basket.

Mais s’il privilégie le point de vue de son personnage principal, le film ne délaisse pas les autres pour autant, construisant autour de Ben une galerie de personnages (patients autant que soignants) très réussie. Directement inspiré de l’histoire de Grand Corps Malade, qui trouve en Ben son alter ego, Patients n’est ainsi pas un panégyrique à la gloire du chanteur, qui raconterait comment Fabien Marsaud, ancien espoir sportif, est devenu Grand Corps Malade, slammeur à succès. L’objectif du film est avant tout de porter un regard, aussi bienveillant qu’humoristique, sur le handicap, en abordant un grand nombre de problématiques qui y sont liées : Patients évoque ainsi les efforts considérables que demandent désormais les tâches quotidiennes les plus simples, ou encore l’importance de pouvoir partager ses difficultés quotidiennes avec d’autres jeunes handicapés. Si tout pathos est proscrit, le film n’élude ni le désespoir de certains patients ni les frictions qui naissent à l’intérieur du centre.

Mais les deux réalisateurs croient en l’espoir, et font donc pour tout par le maintenir, à commencer par assaisonner d’une bonne dose d’humour leur chronique hospitalière. À la fameuse question « Peut-on rire de tout ? », Grand Corps Malade répond qu’il faut commencer par rire de soi. En témoigne cette séquence, répétée tout au long du film, où l’un des amis de Ben lui demande de passer le sel à table – geste rendu impossible par la tétraplégie du jeune homme. Cette ironie avec laquelle il se regarde permet ainsi à Grand Corps Malade d’attaquer – gentiment – ceux qui gravitent autour de Ben : un aide-soignant est ridiculisé pour son enthousiasme débordant, un pensionnaire moqué pour sa passion pour les voitures de course. Ce recours systématique à l’humour, qui rappelle certaines comédies américaines à succès, décrit bien le projet de Marsaud et Idir : faire un film grand public sur un sujet qui ne l’est pas – le handicap. En ce sens, Patients ne manquera pas de faire rire et réfléchir les jeunes, collégiens et lycéens. On ne peut donc que recommander aux professeurs de s’y pencher.

Le film pourra ainsi être exploité en Français, en 5ème dans le cadre de la séquence « Avec autrui : amis, famille, réseau », pour interroger les notions d’amitié et de solidarité entre patients, ainsi que le rôle de la famille, ou plus encore en 3e pour illustrer la séquence « Se raconter, se représenter ». Film raconté « à la première personne », Patients transpose ainsi au cinéma le narrateur interne que l’on trouve en littérature, ce qui permettra au professeur d’établir un pont entre le film et certaines œuvres littéraires du programme. Le film permet aussi de travailler avec les élèves sur la frontière entre la biographie et l’invention (si le film est inspiré d’une histoire vraie, certains passages et personnages ont été romancés) : on pourra ainsi proposer aux élèves un travail de comparaison entre, d’une part, le film et, d’autre part, le livre du même nom, récit documentaire des semaines passées en centre de rééducation par Grand Corps Malade. Au lycée, Patients pourra également apporter un complément accessible et pertinent aux cours de sciences médico-sociales (baccalauréat ST2S, Sciences et technologies de la santé et du social). En première année, la séquence « Diversité des déterminants sociaux » fait appel à des problématiques soulevées dans le film, notamment la diversité des causes du handicap, ou une réflexion sur le profil social des patients. En Terminale ST2S, Patients s'intègrera à la matière « Activités technologiques » pour une réflexion sur les activités proposées aux jeunes patients dans les centres de rééducation.

[Patients de Grand Corps Malade et Mehdi Idir. Durée : 110 mn. Distribution : Gaumont. Au cinéma le 1er mars] 

Philippine Le Bret

Merci à Clotilde Furini, professeure de sciences médico-sociales, et à Charlotte Pouilly, professeure de Français, pour leur contribution à cet article

