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Le Sel de la terre : le site pédagogique

Quand l'un des cinéastes les plus marquants de la fin du XXème siècle, l'allemand Wim Wenders (Palme d'Or en 1984 pour son chef d'œuvre Paris, Texas), rencontre l'un des plus grands photographes contemporains, le brésilien Sebastião Salgado, cela donne un somptueux documentaire, justement récompensé par le Prix Spécial du jury Un Certain Regard du dernier Festival de Cannes : Le Sel de la terre (au cinéma le 15 octobre). Avec son titre tiré d'une métaphore biblique, ce documentaire à trois voix (le film est cosigné par Juliano Ribeiro Salgado, fils du photographe) peut se lire comme le bilan de l’engagement professionnel et artistique d’un grand témoin de l'histoire contemporaine, en même temps qu'un vibrant message d'espérance écologique…
Né en 1944 dans une famille d'éleveurs du Minas Gerais, le Brésilien Sebastião Salgado renonce à une carrière toute tracée d’économiste pour devenir photojournaliste. Pendant quarante ans, il a parcouru les "points chauds" du globe pour le compte des grandes agences de presse, couvrant notamment les crises humanitaires (famine au Sahel, génocide rwandais), les conflits (Guerre du Golfe, Guerre en Ex-Yougoslavie), tout en menant à bien des projets personnels au long cours (La Main de l'Homme). Son style puissamment expressif (rigueur des cadres, puissance de la composition, noir et blanc extrêmement contrastés), qui en fera un des photographes contemporains les plus populaires, est mis au service d'une réflexion sur l'homme et la relation qu'il entretient aux espaces qu'il habite, et à la nature. Depuis le début du nouveau millénaire, il a abandonné les sujets "humains" pour se consacrer à la nature, ou à ce qu'il en reste d'encore préservé (projet Genesis), orientation cohérente avec son projet de reprendre la ferme familiale pour en faire un laboratoire écologique… 

Mettant magnifiquement en images (le grand écran du cinéma offre un écrin rêvé aux photos de Salgado) et en paroles (à travers le récit rétrospectif —et introspectif— du photographe) le parcours de Salgado, Le Sel de la Terre donne aux enseignants l'occasion rare de mêler Histoire (celle des quarante dernières années), Géographie, Éducation au développement durable et Histoire des arts, au Collège et Lycée. Zérodeconduite a mis en ligne un dossier pédagogique qui s'efforce d'aborder et de relier ces différents aspects, en proposant des activités pédagogiques pour les différents niveaux du Collège et du Lycée.

Le Sel de la terre, un film de Wim Wenders et Juliano Ribeiro Salgado, au cinéma le 15 octobre

Le site pédagogique du film :
www.zerodeconduite.net/leseldelaterre

> Le DVD du film est disponible, avec ses droits institutionnels et un dossier pédagogique (Histoire-Géographie), sur la boutique DVD Zérodeconduite.  

Posté dans Fiches et dossiers pédagogiques par Zéro de conduite le 01.10.14 à 17:57 - Réagir

4 mois, 3 semaines... : le cinéma à l'estomac

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Hasards du calendrier obligent, c'est cette année avec rien de moins que la Palme d'Or et le Prix de l'Education Nationale du dernier Festival de Cannes que Zérodeconduite fait sa rentrée 2007. D'autres ayant déjà longuement glosé sur la légitimité de cette Palme, on se contentera pour notre part, une fois n'est pas coutume, d'applaudir le choix du jury de l'Education Nationale. Par la force universelle de son histoire, la jeunesse de ses deux protagonistes, ses qualités dramatiques, 4 mois, 3 semaines et 2 jours ne devrait pas manquer de toucher nos jeunes élèves, quel que soit leur niveau scolaire et leurs origines sociales. Par ses partis pris de mise en scène (le plan séquence, le jeu avec le hors-cadre…), tranchés mais jamais gratuits, il constitue un formidable support de sensibilisation aux possibilités du langage cinématographique.
4 mois, 3 semaines… s'avance certes sur un terrain que l'on pourra juger sensible, sur un plan autant intime qu'idéologique. Mais il le fait avec une totale confiance dans ses moyens et une honnêteté difficile à mettre en doute. La mise en scène de Cristian Mungiu a ainsi l'immense talent de ne pas en rajouter dans le suspense ou le pathos, de ne pas sombrer dans le mélodrame ou le misérabilisme. Elle se contente de regarder la réalité (de la société roumaine de la fin du communisme, d'un avortement tardif) en face, à l'image de ce plan qui a fait jaser, et à la lumière duquel le titre du film s'éclaire : un foetus inanimé d'exactement… 4 mois, 3 semaines, et 2 jours.
Le film sortant quelques mois après son passage cannois, et quelques jours avant la rentrée, les enseignants pourront se sentir un peu dépourvus. Rappelons donc qu'en attendant le DVD pédagogique qui sera comme chaque année (ainsi que le rappelle fièrement l'IGEN de cinéma Christine Juppé-Leblond, en référence aux soupçons de censure qui ont animé l'été) édité par le CRDP de Nice, le Quai des images propose quelques pistes d'analyse rédigées par les membres du jury ("Le contexte historique", "Une dramaturgie en oblique", "Le traitement de l'image et du son", "L'étrange solidarité"…) ainsi qu'un entretien avec Cristian Mungiu et une revue de presse autour du film.

