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Ernest et Célestine : des souris et des ours

Critique

Ernest et Célestine

Rares sont les films « pour enfants » diffusés au Festival de Cannes, et la présence sur la Croisette de l’ours Ernest et de la souris Célestine pouvaient paraître incongrue. Mais, à l’instar d’Azur et Asmar, présenté également dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs, Ernest et Célestine est un vrai film d'auteur(s), loin des produits souvent paresseux qui visent le public captif des vacances scolaires.

Dès l’entame, on est saisi par l’originalité du ton et le soin apporté à la forme. Le scénario a développé l’histoire de la rencontre entre l’ours Ernest et la souris Célestine, gagnant une liberté bienvenue en se plaçant chronologiquement avant les albums de Gabrielle Vincent. Le film se structure sur une série d’oppositions entre grand et petit, dessus (la ville des ours, en tous points nos semblables) et dessous (le monde souterrain des souris, qui rappelle les Gaspards de Pierre Tchernia), mais aussi entre la norme et la marge : la rencontre entre l’ours marginal et la petite souris anticonformiste va bouleverser l’ordre trop bien réglé des choses. La facture frappe par la fluidité de l’animation, à la fois douce et nerveuse, et par le travail sur la matière sonore (les voix des comédiens mais aussi les bruitages).

Ernest et Célestine a bénéficié du concours d’un grand nombre de talents, comme autant de fées penchées sur son berceau : il est signé par pas moins de trois réalisateurs, le jeune Benjamin Renner ayant reçu le concours des iconoclastes belges Patar et Aubier (réalisateurs de Panique au village), le scénario est l’œuvre du romancier Daniel Pennac, qui s'est lui-même adapté des albums originaux. Le petit miracle est que la réunion de ces fortes personnalités ait su produire une œuvre aussi cohérente et tenue, qui respecte l’univers de Gabrielle Vincent tout en lui donnant une dimension nouvelle. Sachant allier un humour gentiment subversif (pour les plus grands) au ravissement sensoriel (pour les plus petits) et au frisson de l'aventure (pour les un peu moins petits), Ernest et Célestine est un petit bijou à exploiter en classe dès le Cycle 1, aussi bien pour ses thématiques généreuses (l'ouverture à l'autre, la tolérance) que pour sa forme.

 

Vital Philippot

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