Posté dans Dans les salles par zama le 06.03.17 à 13:33 - Réagir

1:54 : le site pédagogique

En France ils seraient, selon les estimations, 700 000 enfants et adolescents (écoliers, collégiens, lycéens) à être victimes de harcèlement scolaire chaque année. C’est dire le caractère massif d’un phénomène dont on a trop longtemps minimisé l’étendue et la gravité, avant que quelques faits divers tragiques ne poussent l'État à réagir vigoureusement. Ce phénomène n’est évidemment pas spécifique à la France, comme le montre le film 1:54 de Yan England, fiction qui a remporté un grand succès et créé un véritable débat de société au Canada.
En suivant le personnage de Tim, lycéen victime d’humiliations incessantes de la part de deux de ses camarades, sous le regard complice — au moins passivement — des autres élèves, Yan England parvient démonter l’engrenage qui conduira au drame. Harcèlement, cyberharcèlement, homophobie, conduites à risque, question du consentement : le film de Yan England a le mérite de mettre en scène une grande variété de situations auxquelles les élèves et les éducateurs ont à faire face. Sa grande force est de ne pas les passer en revue de manière didactique ou moraliste, mais au contraire de les nouer dans une fiction à la fois riche et haletante, dont le suspense culmine dans la scène de course qui donne son titre au film. Les adolescents ne manqueront pas de s’identifier à la figure de Tim, à la fois héros et victime, interprété avec intensité par le jeune Antoine-Olivier Pilon (découvert en ado rebelle dans Mommy de Xavier Dolan).

1:54 apparaît donc comme un support pédagogique riche de potentialités, dans le cadre des cours d’Enseignement Moral et Civique bien sûr, mais aussi à l’échelle de projets interdisciplinaires impliquant une ou plusieurs classes, autour de problématiques dont la gestion est essentielle au climat scolaire. C'est pourquoi Zérodeconduite lui consacre un dossier pédagogique, qui permettra d'aborder les questions du harcèlement (et du cyberharcèlement) et de l'homophobie

1:54 de Yan England, au cinéma le 15 mars
Le site pédagogique du film

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par zama le 03.03.17 à 16:03 - Réagir

Paula : entretien avec Maria Stavrinaki

Chez nous

Célèbre en Allemagne, son pays natal, l'artiste-peintre Paula Modersohn-Becker (1876-1907) est encore largement inconnue en France. À l’occasion de la sortie du film Paula de Christian Schwochow, qui retrace les moments importants de sa vie, Maria Stavrinaki*, historienne de l’art, nous aide à replacer le travail de cette artiste singulière dans son époque.

Comment caractériseriez-vous le travail de Paula Modersohn-Becker ?

Paula Modersohn-Becker n’appartient, je pense, à aucun mouvement artistique. Son œuvre est, du point de vue stylistique, très éclectique. Par contre, elle répète souvent les mêmes thèmes, par exemple la maternité, ce qui l’amène à affirmer dans sa peinture quelque chose qui n’appartient qu’à elle.
On peut dire que la majeure partie de son œuvre se rapproche du post-impressionnisme, un mouvement dans lequel l’artiste cherche à construire la nature, pas seulement à en donner une impression (ce qui était caractéristique de l’impressionnisme). Paula Modersohn-Becker peint des paysages, ou des gens du peuple, qui ont l’avantage d’être à la fois disponibles et abordables. Mais sa peinture a beaucoup changé dans les deux dernières années de sa vie, quand elle s’est installée, par intermittence, à Paris. Elle a alors découvert des artistes singuliers, comme Gauguin, qui a beaucoup compté pour elle. À ce moment-là, elle s’affirme, elle stylise beaucoup plus ses travaux, et elle commence à souligner l’artificialité de ce qu’elle fait.

Comment expliquer cette évolution ?

Cette évolution est en grande partie liée à ses séjours à Paris. Paula Modersohn-Becker a commencé à peindre dans le giron de la mouvance naturaliste, avec ce fantasme d’une primitivité dans la peinture. Mais quand elle découvre Paris, ce naturalisme est remis en question : la métropole française symbolise à l’époque le règne de l’artifice, de l’ornement. Il y a une opposition très forte entre, d’un côté, l’Allemagne, qui se perçoit comme le pays de la nature, de l’innocence, ainsi que d’un rationalisme très rigoureux, et de l’autre la France, pays de l’artificialité et de la superficialité. À ses débuts, Paula Modersohn-Becker affirmait d’ailleurs la supériorité de son pays natal, lui prêtant une profondeur morale égalée nulle part ailleurs. Mais elle commence peu à peu à penser que l’artificialité française permet une forme de création bien plus poussée et intéressante qu’en Allemagne. Il s’agit d’une réflexion qu’elle évoque dans ses lettres, mais que l’on perçoit également dans sa peinture : elle se détache peu à peu de la nature pour se concentrer sur des scènes d’intérieurs, et représente de plus en plus des objets associés à la frivolité, notamment des bijoux.

On lit souvent à propos de Paula Modersohn-Becker qu’elle peignait à partir de son intériorité. Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ?

Peindre à partir de son intériorité, c’est affirmer que la nature n’existe pas en elle-même, que l’artiste doit d’abord la penser pour pouvoir la représenter. Ce rapport à la nature et à la peinture se développe vers la fin du 19e siècle, où l’on commence à affirmer la subjectivité de l’artiste. On le voit très clairement chez Gauguin, qui stylise à l’extrême ses représentations de la nature. Chez Paula Modersohn-Becker, ce n’est pas toujours le cas, cela dépend des tableaux. C’est surtout frappant lorsqu’elle peint des gens, on perçoit là une vraie rencontre avec les personnes qu’elle prend pour modèle.