[MAJ du 17/09/07] Voir également en ligne :
L'article de Philippe Leclercq pour les Actualités pour la classe du CNDP
L'article des Cafés Géos
— Et surtout la longue (10 pages) étude de Vincent Marie, clionaute et membre du jury de l'Education Nationale 2007, qui revient plus spécifiquement sur la dimension historique du film.

[4 mois, 3 semaines et 2 jours de Cristian Mungiu. 2007. Durée : 1 h 53. Distribution : Bacfilms. Sortie le 27 août 2007]

Posté dans Dans les salles par zama le 03.09.14 à 23:30 - 32 commentaires

Marie Antoinette en ado lassante

Film sans doute le plus attendu du festival (auquel il a apporté son indispensable touche de glamour), Marie Antoinette de Sofia Coppola risque de provoquer une déception à la mesure des désirs qu’il avait suscités.
Du point de vue historique, la question (que nous avions évoquée) est vite réglée : suivant les thèses ouvertement hagiographiques de la biographe Antonia Fraser, le film apparaît un peu comme l'anti-Le vent se lève de Ken Loach. On pense aux phrases de Marc Ferro (in Cinéma, vision de l'histoire, Ed. du Chêne, 2003) sur un cinéma américain forcément contre-révolutionnaire : "tourner les fastes de l’aristocratie et de la cour offre un cadre merveilleux pour les "usines à rêve" ; ce qui n’est pas le cas de la misère paysanne ou de la collecte de la taille . (…) Aux Etats-Unis, où la révolution est globalement rejetée par la société depuis l’indépendance, celle-ci joue le rôle? de catastrophe et elle anime le genre favori des cinéastes, le mélodrame. On y retrouve toujours un personnage de victime, une jolie femme de préférence, et là Marie-Antoinette ainsi que madame du Barry jouent les vedettes ; un traitement pathétique fait adopter au spectateur le point de vue de la victime. La Révolution, comme l’a bien montré l’historien du cinéma Jean-Louis Bourget, exerce la fonction de la catastrophe, ce qui, en profondeur, connote ces films d’une signification réactionnaire."
A ceci près que le film de Sofia Coppola ne va pas jusqu'à la catastrophe : le film s'arrête au moment du départ pour Paris. Par ailleurs, sa vision du règne de "l'autrichienne" reste avant tout très superficielle : le film glisse tout autant sur la Prise de la Bastille que sur le soulèvement du peuple affamé (qui ramène le "boulanger, la boulangère et le petit mitron" sur Paris) ; il prend un malin plaisir à monter en épingle ses anachronismes (la fameuse paire de Converse) ; et on a vu mise en images plus percutante des cérémoniaux de la cour du lever et du coucher (le magistral Rossellini de La Prise du pouvoir par Louis XIV).
Du coup, c’est surtout du point de vue littéraire (étude d’un Mouvement littéraire et culturel et les Réécritures) que le film pouvait se révéler intéressant. Que nenni ! Le film ne s’embarrasse pas de philosophes, quand bien même on peut dénicher quelques perles (Marie-Antoinette lisant à sa petite cour quelques passages du Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, de Rousseau, étalée dans l’herbe ; ou alors le fait qu’on imprime les répliques du Mariage de Figaro de Beaumarchais, sur les éventails des dames de la cour ). Quant aux Réécritures, au vu de la bande annonce, la figure historique de Marie-Antoinette pouvait s’apparenter à ces personnages d’adolescentes contemporaines qu’affectionne tant la réalisatrice depuis Virgin Suicides. Le film s’ouvre sur un personnage digne de Sissi impératrice, se rebellant contre l’étiquette, puis Marie-Antoinette devient une sorte de fashion victim à la Paris Hilton ; la bande-son new-wave annoncée à grands fracas ne suscite pas d’élan particulier et même le thème de la fête "décadente" déçoit, tant il n’arrive pas à la cheville de ce qu’on pouvait voir dans Barry Lindon de Kubrick.
En revanche les allusions appuyées à l'amitié franco-américaine, peuvent se lire comme une révérence de Sofia Coppola à une certaine idée de la culture française (Gilles Jacob, les groupes Air et Phoenix, les macarons Ladurée), et à son public qui l’avait jusqu’ présent plébiscitée. Cela ne suffit pas à imprimer un souffle et du rythme à un film qui rate le virage de la nostalgie désenchantée que sait d’habitude donner Sofia Coppola à ses œuvres.

