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Confession d'un enfant du siècle : je t'aime, moi non plus

Critique

Confession d'un enfant du siècle

Les rockeurs sont-ils les romantiques d’aujourd’hui ?
En confiant les rôles principaux de sa Confession d’un enfant du siècle à Pete Doherty, enfant terrible du rock anglais, et Charlotte Gainsbourg, icône de la presse branchée, la réalisatrice du très beau Stella, semblait vouloir nous dire que la passion romantique est aussi intemporelle qu’universelle. D’où vient que l’adaptation, en langue anglaise mais en costumes d’époque, du court essai d’Alfred de Musset, véritable bréviaire du romantismealors une jeunesse soucieuse s’assit sur un monde en ruines »), laisse le spectateur aussi froid ?

En prenant pour unique sujet la passion torturée des deux amants (transposition à peine voilée de la relation de Musset avec George Sand), la réalisatrice ne garde du romantisme que son aspect le plus anachronique. Les affres masculines de la passion, si elles permirent de mettre au jour une sensibilité nouvelle, nous semblent aujourd’hui d’une affectation quasi insupportable ; elles participent également d’une vision très datée et surtout très normée de l’idéal féminin, seul absolu qui vaille dans un monde en déréliction. Flaubert avait fait un sort à ces poncifs dans Madame Bovary à travers le personnage savoureux de Rodolphe Boulanger de la Huchette. On s’étonne de les retrouver intacts, et sans distance aucune, dans le film de Sylvie Verheyde.

La beauté des costumes et des décors, l’élégance des acteurs, les phrases de Musset, tout cela tourne à vide dans un film qui finit pour ressemble à un long shooting de mode 1830, ou (pour les scènes d'orgie) à un vieux clip de Mylène Farmer. De fait Confession d'un enfant du siècle ne permettra pas à des élèves de Seconde de mieux saisir la spécificité du mouvement romantique, tant il multiplie les écrans entre le texte de Musset et nous : la réduction d’un mouvement culturel à son aspect le plus anachronique, la langue anglaise, la musique qui nous renvoie sans cesse à la modernité, les tatouages mal camouflés de Pete Doherty… On renverra plutôt au somptueux Bright Star de Jane Campion qui par la force de ses images avait su rendre justice à la poésie de Keats.

 

Florence Salé

Professeure de Lettres modernes au lycée Eugène Delacroix de Drancy, en Seine-Saint-Denis. J’ai découvert le cinéma à la télévision, par le biais d’émissions cultes comme La Dernière Séance et Le Cinéma de Minuit. Aujourd’hui mes goûts sont éclectiques : j’aime Lynch, Kurosawa, Hitchcock, Demy. Ce qui me plaît le plus, c'est la narration et ses heurts, ainsi que la mise en images des traits profonds de l'humanité, saisis sur le fil de leur ambiguïté.

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