Peut-on dire que c’était une artiste en avance sur son temps ?

Je ne pense pas qu’elle se soit placée dans une logique avant-gardiste. Par contre, elle était pleinement consciente de son statut de femme, et donc consciente que la tâche serait plus difficile pour elle que pour les autres, qu’elle allait devoir trouver sa voie seule. Elle s’est appliquée avec une incroyable ténacité à ne pas se laisser dicter sa place, et c’est en partie pour cela qu’elle a peint autant de tableaux en si peu de temps.

Quelle était à l’époque la place accordée au femmes artistes ?

Pour les femmes, la peinture était considérée comme un hobby, qu’elles pouvaient pratiquer pour devenir d’agréables épouses. Mais il était encore impensable qu’une femme se revendique artiste. Les gens de l’époque sont encore imprégnés de cette dualité, héritée de l’Antiquité grecque et de la religion chrétienne, selon laquelle la femme se reproduit tandis que l’homme produit. La femme est perçue comme passive, et l’on considère que la matière ne peut être formée que par l’homme. Cette idée est encore très présente chez les avant-gardes de la fin du 19e et du début 20e, où les femmes n’ont que le rôle, assez marginal, de petite-amie ou d’épouse d’artistes hommes.

Paula Modersohn-Becker s’est beaucoup peinte elle-même. Un autoportrait, par une femme, nue, c’était une grande transgression à l’époque ?

Jusqu’alors, les femmes avaient été peintes en nombre par les hommes, avec déjà beaucoup de nus. Ce qui est intéressant chez Paula Modersohn-Becker, c’est qu’elle est à la fois homme et femme, artiste et muse. Elle se peint souvent de face – face à elle-même -, et met l’accent sur ses yeux, grands ouverts. Cette représentation est une affirmation de sa subjectivité, du monde du moi dans lequel elle vit. On retrouve d’ailleurs une très belle incarnation de ce circuit fermé lorsqu’elle se peint enceinte alors qu’elle ne l’est pas, un tableau que l’on voit dans le film. Peut-être fantasme-t-elle dans cette peinture une maternité rêvée, mais on peut aussi penser que l’enfant dépeint dans ce tableau, c’est son art. Elle n’a plus besoin d’un homme, elle s’est enfantée elle-même, dans une réinterprétation de l’immaculée conception.

Au début du film, Paula Modersohn-Becker intègre la colonie d’artistes de Worpswede en Allemagne. C’était une pratique courante pour les artistes de l’époque de se regrouper en colonie ?

Oui, la pratique était très répandue. Il y avait à l’époque en Allemagne une large méfiance envers la technique, la modernité. Les artistes qui se regroupaient en colonies participaient de cette méfiance, ils exaltaient un rapport plus sain avec la nature. On retrouve également dans leur démarche la recherche d’un idéal communautaire, en opposition directe avec l’individualisme français et anglais. Mais leurs motivations étaient aussi pragmatiques : la campagne était moins chère que la ville. Pour parler spécifiquement de Worpswede, c’était une colonie assez réactionnaire. Y a notamment séjourné Carl Vinnen, qui, en 1911, publia une protestation signée par de nombreux artistes dans laquelle il s’élève contre la place accordée à l’art français dans les musées allemands, au détriment – dit-il – des œuvres allemandes.

Quel a été le destin des tableaux de Paula Modersohn-Becker après sa mort ?

Sa postérité a été extrêmement bien gérée par sa famille. Depuis 1927, Paula Modersohn-Becker possède même son propre musée ! Je pense qu’elle doit cette reconnaissance en partie au fait qu’elle était une femme. C’est en ça, plus que par son apport à l’histoire de l’art, que son destin est singulier.

*Maria Stavrinaki est maître de conférences à l’Université Paris I – Panthéon-Sorbonne.
Ses thèmes de recherche portent sur l’histoire et la théorie de l’art du 20e siècle, l’écriture de l’histoire du modernisme et les avant-gardes historiques. Parmi ses publications : Le sujet et son milieu : huit études sur les avant-gardes en Allemagne, 1910-1930 (Genève, Le Mamco, 2017), Dada Presentism. An Essay on Art and History (Stanford, Stanford University Press, 2016). Elle a également participé à la rédaction du catalogue de l’exposition « Paula Modersohn-Becker, L’intensité d’un regard » (Musée d’art moderne de la ville de Paris, avril-août 2016).

 

Posté par zama le 01.03.17 à 11:03 - Réagir

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