[Marie Antoinette de Sofia Coppola. 2005. Durée : 2 h 03. Sortie le 24 mai 2006. Distribution : Pathé]

Posté dans Dans les salles par comtessa le 24.05.14 à 19:47 - 37 commentaires

Contes de l'âge d'or : la vie des uns

Contes de l'?ge d'or

Comment revivifier un genre tombé en désuétude depuis la fin des années 70, celui du "film ? sketches" ? Contes de l'?ge d'or (Amintiri de epoca de aur) bénéficiera certainement de la curiosité pour le jeune cinéma roumain, qui s'illustre réguli?rement depuis quelques années dans les festivals internationaux, et dont Cristian Mungiu (Palme d'Or 2007 pour 4 mois, 3 semaines et 2 jours) est ici ? la fois le chef de file (il a produit le film) et la t?te de gondole (il signe un épisode). Mais, une fois n'est pas coutume, c'est moins l'accumulation de prestigieuses signatures qui interpelle ici (comme dans les projets du type Paris je t'aime, Chacun son cinéma), qu'un sujet en parfaite cohérence avec la forme br?ve. "L'?ge d'or" évoqué par le titre, c'est en effet le crépuscule de la dictature communiste de Ceaucescu ; les "contes" en question sont les légendes urbaines, dr?les ou terrifiantes que se racontaient ? voix basse les gens ordinaires. Comme le résume le synopsis du film : "Ces légendes ? la fois comiques, bizarres et surprenantes, puisent dans les événements souvent surréalistes vécus au quotidien sous le régime communiste. L’humour fut ? cette époque la bouée de sauvetage des Roumains et Tales from the Golden Age tente de restituer cette atmosph?re en montrant une nation luttant pour sa survie au quotidien face ? la logique insensée de la dictature. Tales from the Golden Age se compose de cinq histoires courtes liées entre elles par leur état d’esprit, leur structure narrative et leur contexte historique : la seule marque de voiture qu’on voit partout dans les rues, c’est la Dacia, fabriquée en Roumanie ; tout le monde survit en volant l’Etat ; il faut obéir aux ordres du Parti m?me s’ils sont illogiques et absurdes."
Contes de l'?ge d'or c'est ainsi l'anti-La Vie des autres (voir notre site pédagogique) : les petits tracas de l'homme de la rue plut?t que la grande tragédie des dissidents, la satire plut?t que le réquisitoire. Le résultat est aussi dr?le qu'instructif, tout en se heurtant aux limites du genre. La forme du film ? sketches, peut-?tre fastidieuse pour le spectateur, en fait en tout cas un support pédagogique idéal pour les enseignants d'histoire (en salles et plus encore sans doute en DVD) : poids étouffant de la bureaucratie et du régime du parti unique, contr?le idéologique et propagande, difficultés économiques et marché noir, ces Contes de l'?ge d'or constituent un tableau remarquablement parlant et complet d'un pays du bloc de l'Est au tournant des années quatre-vingt.

Contes de l'?ge d'or, Roumanie-France, 2009, Sélection Officielle Un Certain Regard

> Le site officiel du film (anglais/roumain)
> Le site de 4 mois, 3 semaines et 2 jours, prix de l'Education Nationale 2007

Posté par zama le 24.05.14 à 15:56 - 2 commentaires

D'une vie ? l'autre : Entretien avec Caroline Moine

Caroline Moine est maître de conférence en histoire à l'Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, spécialiste des relations culturelles internationales et du cinéma allemand. Elle a notamment travaillé sur les films de la DEFA (les studios de la RDA) ainsi que sur les festivals de cinéma en Europe du temps de la guerre froide. Elle a accepté de répondre aux questions de Zérodeconduite.net autour du film D’une vie à l’autre de Georg Maas (actuellement en salles). 

Zérodeconduite.net : Le film traite d’un sujet méconnu : le Lebensborn. Pouvez-vous nous rappeler ce que ce terme signifie ?

