Image du film Frankenweenie

Vingt-huit ans séparent les deux versions de Frankenweenie, la courte (1984) et la longue (2012) : entre temps, l’animateur junior de la firme de Burbank, qui déprimait à dessiner les renards de Rox et Rouky (et auquel Disney accorda de tourner ce court-métrage), est devenu un auteur poids lourd du cinéma mondial, aussi bien en termes de box-office (les millions de spectateurs d’Alice au Pays des merveilles) que de reconnaissance institutionnelle (cf l’exposition itinérante hébergée l’année dernière à la Cinémathèque française).
On connaît la rançon artistique de ce succès : le génie iconoclaste a été digéré par l’industrie mainstream, et dilue sa singularité dans des œuvres de moins en moins palpitantes. On pouvait craindre qu’avec Frankenweenie Burton ne continue à délayer la même sauce, et à s’enfoncer dans son ornière autocaricaturale. C’est bien le contraire qui s'est produit, ce retour au sources s’avérant salvateur pour le réalisateur. Frankenweenie 2012 est un petit miracle d’équilibre entre humour et émotion, premier et second degré, joie enfantine (le plaisir du récit) et satisfactions adultes (le jeu des références cinéphiles). Le film n’apporte certes rien de nouveau, et pour cause, à l’univers de Burton : il joue sur les oppositions devenues familières entre le mort et le vif, le beau et le repoussant, la norme et la marge. Mais il le fait avec une joie et une sincérité qui semblaient avoir quitté son cinéma depuis longtemps. Tout ici fait mouche, tout ravit comme au premier jour : la beauté étrange des marionnettes, le charme de l’animation en stop-motion, le soin apporté à l’écriture des seconds rôles, l’humour potache (irrésistible tortue-zilla), les clins d'œil aux grands classiques du genre (le film de James Whale bien sûr, mais aussi, plus inattendus, les films de monstres japonais ou les Gremlins de Joe Dante)…
La métaphore est tentante, car le film nous l’offre sur un plateau : comme le jeune Victor Frankenstein fait revenir son chien Sparky d’entre les morts, Tim Burton ressucite son cinéma à la source première de son inspiration. Pour ceux qui n'auraient toujours pas compris, l’explication de texte est fournie par le vieux professeur de science (Martin Landau, avatar de la figure tutélaire de Vincent Price) : si sa seconde expérience (la résurrection d’un poisson rouge) n’a pas aussi bien réussi que la première (faire revenir Sparky à la vie), c’est que Victor n’y as pas mis autant de cœur. La morale pourrait paraître un peu béta, si elle ne reflétait aussi bien le plaisir distillé le film. On pardonnera d’autant moins à Tim Burton (ou au studio qui lui a imposé ?) l’inepte happy-end, seule fausse note de ce petit chef d’œuvre. En faisant revivre Sparky une deuxième fois, Tim Burton prend ses spectateurs (jeunes et moins jeunes) pour des idiots, et ruine la jolie morale qu'il esquissait (grandir, c'est laisser mourir)…

Cette relecture facétieuse du roman de Mary Shelley est en tout cas un support parfait pour une utilisation en classe, en Français (en 4ème : le récit au XIXème ou en 1ère L : les réécritures), ou en Anglais. Le film fait l'objet d'un accompagnement pédagogique sur le site filmeducation.org.

 

 

Vital Philippot

Frankenweenie

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