Caroline Moine : Il désigne une association créée en 1935 par l'Allemagne nationale-socialiste. Gérée par la milice du parti nazi, la SS, son but était d'augmenter le taux de naissance d'enfants « aryens ». Des filles-mères accouchaient anonymement avant de confier leur bébé à la SS qui en assurait la charge puis l'adoption. Des maternités et orphelinats ont ainsi été liés au Lebensborn dans différents pays d’Europe, notamment en Norvège et, plus tard, en France. A la fin de la guerre, quand les Alliés sont arrivés dans les orphelinats Lebensborn en Allemagne, ils ne savaient pas quoi faire de ces enfants, tellement liés à la politique raciale nazie. Ils ont été dispersés au gré des adoptions ou redistribués dans d’autres orphelinats.  

Le film nous fait voyager entre deux mondes (Est et Ouest) et deux moments historiques (nazisme et RDA)

C.M. : Je n’avais jamais vu de film sur la question du Lebensborn et en particulier de sa relation avec la politique de la Stasi. Il est intéressant que ce soit au cœur de l’intrigue d’une fiction allemande contemporaine. Le cinéaste Georg Maas montre que les frontières ne sont pas évidentes entre les victimes et les bourreaux, à l’instar du personnage de Vera, interprétée par Juliane Köhler. De père allemand et de mère norvégienne, on suppose au début du film qu’elle est l’une de ces orphelins du Lebensborn, ces enfants issus des relations entre occupants et occupés pendant la seconde guerre mondiale. Par la suite, on comprend qu’elle est, en réalité, un agent de la Stasi qui a usurpé l’identité d’un orphelin du Lebensborn, avant de simuler une fuite hors de la RDA pour aller retrouver sa mère supposée. Quelques décennies plus tard, alors que la RDA s’effondre, le secret s’évente. 

Ces "enfants de la guerre" norvégiens seraient de 10 000 à 12 000. Une centaine d’entre eux accusent les autorités de leur pays de les avoir traités de manière discriminatoire et de n'avoir rien fait pour réparer le préjudice qu'ils ont subi. 

C.M. : Ils ont été deux fois victimes des dictatures allemandes : Séparés de leurs mères norvégiennes, arrachés à leur pays de naissance pour aller en Allemagne, puis privés de toute information (par les autorités allemandes) pour pouvoir retrouver leur identité et se reconstruire. Cette sombre partie de l’histoire allemande révèle la continuité absurde d’une dictature à l’autre et une logique de destruction de l’individu et de son identité pour des raisons idéologiques et politiques. Au cours de la série de procès de Nuremberg (1945-46), il n’y a pas eu véritablement de condamnation du lebensborn. Le procès lié à la question des médecins et de la politique hygiéniste nazie a seulement traité la question des enlèvements d’enfants correspondant à l’image du bon petit aryen en Pologne et dans les territoires de l’est qui devaient être adoptés par des familles aryennes. Quatorze personnes ont été présentées à la barre mais aucune n’a été condamnée. Le Lebensborn a longtemps été perçu comme un lieu d’action caritative, pour aider des orphelins, des filles mères et des enfants nés hors mariage. On n’a pas voulu voir ou comprendre ce qui se cachait derrière ces institutions nazies. Ce qui a laissé libre cours à de nombreux fantasmes dont celui de maisons closes supposées où des SS rencontraient de jeunes femmes blondes, appelées les fiancées d'Hitler. Rien de venait contredire ces fantasmes car les travaux d’historiens sur la politique hygiéniste nazie n’ont commencé à être publiés qu’à partir des années 80.  

Le sujet reste relativement peu traité par le cinéma allemand...

C.M. : Un film intitulé Lebensborn est sorti en 1961 en Allemagne de l’Ouest, produit par un survivant polonais de la Seconde Guerre mondiale. Il raconte une histoire d’amour grandiloquente dans une institution du Lebensborn. Le film fut mal accueilli, pas tant pour son sujet que pour la manière dont il était traité. Il y a eu quelques reportages sur les principales chaînes allemandes mais pas de documentaires de fond. D’une vie à l’autre et Lebensborn sont les seules fictions qui abordent cette question. Des témoignages de la quête de ces orphelins du lebensborn pour retrouver leurs parents ont commencé à faire surface dans les années 80-90. Mais il reste peu de traces…

(…)

[Retrouvez la suite de l'entretien sur le site pédagogique du film

> Le DVD du film est disponible, avec ses droits institutionnels et un dossier pédagogique (Allemand), sur la boutique DVD Zérodeconduite.

Posté dans Entretiens par Zéro de conduite le 09.05.14 à 10:43 - Réagir

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